A cœur ouvert avec Dr Mireille AHOYO da SILVA : « Les besoins en ARV de 2013 ne sont pas encore arrivés et on est à moins d’un mois de la fin de l’année… »

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Face aux diverses invectives dont le PNLS fait souvent l’objet en ce qui concerne la rupture des Anti Rétro Viraux (ARV), le Docteur Mireille AHOYO, pharmacienne et chef service approvisionnement et gestion des stocks au Programme National de Lutte contre le Sida, a décidé de lever un coin de voile sur la procédure d’approvisionnement tout en situant les responsabilités. Sans langue de bois, elle a décrit un processus pénible et pour le PNLS et pour les malades. Du budget national jusqu’au fonds mondial, chacun a eu sa dose. Détails d’une débâcle annoncée….

Educ’Action : Les malades du SIDA se plaignent souvent de ruptures cycliques d’ARV, qu’est-ce-qui est à la base de ces ruptures ?

Docteur Mireille AHOYO : Il faudrait partir de la compréhension de la procédure d’approvisionnement. Au Bénin, nous avons deux fournisseurs principaux en matière d’ARV : nous avons le Fonds Mondial qui finance à peu près à hauteur de 70% l’achat des intrants et nous avons le budget national et les autres partenaires qui financent les 30% qui restent sachant que le budget national finance peut-être autour de 10 à 15% de ce que nous consommons. La première difficulté vient du fait que chaque partenaire a ses procédures. La procédure du Fonds Mondial passe par l’intermédiaire de la CAME qui est chargée de mettre en œuvre la procédure d’achat. Lorsque le PNLS émet ses besoins, il doit rechercher l’aval du Fonds Mondial avant de transmettre les quantités à la CAME. La CAME elle-même, en entamant sa procédure, doit pouvoir être sûre que le Fonds Mondial est d’accord avec le dossier d’appel d’offre à partir duquel les commandes vont être lancées. Et une fois que nous avons obtenu ces avis qui peuvent varier entre un et deux mois et quelques fois au-delà de deux mois, nous lançons la procédure d’appel d’offre, faisons les adjudications provisoires et resoumettons encore au Fonds Mondial. Le Fonds Mondial, avec son regard inquisiteur va regarder et dire oui c’est bon, non ce n’est pas transparent, etc. Au bas mot, quand vous vous n’avez pas de remise en cause du travail que vous avez fait, ça peut durer 08 mois. Donc, quand vous commandez sur le Fonds Mondial, vous devez vous assurer que vous avez encore au moins 08 mois de stocks, parce que le médicament que vous commandez à la date X va durer 08 mois pour arriver au plus tôt. Et ça, c’est la meilleure procédure. Quand vous faites la procédure sur le budget national, vous pouvez compter 18 mois pour que le marché soit signé à temps parce la procédure de la réalisation du marché jusqu’à la signature finale du Ministre de la Santé, ça fait 07 signatures. Et ces 07 signatures seules peuvent vous prendre 01 an. Ensuite, il faut encore se battre pour les avances de démarrage et souffrir du fait que le fournisseur qui a signé un contrat de trois mois pour livrer ne respecte pas le délai. Voilà la situation. Une fois que le PNLS a fait ses quantifications et envoyé, le reste c’est une question de lobbying. Alors vous comprenez que tout ne dépend pas du PNLS.

Que faites-vous alors au PNLS pour anticiper ?
Oui, cette année par exemple, si nous ne sommes pas en rupture pour les ARV des adultes c’est parce qu’en faisant les quantifications de 2012 nous avons prévus 12 mois de stocks de sécurité. C’est ça qui fait aujourd’hui qu’on n’a pas la tête sous l’eau, parce qu’à l’heure où je vous parle, que ce soit sur le Fonds Mondial ou sur le budget national, les besoins de 2013 ne sont pas encore arrivés et on est à un mois de la fin de 2013. Or le quidam dehors qui observe avec les yeux étrangers, tire à boulées rouges sur le PNLS notamment sur le service de gestion des stocks…. alors qu’en fait le service de gestion des stocks a rempli sa part du contrat!

Pour 2013, depuis quand est-ce-que le PNLS a rempli son contrat ?
Pour anticiper sur la rupture, nous avons fait les prévisions de 2012 et de 2013 en même temps, sauf qu’on avait demandé aux fournisseurs d’attendre la confirmation des quantités de 2013 avant de les envoyer. C’était la seule chose ; C’est vous dire que nous avons même anticipé en évacuant la partie appel d’offre et consorts de 2013 parce que si on devait faire ça et recueillir l’avis du Fonds mondial, ça aurait été plus long ; là, c’est ce qui concerne le Fonds Mondial. Et pour ce que nous achetons sur le budget national, connaissant la durée, nous avons enclenché la procédure d’acquisition pour les besoins en intrants de 2013 sur le budget national depuis octobre 2012 et à l’heure où je vous parle on est à fin novembre et les produits ne sont pas rentrés.

Pendant ce temps, les malades souffrent sur les sites ?
(Silence) Oui, malheureusement les malades souffrent…

Que faut-il faire ?
On a fait des commandes ponctuelles, on a peut-être un reliquat d’un financement qui est là, nous prenons pour acheter directement chez un fournisseur une petite quantité et donc nous traitons au cas par cas selon l’urgence du besoin sur un site ou sur un autre ; sinon, c’est depuis Avril qu’officiellement, il n’y a plus de réactifs sur les sites. Selon moi, c’est qu’il faudrait que le pays puisse prendre le lead en matière d’approvisionnement. Nous avons une structure d’approvisionnement qui est la CAME. Que le pays constitue un stock tampon des intrants, un stock qui est là et qui en attendant que les partenaires respectent leurs engagements, qu’on puisse permettre aux malades d’avoir leur traitement et de se faire dépister. Sinon on est là on croise les bras ! C’est vrai qu’il y a eu des efforts parce que de 350 millions à 1 milliard 500 millions en 2013, je pense quand même que l’Etat a fait des efforts. Mais il y a encore des efforts à faire parce que l’un dans l’autre par an, nous achetons à peu près 4 milliards d’intrants, d’ARV et de réactifs. Cela nous fait dire qu’en début d’année civile, il faut que l’Etat libère sa part, le temps que les partenaires, soient prêts. Ensuite, les médicaments, ce ne sont pas des boîtes de tomate. Les médicaments doivent être sortis du lot des produits assujettis à la règle de passation des marchés du pays parce qu’on ne peut pas traiter des produits d’urgence de la sorte ; des armes rentrent dans ce pays tous les jours, mais on ne fait pas d’appel d’offre publié dans le journal. Dans beaucoup de pays qui arrivent à amoindrir leurs difficultés de rupture de stock, il y a le fait que les médicaments sont retirés des produits assujettis à la procédure de passation des marchés. Il faut qu’on puisse trouver la procédure sinon tous les ans, on aura beau changé les coordonnateurs et tout, si nous n’avons pas cette procédure-là, la permanence de la disponibilité du médicament va poser problème. Nous sommes tout le temps stressés à régler des urgences alors que nous sommes des cadres que l’Etat béninois peut utiliser pour concevoir.

Avec ces difficultés, que prévoit le Bénin face à la proposition de l’OMS qui veut que tout Porteur soit sous ARV ?
Ça pose un gros problème parce que c’est vrai que plus vite le malade est traité, mieux il a une chance de survivre. C’est l’idéal mais il faut les moyens, il faut que le Bénin mette les moyens, il faut qu’on recherche d’autres financements, ou d’autres moyens de faire participer tout le monde au financement du SIDA. Le SIDA est comme une pieuvre, ça a tellement d’embranchements et c’est tellement imbriqué que, voir le bout du tunnel tout de suite, c’est compliqué. Il ne faut pas rêver, il ne faut vraiment pas rêver parce que même si demain on trouve le vaccin, combien d’entre nous tout de suite pourront avoir accès au vaccin?

Aujourd’hui, le Fonds Mondial est entrain de réorienter son appui aux pays en concentrant ses efforts sur les foyers à gros risques comme les travailleuses de sexe, qu’en dites-vous ?
Oui quand vous voyez la prévalence, vous avez quand même de grosses prévalences dans ces milieux. Et puis, il faut dire que le Fonds Mondial aujourd’hui estime que le pays doit pouvoir se prendre en charge en matière d’intrants. Nous avons à peu près 60% de nos malades qui sont sous première ligne. Aujourd’hui le Fonds Mondial demande aux pays de commencer par réfléchir à prendre eux-mêmes en charge les 60%. Les 60%, c’est beaucoup d’argents et si le Fonds Mondial commence à se désengager sur ces malades-là, il faut que le pays commence déjà par prendre la relève progressivement parce que ce n’est pas quand le Fonds Mondial va dire bon on est en novembre donc le 31 décembre on va finir avec vous que le pays va commencer par courir. Mais malheureusement dans nos pays africains c’est comme ça, tant que l’échéance n’est pas à notre porte, on ne se grouille pas…

Propos recueillis par Ulrich Vital AHOTONDJI

 

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