A cœur ouvert avec Odile DOSSOU épouse GUEDEGBE, Vice-doyenne de la FLASH : « Si l’Autorité ministérielle peut jeter un regard encore plus attentif aux universités… »

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Géographe aménagiste de formation, Odile Dossou, moniteur depuis 1998, a successivement occupé les postes de chef de département adjoint en 2006, Chef de département en 2010 et vice doyenne en 2013. Activiste pour la défense de l’environnement, elle travaille aussi en tant que consultante indépendante au niveau national, régional et international. Chargée des affaires académiques de la Faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines (FLASH) , la plus grande faculté de l’Université d’Abomey-Calavi avec ses 11 départements et 55 000 étudiants, Odile Dossou épouse GUEDEGBE est également mère et grand’mère. Dans un cœur à cœur unique avec votre journal Educ’Action, elle parle de la lourde, périlleuse mais aussi noble et exaltante mission d’encadrement, d’éducation et d’administration des étudiants. Dans cet entretien exclusif, la dame de fer, connue pour sa rigueur et sa forte personnalité, salue avec beaucoup d’admiration, le travail abattu par ses collègues l’année dernière avec d’énormes sacrifices, avec un engagement soutenu et un patriotisme avéré. Elle les encourage à rester mobilisés pour les nombreux défis de cette année qui s’ouvre.

Educ’Action : Lorsqu’on parle de la FLASH, qu’est-ce qu’il faut retenir ?
Odile DOSSOU épouse GUEDEGBE : Je dirai que la Flash, faculté des Lettres, Arts et Sciences Humaines est la plus grande faculté de l’Université d’Abomey Calavi, et même l’une des plus grandes facultés de l’Afrique de l’Ouest. Elle comprend un panel de départements, de la littérature aux lettres modernes. La Flash héberge 11 départements pour 55000 étudiants, un nombre en perpétuelle croissance. Nous avons trois campus, le campus d’Adjara, le campus d’Aplahoue et celui de Calavi. Nous avons deux cents (200) enseignants en dehors des moniteurs qui participent de cette dynamique.
L’année dernière, pour la première fois, l’Université a connu une année académique normale. Comment l’avez-vous vécu à la Flash ? 
Il faut avouer que c’était formidable ! Attention, ce n’était pas gagné d’avance ! L’année dernière, comme je vous l’ai dit, la flash a géré environ 55000 étudiants. Nous avons pu joindre les deux bouts grâce au dévouement et au sacrifice de mes collègues, les enseignants que je salue vraiment. Je les remercie sincèrement parce que nous avons eu à respecter le délai prescrit par le rectorat et nous sommes allés en vacances. Nous avons fait les deux semestres, nous avons fait encore les examens de rattrapage autant pour l’ancien système que pour le nouveau système. Çà, c’est à saluer. Nous avons délibéré et nous sommes allés en vacances le 15 Août pour revenir le 19 Septembre pour l’administration et le 1er Octobre pour le corps enseignant. Cà c’est un coup de chapeau que je leur tire. Parce qu’ils se sont donnés. Ils ont cru en la chose et ils ont mis leurs propres moyens. Chacun pouvait venir avec ses équipements et ne pas attendre les moyens que la faculté n’a pas. Chacun se pliait en quatre pour faire le travail. Les objectifs ont été atteints. Pas à 100%, mais nous avons fait de notre mieux. Je peux l’assurer. Merci à tous
A la lumière de votre développement, on se rend compte que les professeurs d’Université se sacrifient énormément pour la formation des étudiants, est-ce que  parallèlement, vous avez l’impression que vos efforts sont récompensés, surtout en termes de consommation de ceux-là que vous livrez sur le marché de l’emploi ?
Vous savez, cette année 2013, le recteur a envoyé une commission dirigée par un américain  qui est venu chez moi ici pour s’enquérir de nos problèmes et quand je lui ai exposé nos difficultés il a dit qu’il ne souhaitait pas être à notre place parce qu’avec ce que nous faisons, notre santé est déjà menacée…juste pour vous dire que ce n’est pas de tout repos.  Quant à l’employabilité de nos étudiants, je dirai contrairement à ce que quelqu’un d’autre a dit, que les produits qui sortent de la FLASH, en dehors de ceux qui font l’enseignement, il y en a beaucoup qui s’auto-emploient, qui montent leurs propres cabinets. Et je dis que tout le monde ne peut pas faire l’Université
Comment alors gérer ce flux sans cesse croissant d’étudiants ?
Je suis dans la commission ‘Gestion des flux de l’UAC’ et nous avons fait nos propositions et c’est au rectorat. Pour gérer ce flux, il faut deux volontés : volonté au niveau du rectorat pour ne pas dire décanat-rectorat pour dire on en a assez. Nous ne formons plus des gens comme nous voudrions qu’il soit et notre santé en pâtit, nous ne pouvons pas dépasser tel effectif.  Voyez-vous, chaque année, le rectorat nous demande quelle est notre capacité de contenance et on lui répond. Mais rien ne change. Nous recevons toujours plus. L’autre option est de dire NON à l’entrée là où les inscriptions se font. Quand ça arrive à 3000 à tel endroit on arrête et que la volonté politique nous accompagne. On va nous poser la question suivante…le reste vous les mettez où ? Ce serait au gouvernement de répondre, parce que si on met un test d’entrée en fac, tout le monde va crier. Pour moi, il faut une volonté politique et une volonté rectorale.
Quelle est aujourd’hui  la capacité d’accueil de la FLASH et combien d’étudiants vous espérez pour cette rentrée ?
On ne parle plus de capacité d’accueil aujourd’hui. C’est dépassé parce que quand on dit capacité d’accueil cela veut dire que chaque étudiant a une place. Ça n’existe plus depuis longtemps. La faculté, c’est aujourd’hui 55000 étudiants. C’est plus de deux universités. Et cette année encore nous recevrons entre 10.000 ou 15.000 puisque l’Université attend environ 22000. La Flash prend souvent les 2/3.
Cela pose du coup, la question de la qualité de la formation dans les facultés, qu’en dites-vous ?
La qualité de la formation est en lien étroit avec les conditions de vie et de travail… l’étudiant qui est au dehors en train de vous écouter,  parce qu’il n’a pas trouvé une place pour rentrer, comment voulez vous qu’il assimile ?  Ça me fait mal quand je voie les enfants s’entasser et s’assoir sur des briques. Et vous criez des fois et vous perdez la voix. C’est ça la réalité. La qualité est liée aux conditions de cours ; elle est liée à la qualité de la bibliothèque ; elle est liée à la disponibilité de l’internet ; elle est liée au fait que l’étudiant mange correctement ; il y a les conditions de vie correctes et tous autres agrégats qui participent de la qualité de l’enseignement. Ils viennent de la maison et déjà ils n’ont pas de bus pour venir, ils n’ont pas d’argent pour prendre des bus ; le moral est chaos. Ils viennent, le professeur est assisté jusqu’au pied parce que les étudiants sont sur la plate-forme et ils ne bougent pas. Le professeur parle il n’entend pas ; il va partir à la maison avec quel moral ? Mais les enseignants font ce qu’ils peuvent faire. Le maximum, ils le font ! J’ai vu, un jour,  un collègue quitter la salle en transpirant et il est venu à la salle des professeurs tout essoufflé. Je lui ai dit tu as quoi ? il me dit je suis fatigué, j’ai fait cours de 07h à 11h, de 11h à 14h, c’est énorme dans des amphis qui ne sont pas ventilés, qui ne sont pas climatisés, qui ne sont pas aérés…vous voulez quoi ?
Justement, vu cet effectif à gérer, beaucoup affirment que la correction des copies est une mafia ?
La correction des copies est gérée autrement surtout pour les gros effectifs parce que nous avons des doctorants, des docteurs. Les docteurs sont les assistants chez nous. Les doctorants c’est ceux-là qui ont le DEA et qui se sont inscrits en thèse et qui font les TP et les TD avec nous. Les assistants suivent le cours avec vous, ils sont là et ils vous assistent, ils écoutent les explications et tout. Mais quand vous proposez le sujet, l’assistant n’est pas là. Vous proposez seul le sujet et vous remettez à qui de droit qui est le chef du département. La multiplication c’est là, au niveau de la secrétaire particulière. Les examens sont faits, les copies arrivent. Le professeur chargé du cours amène le corrigé type, rassemble ses assistants ou doctorants qui peuvent l’aider à corriger, fait un essai, donne quelques copies aux assistants qui corrigent et il réajuste. Pour les ‘’vrai ‘’ ou ‘’faux’’ il n’y a pas de problème ; Il y a une salle qui est réservée à cela sous la supervision du chef de département adjoint parce que c’est lui qui est chargé des affaires académiques. De temps en temps le professeur chargé du cours doit piocher dans les copies corrigées pour voir est-ce que ça va. Et on finit la correction. C’est comme cela qu’on fait la correction. Après on organise le secrétariat. Là ce n’est pas tout le monde qui fait le secrétariat parce que c’est là qu’il faut désanonymer ; on fait le report manuscrit, le report saisi, la collation avant que ça n’aille à la délibération au niveau du conseil.
Un appel en direction des autorités ?
Je retiens qu’il nous faut des moyens et que, l’autorité ministérielle  surtout qu’il est à la droite du Père , s’il peut jeter un regard encore plus attentif  vers les universités du Bénin en général, ce serait un coup de souffle et que si l’année prochaine , on peut augmenter le quota et l’effectif des enseignants à recruter, ce serait encore une bonne chose parce que tout le monde souffre dans cette affaire et çà fait mal parce que nous avons d’énormes défis à relever, des objectifs à atteindre et pas de moyens.
Propos recueillis par 
Ulrich Vital AHOTONDJI et 
Serge-David ZOUEME
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