Abdel Rahamane Baba Moussa, du retour de la TRIENNALE ADEA 2017 : « Le nouveau modèle éducatif du Bénin a été bien conçu avec des passerelles vers l’emploi »

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Le Secrétaire Technique Permanent du Plan Décennal de Développement du Secteur de l’Education au Bénin (STP-PDDSE) a participé, du 14 au 17 mars 2017, à la triennale de l’éducation et de la formation en Afrique, ADEA 2017. Une rencontre qui s’est déroulée à Dakar au Sénégal et qui a rassemblé les sommités de l’éducation au plan sous régional. De retour à Cotonou, il a bien voulu partager avec les lecteurs de Educ’Action, la substance de ces assises. Entretien.

Educ’Action : Professeur, vous revenez de Dakar où s’est déroulée la triennale de l’éducation et de la formation en Afrique. Quelle est l’utilité d’une telle triennale ?

Abdel Rahamane Baba Moussa : Il s’agit de la triennale de l’Association pour le Développement de l’Education et de la Formation en Afrique. C’est une association qui est créée par les Etats qui sont représentés par les ministres en charge de l’éducation dans chaque pays membre. Elle est dotée d’un secrétariat exécutif basé à Abidjan. Il y a des groupes techniques tels que celui sur l’éducation non formelle, sur l’enseignement secondaire, sur l’enseignement supérieur, etc. Tous les trois ans, cette association se réunit pour faire le point sur la situation de l’éducation dans les pays africains. La triennale de cette année avait pour thème : revitaliser l’éducation dans la perspective du programme universel 2030 et de l’agenda 2063 pour l’Afrique. L’un des éléments forts de ces deux programmes, notamment 2030, c’est d’inscrire le développement de l’Afrique dans le cadre de la renaissance africaine. Il s’agissait de réfléchir à avoir un système éducatif qui refléterait bien la culture africaine. Cette idée de renaissance africaine qui prendra en compte les savoirs endogènes, l’histoire de l’Afrique souvent oubliée, etc. C’est de tout cela que nous avons discuté en plus des aspects généraux relatifs à la qualité, à l’accès, que nous évoquons habituellement.

Qu’est-ce qu’on peut retenir de cette rencontre ?

C’est une rencontre qui est assez riche et assez dense. Ce sont des centaines de participants, des plénières qui s’enchaînent les unes après les autres, des tables-rondes et tout le monde y passe que ce soient les ministres ou les cadres. Nous retenons surtout que les présentations se ressemblent et les problèmes d’un pays à l’autre sont les mêmes. Notre profil de scolarisation transversal peut être appliqué à tous les pays d’Afrique pratiquement parce que notre pays reçoit beaucoup d’enfants et en laisse beaucoup à l’extérieur. Donc, la question de la prise en charge des exclus a été le menu principal des débats. Il en est de même de la question de la formation des enseignants dans presque tous les pays. Certains pays comme le Niger sont très illustratifs de la situation avec un niveau des enseignants très bas. Les résultats sont toujours présentés de la même façon. On parle beaucoup de bien former les enseignants, d’aider à la qualité de l’enseignement mais des solutions concrètes, pour aller vers une approche holistique sont très rares. Les ministres ont reconnu que c’est bon d’avoir cette éducation non formelle mais comment faire l’ancrage et l’arrimage ? Une grande interrogation subsiste !

Justement à l’occasion de cette rencontre, vous avez présenté la nouvelle architecture en cours d’élaboration actuellement. Quelle a été la réponse de la cible ?

Je crois que cela a été très bien apprécié mais comme je vous l’ai dit, c’est un forum dans lequel les sessions s’enchainent. Malheureusement après la présentation, il n’y a pas eu un débat avec la foule mais dans les couloirs, en échangeant avec les autres acteurs, j’ai constaté que ce modèle avait beaucoup intéressé. Nous avons présenté le cas du Bénin en tant qu’orateur principal dans un panel où il y avait six (06) autres ministres qui sont venus de la Côte d’Ivoire, de l’Egypte, du Niger et autres ; nous avions également le directeur Général de l’éducation pour l’Afrique à l’Unesco qui était, comme nous-même, orateur principal. Je crois que le modèle que nous sommes en train de faire, même si d’autres pays ont commencé pratiquement à prendre en compte l’éducation non formelle, notre modèle, théoriquement, a été bien conçu, est bien lisible, avec des passerelles, des parcours vers l’emploi, qui permettent non seulement de revaloriser l’éducation non formelle mais aussi, de trouver une place dans ce modèle pour la prise en charge des savoirs endogènes. J’ai présenté le même modèle sous le volet savoirs endogènes dans un autre atelier avec cette idée qu’il fallait renouer avec la culture et les savoirs endogènes. D’autres expériences étaient aussi intéressantes car dans le panel où j’étais, il y avait le ministre de l’éducation de l’Egypte qui a annoncé qu’à partir de la prochaine réforme qu’ils sont en train de mettre en place, les deux ou trois prochaines années, ils auront un système éducatif qui n’aura plus rien à voir avec le système éducatif qu’ils ont hérité de la colonisation. Cela va être le premier système qui est monté, conçu par les égyptiens avec les problèmes des égyptiens pour les enfants égyptiens. Nous avons aussi le Mali qui a intégré dans sa loi d’orientation les savoirs endogènes et qui a mis en place un dispositif de collaboration entre les sachants, c’est-à-dire les personnes traditionnelles qui connaissent vraiment les savoirs endogènes, et les enseignants pour qu’il y ait un arrimage entre les savoirs endogènes et les savoirs scolaires. Autant d’expériences que nous pouvons capitaliser ici au Bénin pour enrichir notre modèle, théoriquement déjà bien conçu.

Quelles sont les chances d’implémentation de ce modèle aujourd’hui au Bénin ?

J’ai beaucoup d’espoir, car, dès lors que nous avons fait la restitution avec les ministres, il y a quelques semaines, et qu’ils ont montré tous unanimement, en tout cas pour les deux qui étaient là, leur adhésion à nos propositions, dès lors qu’un compte rendu a été adressé au chef de l’État et que nous aurons l’opportunité, sans doute dans les prochains jours, d’aller lui présenter ce modèle qui répond bien au diagnostic que nous avons posé, les chiffres sont clairs et évocateurs, je crois que l’implémentation sera possible. Les décisions hardies ont été prises en octobre dernier et n’ont pas encore été mises en œuvre à ce jour, notamment en ce qui concerne les fonds complémentaires mobilisés pour faire fonctionner l’équipe. Il est vrai que la mise à disposition de personnel s’est améliorée au niveau du STP. Il y a également l’arrêté interministériel qui est en cours d’actualisation. Tout cela constitue des préalables pour que nous puissions aller de l’avant. Les informations restent encore difficiles à obtenir, mais je crois qu’on peut mettre cela sur le dos du ‘‘turn-over’’ qu’il y a eu au niveau des directions, notamment les DPP et certains cadres. L’administration devrait être une continuité mais je pense que peut-être on va rattraper cela très bientôt. Ces questions sont essentielles et nous avons encore une liste de questions en attente de réponses claires. Le modèle et sa structure sont déjà là mais nous devons les remplir pour faire les projections jusqu’à 2030.

Vous avez certainement un message à l’endroit des équipes qui travaillent, pour clôturer cet entretien !

Je voudrais remercier toutes les équipes qui travaillent avec nous, y compris les ministres qui nous soutiennent également et je demande à tout le monde de rester mobilisé. Je voudrais solliciter également les collègues DPP à prendre à bras-le-corps ce modèle. C’est le modèle national et il faut que chacun puisse le porter et nous fournir également les informations qui sont attendues. Il serait intéressant que nous commencions à communiquer parce que l’implémentation de ce nouveau modèle, une fois qu’il aura été adopté dépendra aussi de l’engouement que cela suscitera au niveau des populations et des changements de mentalité que nous recherchons en ce qui concerne l’éducation non formelle.

Propos recueillis par ulrich Vital AHOTONDJI

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