Apprentissage de la Filière MMV au LT/ASBA : Difficultés, doléances et débouchés possibles

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Dans la série des articles relatifs à la découverte de la filière ‘‘Métier de la Mode et du Vêtement’’ au Lycée Technique d’Amitié Sino-Béninois d’Akassato (LT/ASBA) », ce troisième et dernier acte revient sur les difficultés ainsi que les débouchés de cette filière.

La création de la filière ‘‘Métier de la Mode et du Vêtement’’ (MMV) dans certains lycées du Bénin, remonte à des années. Renée Mathias Akakpo précédemment Conseiller Technique à l’Enseignement et la Formation Technique et Professionnel (CT-ESTFP) a été au cœur de cette innovation que constitue cette filière. « L’idée est partie de certains professeurs d’Economie Familiale et Sociale (EFS) en fonction dans un centre de formation dirigé par des religieuses. Alors qu’ils faisaient déjà de la layette et autres dans leur programme de formation, ils ont jugé utile d’aller plus loin en instaurant la couture. C’est ainsi qu’après réflexion, les autorités compétentes ont introduit la filière ‘‘Couture’’ au Lycée Technique d’Amitié Sino-Béninois d’Akassato (LT/ASBA) », a rappelé l’ancien CT du Ministère des Enseignements secondaire, technique et de la formation professionnelle. Et depuis, cette filière devenue MMV, est en plein essor avec un nombre important de demande sur le marché du travail. Cependant, le nombre de centres de formation dans le public n’est pas assez pour répondre aux demandes de formation pendant que ces dernières s’intensifient à chaque année. « Aujourd’hui, il y a plus de 1 000 demandes en formation de couture à chaque inscription. Si on avait su très tôt, on aurait développé cette formation dans beaucoup de lycées et supprimer les formations qui ne sont plus utiles », a-t-il dit notifiant ainsi que rares sont les lycées dédiés à cela.
Avec cette formation, les apprenants formés ont une multitude de débouchés une fois sortis des lycées.

De multiples débouchés possibles pour les techniciens MMV

Loin d’avoir été créée pour satisfaire la société ‘‘Zone Industrielle Glo-Djigbé Bénin’’ (GDIZ Bénin), cette dernière est cependant un débouché, pas des moindres, pour les apprenants issus de la filière MMV. « Cette filière est créée bien avant la mise en place de la GDIZ Bénin. Mais c’est une coïncidence heureuse. En termes de mains d’œuvre, les apprenants formés jusque là ne suffisent pas, pour le moment pour combler les besoins de la GDIZ Bénin. On est très loin du compte. Parce que d’ici deux ans, elle aura besoin de 10 000 jeunes », a laissé entendre l’ex CT-ESTFP, Renée Mathias Akakpo. Mathilde Dossou, Cheffe Atelier (CA) MMV au LT/ASBA est tout à fait d’avis avec les propos du CT. Elle laisse entendre, à son tour, que les apprenants sortis du lycée peuvent être employés comme technicien ou agent technique dans les bureaux d’études ou de méthodes des grandes entreprises comme la GDIZ Bénin et beaucoup d’autres.
En dehors de ces structures, d’autres débouchés sont également possibles. « L’apprenant peut devenir styliste-modéliste pour créer des modèles. Il peut également ouvrir un pressing pour l’entretien des linges, travailler dans un prêt-à-porter comme conseiller clientèle ou être chef d’atelier », a informé Mathilde Dossou, CA MMV au LT/ASBA. En dehors de tout ceci, le technicien MMV peut choisir d’ouvrir une entreprise à son propre compte. C’est le cas de Sandra Ginette Dètondji, qui est depuis des années, la directrice de ‘‘Les Ateliers Sandrinette’’ spécialisés dans la confection des vêtements pour femme. Comme elle, nombreuses sont les apprenantes actuellement en formation en MMV qui ambitionnent travailler à leur propre compte, qui comme styliste, qui comme directrice de grandes boutiques de merceries.
En attendant de pouvoir se donner une destination fixe en termes de débouché, plusieurs difficultés entravent l’apprentissage de ces lycéennes en MMV au Lycée Technique d’Amitié Sino-Béninois d’Akassato (LT/ASBA).

Défaut d’infrastructures classé au rang des difficultés

Le mercredi 22 novembre 2023, lors de sa descente à Akassato, l’équipe de Educ’Action a jugé utile de visiter tous les dispositifs mis en place pour un apprentissage réussi en MMV au LT/ASBA. Pour y arriver, elle a parcouru plusieurs locaux érigés dans différents bâtiments avec pour guide, la CA MMV, Mathilde Dossou. On constate après plusieurs tours, que la salle de pratique, la salle de cours, celle d’informatique, le laboratoire, le magasin ainsi que la salle de réalisation sont dispersés un peu partout dans le lycée. Inutile donc de dire que ce fut contraignant pour l’équipe. C’est davantage pénible pour enseignants et apprenants qui doivent faire des allers et retours plusieurs fois dans une même journée. Cela pose de toute évidence, le problème d’infrastructures. Mathilde Dossou ne le cache pas d’ailleurs et classe cela dans le rang des difficultés auxquelles elle et son équipe sont confrontées. « Tout ce qui nous fait défaut aujourd’hui, c’est l’infrastructure. Nous devrons avoir un bloc où seront logés tous les différents compartiments de la filière MMV. Ce qui n’est pas le cas », se désole-t-elle. L’autre difficulté qui est sans doute plus importante que celle précédente, est nommée ‘‘manque d’enseignants dans la filière’’.

Effectifs pléthoriques, manque d’enseignants et de logiciel en français

C’est un secret de polichinelle que la formation dans les lycées, peu importe la filière, est confrontée au déficit d’enseignants. En MMV, le problème se pose également, à en croire la CA. « La grande difficulté que nous rencontrons dans la formation, c’est au niveau des formateurs », alerte-t-elle. Elle qui, de base, n’est pas un produit MMV, s’est adaptée à la pédagogie de la couture malgré son BAPES en Economie Familiale et Sociale, pour devenir formatrice au LT/ASBA. Ce qui n’est pas le cas avec les jeunes formateurs. « Les jeunes formateurs qui sortent, sont formés pour la spécialité, mais il leur manque une formation pédagogique », a-t-elle expliqué. Ce manque d’enseignants et de surcroît, d’enseignants de qualité, n’est pas sans conséquences sur la formation. « Nous avons des effectifs pléthoriques dans les classes. La classe où nous avons moins d’effectif, c’est 33 apprenants », a-t-elle énuméré comme conséquence. Elle fait remarquer au passage, qu’« Avec ce beau monde lors d’une démonstration, beaucoup d’apprenants ne vont rien suivre ».
L’autre chose qui constitue une difficulté pour la CA et les siens, c’est le manque de logiciel en français pour la conception sur ordinateur des modèles. « Nous avons reçu des chinois, un logiciel mais tout est en langue chinoise. Personnellement, je n’y comprends rien, les miens aussi », a-t-elle dit avec un sourire au creux des lèvres, souhaitant que soient mis à leur disposition, des logiciels en français pour faciliter le travail. Déjà active sur le terrain, la directrice de ‘‘Les Ateliers Sandrinette’’, Sandra Ginette Dètondji est également confrontée à une difficulté qui se résume aux équipements de travail professionnels qui ne sont pas disponibles systématiquement sur place, ni accessibles à toutes les bourses.
En dehors de tout ceci, les apprenants subissent certains désagréments qu’il convient de classer dans le rang des ‘‘risques du métier’’. « Il y a par exemple, l’électrocution puisque toutes les machines utilisées sont à courant. Le gros risque même, c’est la table chauffante. Elle peut prendre feu quand c’est trop chaud. Il y a le risque de se couper les doigts avec le ciseau électrique à lame. Nous avons le risque de pollution parce que nous utilisons des tissus qui produisent des fibres. Il y a aussi le risque de devenir sourd avec des tables qui font assez de bruits », a-t-elle listé pêle-mêle.

Les doléances pour un apprentissage épanoui en MMV

Face aux difficultés énumérées plus haut, les doléances de la CA Mathilde Dossou se résument en quelques points. Le premier, c’est d’avoir un bloc pour la spécialité. « Dans n’importe quel centre, on doit avoir un bloc MMV avec la salle de réception, la salle de production, la salle de réalisation de prototype, le laboratoire, la salle d’informatique, la salle des professeurs dans le même bâtiment pour qu’il y ait une complémentarité dans tout ce qu’on peut faire », a-t-elle cité. Le deuxième point, c’est la formation d’enseignants qualifiés pour le travail ainsi que la création d’autres centres de formation en MMV qui vont permettre de réduire le nombre d’apprenants par salle.

Estelle DJIGRI

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