Atelier sur le chapitre 4 du Code de l’information : La rétention des sources publiques d’information comme frein au journalisme d’investigation

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La rétention et la dissimulation des sources publiques d’information restent un obstacle majeur au journalisme d’investigation en République du Bénin. C’est à juste titre qu’un atelier sur le chapitre 4 du Code de l’information et de la communication a été initié par la Direction générale des Médias avec l’appui financier de Wanep-Bénin pour des échanges d’expériences entre professionnels des médias aux fins d’aider à améliorer le cadre légal d’accès aux sources d’information publique. Les travaux se sont déroulés, ce vendredi, au palais des congrès à Cotonou.

«Au cours de ces dix dernières années, beaucoup de pays comme l’Ouganda, la Côte d’Ivoire, l’Ethiopie… ont fait des avancées dans le domaine de l’accès aux sources publiques d’information. Mais au Bénin, ce droit à l’information publique reste encore un leurre malgré l’adoption et la promulgation en mars 2015 d’une nouvelle loi portant Code de l’information et de la communication en République du Bénin », a déclaré, ce vendredi, Mme Fatoumatou Batoko, présidente du Conseil d’administration du West Africa Network for Peacebuilding (Wanep-Bénin).
A travers cette déclaration qu’elle a faite à l’ouverture de cet atelier, la responsable de Wanep-Bénin a tenu à poser le problème d’accès aux sources publiques d’information comme une réelle entrave à laquelle sont confrontés les journalistes d’investigation. « Aujourd’hui, le citoyen et surtout les journalistes béninois sont victimes, entre autres, du refus, de la rétention et de la dissimulation de l’information publique qui constituent des pratiques qui violent le droit du public à avoir accès à l’information publique », a-t-elle témoigné, indiquant que cette rencontre d’échanges entre professionnels permettra d’améliorer le cadre légal d’accès aux sources d’information publique. Une trentaine de professionnels des médias qui s’essayent déjà à l’investigation ont participé à cet atelier dont les objectifs sont de favoriser les échanges d’expériences et de cas pratiques sur la violation du Code de l’information et de la communication, recueillir des suggestions et recommandations pertinentes des journalistes pour la consolidation du droit d’accès à l’information publique au Bénin et enfin, publier un recueil d’expériences et de cas pratiques de professionnels des médias. Regroupés en trois panels sur des sous-thèmes comme : les conditions d’accès, les procédures d’accès et les restrictions du droit d’accès à l’information publique, les journalistes d’investigation, puisant dans leurs expériences et vécus, ont dénoncé les barrières et blocages dressés par les agents de l’administration publique malgré l’existence du code de l’information qui leur fait obligation de mettre à disposition l’information publique. « Pour un sujet d’enquête initié par mon journal pour comprendre la variation dans l’application des coefficients à l’examen du Brevet d’Etudes de Premier Cycle (BEPC 2016) qui a conduit à l’échec de certains candidats, nous avons passé plusieurs mois sans jamais obtenir un rendez-vous avec le responsable de la Direction des examens et concours malgré les lettres de relance à lui envoyées conformément aux articles du Code de l’information », a témoigné l’un des participants. Les journalistes participants à l’atelier ont énuméré d’autres difficultés, entre autres, le refus des autorités et agents de l’administration à rendre accessible l’information publique, en leur opposant des questions de secret-défense, d’informations non communicables et de secret de l’instruction judiciaire. Ils ont, par ailleurs, dénoncé le délai des cinq (05) jours avec possibilité de rallonge jusqu’à huit (08) jours, prescrit par la loi au profit de l’agent public pour mettre à disposition du requérant l’information publique recherchée. « Les sujets sensibles font très souvent appel à la rétention ou à la dissimulation de l’information, et cette rétention s’explique en partie par le fait que le requérant procède parfois à une exploitation erronée de l’information publique mise à sa disposition par les organismes publics. Dès lors, ils deviennent réticents », a nuancé Guy-Constant Ehoumi, président de l’Observatoire de la déontologie et de l’éthique dans les médias au Bénin (Odem). Pour le directeur général des médias, Expédit Ologou, le droit d’accès à l’information publique ne doit plus rester une difficulté pour le journaliste d’investigation à l’heure de la démocratie et des sociétés ouvertes. Ce qui, selon lui, nécessite que l’on saute les verrous de la rétention de l’information publique.

Des recommandations des professionnels des médias…

Au terme de l’atelier, diverses recommandations sont formulées par les participants pour améliorer le cadre légal de la loi. Il s’agit, entre autres, d’organiser des plaidoyers en direction des députés pour la modification de la loi, sensibiliser les agents de l’administration publique sur le contenu du Code afin de les amener à comprendre l’obligation qui leur est faite de fournir l’information publique à tout requérant, redéfinir le concept de l’intérêt publique, de secret-défense, trouver le moyen d’arrimer les normes administratives aux contraintes journalistiques pour soulager le journaliste qui conduit un sujet d’enquête. A la fin, le coordonnateur national de Wanep-Bénin, Julien Oussou, a pris l’engagement de travailler en tandem avec les journalistes pour l’amélioration du Code. Le directeur général des médias, Expédit Ologou, a remercié chaque participant pour sa contribution et espéré que les recommandations écrites des panélistes vont aider à améliorer le cadre légal du Code.

Serge-David ZOUEME

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