Bilan éducatif du quinquennat 2016-2021: Des acquis à renforcer, des insuffisances à corriger (Les principaux défis du prochain quinquennat)

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Cinq (05) ans de pilotage du système éducatif béninois sous la Rupture. Le bilan est en demi-teinte. La situation de l’école, à l’appréciation du chef de l’Etat lui-même, demeure préoccupante, tel qu’il l’a déclaré à l’Assemblée nationale, le 29 décembre 2020. Certes, le gouvernement a fait des efforts au triple niveau de l’accès (les taux de scolarisation), du maintien (cantines scolaires, subvenions aux écoles, etc.), et de la qualité (taux de réussite et évaluation des acquis à travers le PASEC) avec des enfants qui apprennent mieux. Des avancées donc au profit de l’éducation qui restent, cependant, à être renforcées. Des insuffisances sont aussi à corriger dans la gouvernance du secteur, laissant ainsi transparaître des défis à relever par les gouvernants pour le prochain quinquennat.

Période de grandes turbulences politiques par ici, qui a tôt fait de jeter aux orties le débat éducatif, pourtant essentiel pour la construction d’une Nation. Un exercice d’analyse rétrospective qui s’impose, tout de même, pour rebondir sur le destin éducatif de nos frères et sœurs, de nos enfants pour les cinq (05) années à venir. Puisque nous le savons tous, avril ou mai 2021 s’en va boucler un cycle, un quinquennat de pilotage de notre système éducatif avec diverses fortunes. En 2016, une projection du visage de l’école a été faite aux Béninois ; une image de l’école qui découle des piliers et axes du PAG du président Patrice Talon. Aujourd’hui où nous nous apprêtons à accoster, nous pouvons dire que plusieurs actions ont rythmé la vie de l’école avec un bilan mi-figue, mi-raisin.

De notre marche commune avant 2016…

Qu’il nous revienne à l’esprit que bien avant 2016, le système éducatif a posé des pas significatifs, surtout à partir des années 2000 avec la promotion des objectifs de l’EPT comme bien d’autres Nations du monde, notamment au sud du Sahara. En 2006, le pays a réussi à élaborer son premier véritable document de planification de l’éducation qu’est le Plan Décennal de Développement du Secteur de l’Education (PDDSE). A cela, s’est arrimé un ensemble de processus à savoir : la revue du secteur éducatif, la conception et la mise en œuvre du programme Fast-Track qui est devenu plus tard le Partenariat Mondial pour l’Education (PME) avec un souci de mettre en œuvre les accords de Paris pour l’efficacité de l’aide au profit du système éducatif.
Le Bénin s’est ensuite engagé à honorer les prescriptions internationales en matière d’idéal éducatif prôné par les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD), devenus plus tard ODD. Alors, la volonté politique voire institutionnelle d’offrir une éducation primaire pour tous, s’est rapidement imposée comme un réel défi qui sature les réflexions. Dès cet instant, les préoccupations essentielles tournaient autour de l’accès et du maintien à l’école. Mais très vite, l’ODD4 qui met l’accent sur ‘’ une éducation de qualité pour tous, dans des conditions d’équité et promouvoir les possibilités d’apprentissage tout au long de la vie’’ va accélérer la gamme des défis. Désormais, outre l’éducation primaire pour tous, les gouvernants béninois doivent arpenter les pistes rocailleuses d’une éducation de qualité qui prend en compte, à la fois, les apprentissages, les enseignants, mais également les apprenants. Par ailleurs, l’équité notamment genre a été prise en compte avec un indice de parité enviable. D’autres défis demeurent à savoir les possibilités d’apprentissage qui intègrent les formations techniques, les alternatives éducatives ainsi que l’alphabétisation formelle. L’horizon éducatif s’éclaircit donc avec une connaissance vive des chantiers à ouvrir pour plusieurs générations d’apprenants.

Le rêve éducatif sous Talon…

C’est dans cet environnement éducatif chargé de défis que Patrice Talon accède au pouvoir. Il prend alors l’engagement en 2016, de reconstruire et de moderniser le système éducatif béninois pour le quinquennat. Une ambition à la limite révolutionnaire pour le secteur qu’il traduit, à travers des mots forts, dans son Programme d’Actions du Gouvernement. En effet, le Pilier 2 « Engager la transformation structurelle de l’économie », et l’Axe stratégique 5 « Amélioration des performances de l’éducation » du PAG, prescrivent que « le système éducatif sera reconstruit et modernisé par l’élaboration d’une nouvelle gouvernance et l’amélioration de la qualité de l’enseignement, l’adaptation du système d’enseignement aux besoins du pays et des entreprises, et le renforcement de la recherche scientifique ». Tel un médecin, il fit ainsi le diagnostic du système éducatif, identifia les problèmes et envisagea des prescriptions majeures pour le sortir du marasme. Nombreux sont les hommes et femmes qui vont adhérer à cette vision de l’homme de la Rupture pour soigner l’éducation nationale de son cortège funèbre de chômeurs, de diplômés sans emploi, d’intellectuels tarés, etc.

Des actes posés…

Réformes, constructions, recrutements, formations constituent les axes majeurs des actions menées par le gouvernement Talon pour le secteur éducatif béninois, ces cinq (05) dernières années. Le Plan National de Développement (PND) du Bénin a servi de boussole pour la structuration et l’implémentation de plusieurs projets, programmes dans ce secteur névralgique de développement. Sur financements publics, à travers des projets et programmes soutenus par les partenaires techniques et financiers du secteur éducatif, et également via des prêts, des modules de salles de classes, des blocs de latrines, et des mobiliers sont construits et fabriqués pour améliorer le fonctionnement des écoles et établissements sur l’ensemble du territoire. Des laboratoires et des lycées techniques sont aussi érigés pour répondre aux exigences de l’EFTP. Plusieurs vagues d’enseignants dont les pré-insérés sont recrutés et déployés dans les salles de classes partout au Bénin pour juguler, mais partiellement la question de pénurie d’enseignants. Des cycles de formations sont organisés au profit de ces enseignants pour renforcer leurs capacités et améliorer leurs performances en milieu scolaire. Beaucoup de réformes ont également pris corps pour impacter le secteur. C’est ainsi que des organes sont créés pour améliorer le pilotage du système éducatif. Le Conseil National de l’Education (CNE), désormais décisionnel, s’est enraciné avec comme priorité la gouvernance du secteur. D’ailleurs, le chef de l’Etat, à l’occasion de l’installation des vingt-neuf (29) membres du CNE, le mardi 21 janvier 2020, à la salle bleue du Palais des Congrès de Cotonou, a déclaré : « la mise en place du CNE est le début d’un processus de mutation complète de notre système éducatif, le principal atout de notre développement ». « Qu’il s’agisse des programmes, du déploiement du personnel enseignant, de la carte scolaire ou universitaire, des affectations budgétaires, des accréditations ou des contrôles des établissements publics ou privés, plus rien ne sera décidé et mis en œuvre par qui que ce soit, sans les sachants que voici », a martelé le président de la République, comme pour montrer toute l’importance de cet organe. D’autres structures telles que l’UPS (Unité Présidentielle de Suivi), l’ACISE (Agence pour la Construction des Infrastructures du Secteur de l’Education), le CPSFESU (Cellule Présidentielle de Suivi du Fonctionnement des Etablissements Scolaires et Universitaires), l’ANAPES (Agence Nationale pour les Prestations aux Etablissements Scolaires publics) sont aussi créées aux côtés des ministères sectoriels de l’éducation toujours pour le pilotage, sans occulter le STP-PDDSE (Secrétariat Technique Permanent du Plan Décennal de Développement du Secteur de l’Education) qui assure le suivi-évaluation du PSE post 2015. En somme, il y a eu des avancées dans l’accès et le maintien, la structuration de la gouvernance, certains aspects de la qualité comme les acquis des apprenants avec un meilleur positionnement du Bénin au terme du PASEC 2019, les infrastructures, etc.

Des points d’amelioration…

Ces efforts à l’actif de la Rupture ne cachent nullement les insuffisances encore flagrantes au cœur du système éducatif. La situation de l’école béninoise, bientôt cinq (05) sous le régime actuel, demeure préoccupante. D’ailleurs, le chef de l’Etat en a bien conscience qu’il n’a pas hésité à partager sa peine et ses réflexions avec le peuple via les députés à l’Assemblée nationale, à l’occasion de son discours sur l’état de la Nation, le 29 décembre 2020. Il disait précisément ceci : « Dans le secteur éducatif, notre situation demeure globalement préoccupante. Même si le taux de scolarisation de nos enfants paraît, de plus en plus, satisfaisant, la couverture de nos besoins en infrastructures et surtout en enseignants demeure insuffisante à tous les niveaux. Mais notre faiblesse la plus préoccupante dans ce secteur vital pour notre présent et surtout pour notre avenir, est d’ordre structurel». Il ajoutera : « … notre système éducatif forme la plupart de nos enfants au chômage et n’offre pas à notre économie la main-d’œuvre qualifiée dont elle a besoin pour se développer et créer de la richesse. Il urge de remédier à cela en remplaçant la majorité de nos établissements secondaires et universitaires actuels par des collèges, des lycées et des écoles supérieures techniques et professionnelles. » Un diagnostic atterrant qu’on pourrait résumer comme ceci : problème au niveau des infrastructures, problème au niveau des enseignants, problème au niveau des curricula de formation, problème au niveau de la structure de gouvernance. Le point positif semble bien être au niveau du taux de scolarisation de nos enfants qui rime avec l’accès et le maintien.


A en croire les indicateurs, le taux brut de scolarisation national dépasse les 100%. Ce qui veut dire qu’en termes d’accès des tout-petits, le Bénin a fait un bond quantitatif qu’il convient de saluer. Idem pour le maintien avec la mise en place des mécanismes de rétention tels que la gratuité, l’allocation de ressources aux écoles à travers les subventions gouvernementales et le renforcement des cantines scolaires. S’il faut se réjouir de ces avancées, quid des enfants hors de l’école ? Les données de la Stratégie de Renforcement des Educations Alternatives (SRAE) couplées avec les chiffres de l’INSAE indiquent que près de 44% de nos enfants ne sont pas à l’école. Une entorse donc à l’accès et au maintien qui sera progressivement corrigée par les écoles de la deuxième chance.
Pour le pilotage, le souci de créer une coordination plus importante du secteur a amené à la multiplication des pôles de décision et de contrôle avec des prérogatives disparates. Ce qui crée en retour un souci de cohésion des actions au profit de l’éducation. Les ministères sectoriels de l’éducation, tout en étant dans l’opérationnel, ont vu leurs pouvoirs limités au profit des structures présidentielles au rôle stratégique, mais qui sont souvent sur le terrain opérationnel. La gouvernance du PSE (Plan Sectoriel de l’Education) est dévolue au CNE avec un STP (Secrétariat Technique Permanent) réduit à sa portion congrue. Autant d’éléments qui constituent des défis à relever pour les cinq (05) prochaines années dans ce secteur majeur et vital de l’éducation.

Des défis pour le prochain quinquennat…

Cette peinture de l’éducation nationale aujourd’hui laisse transparaître des défis majeurs à relever pour les cinq (05) prochaines années. Déjà, il faut revoir la gouvernance et le pilotage du système éducatif en reprécisant les rôles des structures d’intervention créées ici et là aux côtés des ministères sectoriels pour une gestion harmonisée, rationnelle, cohérente et efficiente du secteur éducatif. Il faut définir de nouvelles politiques de construction des infrastructures scolaires et universitaires et améliorer celles existantes. La question du recrutement des enseignants ainsi que leur formation doit rester une priorité pour les prochains gouvernants. Il faut alors trouver la formule appropriée pour recruter, selon une programmation bien définie, de jeunes enseignants qualifiés qui peuvent suppléer valablement les départs à la retraite. Tenir à jour les statistiques en termes de besoins d’enseignants de manière à éviter des salles de classes sans enseignants parfois. La formation couplée aux statuts des enseignants restent aussi une question majeure qui doit préoccuper en termes de gouvernance de l’école. Pas trop loin, la qualité des enseignants, des enseignements et des apprenants demeure aussi un focus à prendre au sérieux pour l’avenir de l’école.
Pour réussir la véritable promotion du système éducatif, il faut régler des préalables à savoir : la santé, l’énergie et la suffisance alimentaire, car l’éducation est un tout et on devrait faire attention, dans toutes les communes, aux services sociaux de base. Aujourd’hui, on reste unanime sur le fait que les enfants n’ont pas tous accès à des soins de qualité, que les parents n’ont pas tous accès à un branchement de courant dans leurs maisons pour faciliter l’apprentissage aux enfants et que la suffisance alimentaire reste encore un luxe dans des familles. Les options politiques en lien avec l’école doivent aller également dans ces directions pour réussir l’accès et le maintien.


L’épineux problème de l’efficacité externe ou encore de l’adéquation formation-emploi demeure un défi quasi permanent. On en parle suffisamment sans pour autant trouver la formule magique pour sortir les jeunes diplômés du chômage ou du sous-emploi. Il urge alors de revoir les curricula de formation qui intègrent effectivement les besoins du marché de l’emploi ainsi que les demandes formulées par les chefs d’entreprises. Actuellement où la question de la primauté et de la généralisation de l’EFTP est assez évoquée avec comme option 30% de nos apprenants dans l’enseignement général et 70% dans l’enseignement technique, il faut bien inscrire ce versant éducatif dans une approche holistique où l’enseignement général a encore et toujours tout son sens en tant que levier et soutien. Puisque tous les apprenants ne peuvent pas sortir techniciens. Aussi, faut-il intégrer les entreprises privées comme publiques dans une dynamique de formation des apprenants dans nos écoles et universités, et surtout les inciter à financer l’enseignement, honorant ainsi leur responsabilité sociale même si à ce niveau, l’Etat, en retour, doit pouvoir accompagner efficacement les entreprises à travers des facilités et allègements de diverses sortes.
L’éducation est une construction permanente. En tant que produit et service offerts à la Nation, il faut bien l’inscrire dans une vision nouvelle avec les médias, surtout les médias spécialisés, qui pourront aider à rendre ce produit et ses dérivés plus efficaces, de part leurs productions journalistiques de fond qui faciliteront la prise de décisions idoines pour le bonheur du système et de nos enfants, bâtisseurs de demain.

Serge David ZOUEME

 

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