«Ce vertige en moi» de Charlemagne Gbonkè : Un roman contre les déviances scolaires

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Le cadre scolaire n’est plus seulement un milieu d’acquisition du savoir, mais un environnement où se développent des déviances fabuleuses. C’est cette face cachée de la vie scolaire que Charlemagne Gbonkè, conseiller en orientation scolaire et professionnelle révèle dans sa production romanesque : « Ce vertige en moi », parue aux Editions Légende en août 2023. Habitué des lettres, l’écrivain Charlemagne Gbonkè est à sa quatrième production livresque, après la sortie de « Moi, Ahouéfa » en 2019, « Le crime ultime » en 2021 et « Du même Soleil que toi » en 2022. A travers les 124 pages de son roman « Ce vertige en moi », subdivisé en 14 chapitres, Charlemagne Gbonkè ouvre la boîte à pandore sur certaines dérives des élèves en milieu scolaire. La mésaventure se déroule au collège privé le King à Cotonou où la disparition d’un ordinateur fait jaser une classe voire tout l’établissement. Au banc des accusés, l’élève modèle Elikplim. Trois camarades de sa classe l’accusent à tort d’être l’auteur du vol de l’ordinateur jusqu’à traîner son nom dans la boue. Mais le jeune garçon ne va pas se laisser faire aussi facilement et s’avouer vaincu pour un crime qu’il n’a pas commis. Avec le soutien indéfectible de son frère aîné Elom, il se lance dans le dénouement de cette situation en vue de laver son honneur. Dans ce collège privé d’enseignement secondaire se côtoient deux mondes. La première catégorie concerne les élèves travailleurs qui sont conscients des souffrances de leurs parents pour leur garantir un avenir meilleur. De la deuxième catégorie relèvent des élèves qui n’ont que dalle à faire des dépenses de leurs parents pour leurs instructions. C’est à cette catégorie d’élèves peu recommandables que s’intéresse l’auteur dans son livre « Ce vertige en moi ».

Les déviances d’une jeunesse scolaire en perte de valeurs morales et éthiques

Quand vous appartenez à la classe des élèves ‘’bling bling’’ du collège, il faut s’adonner à toutes les bavures et dérives les plus insoupçonnables. Le mode de vie remarqué dans ce clan c’est : paris sportifs, fumer l’herbe, jeux vidéos, déviances sexuels et surtout le vol. C’est d’ailleurs la dérive majeure abordée dans ce livre dont les acteurs ont pour noms Yèyinu, Akoba et Noubiyoyo. A la page 38 du roman, on peut lire : « Yèyinu n’avait droit à aucune visite au domicile familial. Alors il se rallia à Akoba chez qui il s’adonnait à tout ce qu’il n’était plus possible de faire chez lui. J’ai oublié de vous dire que ces montants faramineux que Yèyinu dépensait pour narguer les gens à l’école, étaient de l’argent volé. Il avait réussi à se faire une copie des clés de la chambre de ses parents et il y allait voler de l’argent et des bijoux de grande valeur. » C’est la petite histoire que l’auteur raconte sur la vie de Yèyinu, le propriétaire de l’ordinateur porté disparu.
Dans cette mésaventure, Elikplim s’est fait même arracher sa camarade de classe pour qui son cœur bat le plus fort, la ravissante et séduisante Emefa. Elle s’est rangée du côté de Yèyinu pour bénéficier des faveurs de ce dernier et narguer Elikplim. Evidement, dans le livre « Ce vertige en moi », il est également question des choses de l’amour. Les sentiments de Elikplim pour Emefa sont trop forts. La preuve se trouve à la page 51 et c’est l’amoureux lui-même qui confesse en ces termes : « J’eus envie de la rapprocher davantage de moi, de sentir de plus près les coups irréguliers de sa respiration, de lui dire combien le geste qu’elle venait de faire représentait tout pour moi. Ah ! les choses de l’amour ! » Elikplim brûle toujours d’amour pour Emefa qui a basculé depuis dans les bras de son rival Yèyinu certes, mais ce qui importe le plus pour l’élève modèle de la classe, c’est de passer par tous les moyens légaux possibles pour prouver son innocence dans cette histoire de vol d’ordinateur.

Une voix de sagesse dans un environnement hostile aux valeurs

Malgré cette jeunesse indifférente à tout repère social ou moral au milieu du chaos, il y avait toujours une voix de sagesse qui s’évertue à sauver les meubles et ramener les inconscients sur le chemin de la bonne conduite. Il s’agit du professeur principal de la classe de Elikplim, qui profitait de chaque occasion pour aller au-delà de l’instruction, éduquer ses apprenants. A la page 77, on peut lire ses paroles de sages : « A votre âge, vous ne devez avoir autres priorités que de travailler à honorer vos parents dans les efforts qu’ils fournissent à investir dans votre avenir. Chaque note reflète le temps que vous accordez aux études. On ne vous demande pas autre chose, surtout pas d’aller, à longueur de journée, jouer aux jeux vidéo, traîner dans les bars et les endroits peu recommandés. Ne prenez pas mes paroles pour des injures ; je suis poussé, par un besoin irrésistible de vous dire ce qui est vrai et bien pour vous. Ma seule mission dans cette classe consiste à appeler les choses par leurs noms et vous donner les bons conseils. Ayez les yeux pour voir la vie comme je voudrais que vous la voyiez, et que vos oreilles perçoivent la profondeur de mes propos. »
La ténacité de Elikplim va finir par porter ses fruits avec l’implication de son oncle Lissa, fonctionnaire de police. L’opération de rétablissement de la vérité conduit à l’arrestation de Noubiyoyo chez qui l’ordinateur volé a été retrouvé. L’agent de police Lissa qui est passé maître à faire vider aux criminels les plus redoutables leur sac, tire les oreilles à Noubiyoyo qui passe aux aveux et livre les noms de ses complices. Il s’agit de Yèyinu et Akoba qui sont finalement les têtes pensantes de cette opération machiavélique de vol d’ordinateur. La honte change de camp dans le collège et c’est sous les slogans hostiles de la foule qui crie « Prison pour les voleurs ! Justice pour Elikplim ! », que le trio Yeyinu, Akoka et Noubiyoyo fut conduit, menottes aux mains au parquet. Rédigé dans un style simple, ce roman est facile à lire par n’importe quel lecteur quel que soit son niveau d’études. L’autre aspect qui est important à relever dans « Ce vertige en moi », c’est le fait que l’auteur ait attribué des noms endogènes dans une démarche onomastique, aux personnages : « Elom, Yeyinu, Vidolé, Akoba, Emefa, Assiki, Lissa, etc. » Tout ce qui brille n’est pas de l’or. Ce dicton prend tout son sens dans cette mésaventure qui est arrivée aux persécuteurs de Elikplim dans le livre « Ce vertige en moi », de Charlemagne Gbonkè, finaliste du grand prix littéraire du Bénin en 2022.

Edouard KATCHIKPE

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