Conservation et valorisation du patrimoine culturel africain : « Le culturel aide l’économie à se développer dans un pays », dixit Baba Keita

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Passionné de la culture, amoureux du patrimoine, l’homme s’emploie à donner un nouveau visage au patrimoine culturel africain. Aux commandes de cette jeune institution sous-régionale depuis juin 2010, l’homme aux talents culturellement incommensurables a insufflé un nouveau dynamisme au secteur du patrimoine culturel pour sa visibilité au triple plan national, continental et international. Par son leadership en la matière, d’importants résultats ont été obtenus sous son autorité en trois (03) ans seulement de la prise des rênes de la chose culturelle sous-régionale. Malien de nationalité et résident permanent au Bénin, Baba Keita administre l’Ecole du Patrimoine Africain (EPA) avec comme pour seul rêve de faire du patrimoine culturel, un levier touristique et économique de son continent. Bilan et perspectives des 15 ans d’existence de l’EPA, c’est avec son Directeur Baba Keita.

Educ’Action : Que faut-il entendre par Ecole du Patrimoine Africain ?

Baba Keita : L’École du Patrimoine Africain est une institution régionale qui travaille dans une zone d’activités qui couvre 25 pays au Sud du Sahara dont les pays Francophones, Lusophones et Hispanophones. En dehors de cela, l’Ecole du Patrimoine Africain travaille également avec les pays anglophones qui sont en Afrique de l’Ouest et ceux de l’Afrique de l’Est. C’est une école qui est surtout spécialisée dans le domaine de l’art, de la conservation et de la gestion du patrimoine et la formation des professionnels afin de leur permettre d’acquérir des compétences pouvant les conduire à faire un travail technique dans la direction des musées, des archives et des bibliothèques pour le patrimoine matériel qui est notamment le patrimoine mobilier. Nous travaillons également sur le patrimoine immobilier qui est le contraire du patrimoine mobilier. Le troisième volet concerne le patrimoine immatériel qui est un domaine qui a débuté ses activités tout récemment, notamment en faveur de la mise en place de la convention 2003 de l’Unesco. Il y a un autre, le patrimoine naturel qui se réfère à l’environnement, les parcs publics et les forêts. De plus, nous travaillons sur le domaine des arts vivants, c’est-à-dire tout ce qui permet aux acteurs culturels d’avoir des capacités en vue de faire de meilleures représentations, de meilleures mises en valeur du patrimoine.

Quel bilan faire après les 15 ans d’existence de l’EPA au Bénin ?
Pendant 15 ans, nous avons eu des échanges à la fois sur des formations techniques mais aussi des séminaires, des rencontres techniques, des expositions que nous avons montées, des rencontres de sensibilisation, des publications. Nous travaillons avec différents partenaires techniques à qui nous témoignons toute notre gratitude au passage. Il s’agit de l’Unesco, de l’Icrom-le Centre International d’Étude pour la Conservation et la Restauration des Biens Culturels, les Universités. Nous travaillons également avec le Centre du Patrimoine Mondial de l’Unesco, le Fonds Africain du Patrimoine Mondial, l’Icomos qui est le Conseil International des Monuments et Sites, l’Uicn (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) l’Icom (Comite International des Musées). Nous travaillons avec tous ces partenaires techniques pour développer des formations qui doivent s’adresser à de différentes cibles. Donc cela nous a permis de mettre non seulement en valeur notre patrimoine, mais aussi de faire en sorte que notre patrimoine soit une préoccupation au niveau des pays, que les responsables s’intéressent au patrimoine et que ce dernier devienne un véritable sujet de discussion, de débat et que les gens sachent les besoins qu’il y a dans le domaine en terme de formation, mais aussi en terme de sauvegarde. Je pense que tout cela est un défi que nous avons mené ensemble et je pense que ce défi doit être consolidé. L’EPA a 15 ans mais cela ne signifie pas une fin en soi. L’EPA a besoin d’assurer purement son autonomie.

Qu’est-ce que le Bénin a pu obtenir de l’EPA de plus et de particulier que les autres pays d’Afrique ?
Le fait que l’EPA soit basée au Bénin est un élément important. L’importance se trouve dans la visibilité car cette école reçoit au cours d’une seule année une trentaine (30) de nationalités qui viennent pour travailler sur des activités, pour connaître le Bénin. Ils viennent étudier et apprendre ainsi à connaître le Bénin. Nous avons des professionnels qui viennent ici pour travailler et qui restent dans les hôtels, qui prennent le transport pour venir au Bénin, qui achètent au Bénin et qui apportent également leurs connaissances au Bénin. En dehors de cela, nous faisons beaucoup de formations pour le Bénin. La plupart des formations que nous faisons, nous intégrons deux à quatre Béninois contre un seul pour les autres pays. Nous offrons de bourses gratuites à ces personnes.

Quelles sont les formations qu’offre l’EPA et les diplômes qui les sanctionnent ?
L’EPA a actuellement deux formations diplômantes. Les autres formations sont des formations continues qui permettent d’améliorer la capacité mais qui ne sont pas sanctionnées de diplômes mais plutôt de certificats de participation. Les deux formations diplômantes sont : Licence professionnelle en conservation et la valorisation du patrimoine dans les milieux archives et bibliothèques qui est mise en œuvre avec l’Université de Paris I, l’Université d’Abomey-Calavi et l’Icrom. Le diplôme issu de cette formation est celui délivré à la fois par l’Université de Paris I et celle d’Abomey-Calavi. La seconde formation diplômante, c’est la Licence professionnelle en conception et gestion de projet culturel. Ici également, c’est mis en œuvre avec l’Université d’Aix-en-province à Marseille et nous sommes en train de travailler pour que l’Université d’Abomey-Calavi soit partenaire de cette formation. Cette formation est beaucoup plus en ligne. Les deux formations non diplômantes mais sanctionnées par des certificats de participation sont les plus nombreuses. Elles sont spécialisées sur des thématiques telles que le patrimoine immobilier, les musées, les archives, les bibliothèques, la documentation, le patrimoine immatériel et les arts vivants. Elles sont de courtes durées et vont d’une semaine à trois mois.

Quelles sont désormais les perspectives de l’EPA après ce quinzième anniversaire ?
Nos formations vont monter de grade pour pouvoir passer spécialement dans le domaine de la conservation parce qu’il y a beaucoup d’autres organisations qui interviennent dans d’autres domaines tels que la gestion etc. mais nous, c’est la conservation. Tous ceux qui font la conservation peuvent passer à d’autres niveaux de qualification. Et cela constitue un challenge. L’autre challenge consiste à casser la barrière francophone-anglophone pour qu’il y ait plus de contacts entre les francophones et les anglophones. L’autre défi que nous voudrions relever est d’insérer le patrimoine à l’école surtout auprès des enfants. Le troisième point est l’intégration régionale. Nous avons beaucoup d’organisations régionales qui commencent à se mettre en place et cela devient de plus en plus une réalité. Il y a l’Uemoa, la Cedeao, l’Union Africaine. Nous voudrions faire en sorte que ces organisations soient de véritables outils de développement pas seulement économiques, mais surtout culturels parce que le culturel aide l’économie à se développer. Nous avons déjà mis en place des banques culturelles dans le Nord du Bénin et dans le Nord du Togo basées sur une expérience qui s’est développée au Mali, et nous comptons développer un projet plus global pour toute l’Afrique francophone et au-delà pour que ces banques culturelles soient implantées.

Si vous deviez conclure cet entretien, que diriez-vous ?
Je dirai que le patrimoine est riche et surtout source d’inspiration. Un pays sans patrimoine est comparable à la perdition de l’histoire de ce pays. Hamadou Ampaté Bâ n’a-t-il pas dit « Un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle ». Un patrimoine qui est détruit, c’est un paon de culture qui s’en va et on pourrait demain aller chercher à voir notre patrimoine dans d’autres pays du Nord qui les collectent. La colonisation même si elle a été une chose avec ses tares, cela fait partie de l’histoire et on n’efface pas l’histoire. Même l’esclavage, que fait-on pour conserver ses traces afin de le transformer en levier économique pour que cela puisse contribuer au tourisme économique à Porto-Novo ? Toutes les grandes maisons qui sont des maisons de tourisme aujourd’hui, comment contribuer à les restaurer, à les réhabiliter et leur donner de nouvelles fonctions pour permettre que ça puisse être des endroits qui vont devenir des hôtels qui peuvent être des maisons de culture, qui peuvent être des maisons où on ne voit que des expositions où des associations peuvent se retrouver, où on peut faire des rencontres culturelles, cela peut être aussi des magasins. Au lieu qu’on les casse, il faut les restaurer. L’Afrique n’a pas eu assez tôt l’écriture. Alors les gens mettent en cause notre histoire comme si nous n’avons pas d’histoire, mais nous en avons puisque nombreux de nos Palais comme ceux d’Abomey sont construits en terre, et comme il n’y a souvent pas d’entretien, les choses disparaissent, et on dit qu’il n’y a pas de traces ou ce sont des matériaux périssables, mais si on les avait entretenues et documentées, les gens ne pourront pas le dire.

 

Propos recueillis par Romuald D. LOGBO

 

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