Course à l’intelligence artificielle : La recherche encore balbutiante au Bénin

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L’évolution technique et technologique de l’humanité est passée par trois révolutions industrielles. Après la machine à vapeur (1ère), l’électricité et les moteurs électriques (2ème), plus récemment l’informatique et l’internet (3ème), la quatrième révolution industrielle est conduite par l’intelligence artificielle. Si les Africains ont discrètement contribué à ces évolutions de l’humanité selon les phases de l’histoire du continent, la question qui se pose aujourd’hui c’est où est-ce qu’ils en sont avec cette technologie naissante ? C’est la question à laquelle nous essayons de répondre en abordant ce qui se fait au Bénin et ailleurs dans cette seconde publication sur la l’intelligence artificielle dans l’éducation.

Mars 2016, les chinois observent étonnés la défaite de Lee Sedol, leur champion national de jeu de Go. Contrairement aux compétitions traditionnelles, ce qui frustre les fils et filles de l’Empire du milieu, c’est que le gagnant de cette compétition est une machine : l’intelligence artificielle développée par Google DeepMind. Cette frustration est vite transformée en politique de développement. Un an plus tard, la nation décide d’injecter cent quarante-huit (148) milliards de dollars pour acquérir un leadership mondial sur l’intelligence artificielle à travers la recherche et le soutien aux acteurs du domaine. Le dernier acte en date, c’est l’inauguration, le jeudi 22 avril 2021, de la Faculté des circuits intégrés de l’Université de Tsinghua en Chine. Les circuits intégrés étant la base de la fabrication des micro-processeurs, pièces maîtresses de tout équipement informatique. A côté de cette perspective, le Bénin se cherche encore.

Où en est le Bénin ?

« Il n’y a pas de formation avec le nom intelligence artificielle. Mais dans la plupart des formations en informatique à l’Institut de Formation et de Recherche en Informatique (IFRI), à l’Institut de Mathématiques et de Sciences Physiques (IMSP), à l’Ecole Polytechnique d’Abomey-Calavi (EPAC), il y a des modules de formation en intelligence artificielle. Ce n’est pas suffisant mais c’est déjà un début ». C’est l’information partagée par Ratheil Houndji, enseignant-chercheur en sciences informatique à l’Université d’Abomey-Calavi (UAC).
Rencontré dans le bureau qu’il occupe au bâtiment D de l’EPAC, l’enseignant a rappelé que l’IA est l’ensemble des théories et techniques qui permettent de créer des machines qui vont réaliser des tâches qu’on peut qualifier d’intelligentes. Il faut prendre la machine au sens large du terme, observe-t-il avant d’ajouter que tout ce qui est élément qu’on peut automatiser va être considéré comme machine. En ce qui concerne le niveau d’avancement du Bénin sur la question, le chercheur lève le voile sur des actions menées dans certains laboratoires. « A l’université, il y a certains laboratoires qui travaillent dans l’intelligence artificielle. Il y a mon laboratoire, le laboratoire de recherche en sciences informatique et applications, le LABEF de la FSA, un autre laboratoire de l’EPAC. Il y a aussi les écoles doctorales qui font de la recherche en IA », informe Dr Ratheil Houndji. A côté des activités universitaires, « dans le secteur privé, il y a aussi des entreprises qui ont des initiatives. Il y a des organisations de la société civile qui se forment également », renchérit l’enseignant d’intelligence artificielle, de recherche opérationnelle et optimisation, à l’Ifri. Le Bénin essaie de faire les choses mais accuse un retard considérable.

Changer la donne au Bénin

Les applications de l’intelligence artificielle sont nombreuses dans divers secteurs d’activités tel que le secteur de l’éducation, comme nous l’avons vu dans l’article précédent. Pour que le Bénin ait sa part du gâteau, les experts approchés ont fait part de diverses propositions. Pour Dr Houndji, il est d’abord important que le Bénin définisse des axes de recherche à travers des orientations nationales à l’image du Programme d’Actions du Gouvernement (PAG). « Si on veut obtenir des résultats concrets à l’échelle nationale pour le développement du pays, il faut des axes stratégiques bien clairs et l’accompagnement financier nécessaire », soutient le chercheur. Cela va permettre de définir les grands axes de financements, pour apporter des solutions face à différents problèmes, a-t-il poursuivi. En attendant, les chercheurs essaient tant bien que mal d’obtenir des financements à l’extérieur.
La ressource humaine, quant à elle, n’est pas rare même si de nombreux défis restent à relever. « La ressource humaine est là. Elle n’est peut-être pas à son top niveau mais si on sait bien l’utiliser on aura de bons résultats », fait savoir Dr Houndji, dans sa tenue locale de couleur grise. Sur la question, les acteurs du secteur privé ont bien voulu se prononcer. « La première chose à faire c’est qu’il faut former beaucoup plus de gens dans le domaine. Il faut leur apprendre les vrais compétences, pas les compétences pour passer des examens car nous faisons beaucoup cela », martèle Mickael Mazu, Président Directeur Général de myBeatus, une start-up impliquée dans les technologies éducatives. Dans sa tenue Goodluck de couleur bleu sombre, l’entrepreneur ajoute qu’il faut donner l’opportunité aux gens de pratiquer, car, c’est le meilleur moyen de développer ces compétences. Pour se faire plus clair, il explique que « cela veut dire initier des projets innovants, en stimulant les entreprises, les start-up. Il n’y a pas de secrets là-dedans, c’est ce que tous les autres pays font aujourd’hui ». Les implications de l’IA dans le secteur de l’éducation ont tôt fait d’attirer l’attention de l’Unesco. L’institution onusienne se positionne déjà pour encadrer les initiatives dans le domaine.

Les actions de l’Unesco

16 mai 2019, Beijing, grouille de monde. Et pour cause, la capitale chinoise accueille la conférence internationale sur l’intelligence artificielle et l’éducation. La rencontre de haut niveau mobilise plus de 50 ministres, représentants internationaux de plus de 105 États membres et près de 100 représentants d’agences des Nations Unies, d’institutions universitaires, de la société civile et du secteur privé. Ce beau monde accouche le consensus de Beijing sur l’intelligence artificielle et l’éducation. Ce document est le premier document international proposant des conseils et des recommandations sur les meilleures façons d’exploiter les technologies d’IA pour la réalisation de l’Agenda Éducation 2030. Au total, trente et une (31) recommandations sont adressées aux Etats membres, aux organisations internationales et à leurs partenaires œuvrant dans le domaine de l’intelligence artificielle.
Dans les grandes lignes, le Consensus recommande aux gouvernements et aux autres parties prenantes des États membres de l’UNESCO d’abord de planifier l’Intelligence Artificielle (IA) dans les politiques de l’éducation pour tirer parti des possibilités et relever les défis qu’apportent les technologies d’IA, adopter des approches engageant le gouvernement tout entier, intersectorielles et multipartites qui permettent aussi de mettre en place des priorités stratégiques locales pour atteindre les objectifs de l’ODD 4. Ensuite, de soutenir le développement de nouveaux modèles rendus possibles par les technologies d’IA pour la fourniture de services d’éducation et de formation là où les avantages l’emportent sur les risques, et utiliser des outils d’IA pour proposer des systèmes d’apprentissage tout au long de la vie qui permettent un apprentissage personnalisé à tout moment, en tout lieu, pour tous.
De plus, il leur est recommandé d’envisager l’utilisation de données pertinentes, le cas échéant, afin d’encourager la planification de politiques fondées sur des données probantes. Autres recommandations relatives aux enseignants, veiller à ce que les technologies d’IA servent à autonomiser les enseignants au lieu de les remplacer et développer des programmes appropriés pour le renforcement des capacités afin que les enseignants travaillent aux côtés des systèmes d’IA. Les conférenciers ont aussi convenu de préparer la prochaine génération de travailleurs en l’équipant des valeurs et des compétences nécessaires pour la vie et au travail, les plus pertinentes à l’ère de l’IA. Dernier point, promouvoir une utilisation équitable et inclusive de l’IA, indépendamment du handicap, du statut social ou économique, de l’origine ethnique ou culturelle ou de la situation géographique, en insistant sur l’égalité des sexes, tout en assurant des usages éthiques, transparents et vérifiables des données éducatives
Malgré ses énormes possibilités, l’intelligence artificielle porte de nombreux défis à relever dans le secteur de l’éducation. De la fracture numérique au développement de véritables compétences technologiques, un long chemin reste encore à parcourir par les nations africaines, notamment le Bénin.

Adjéi KPONON

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