Découverte du RARHA-Bénin avec Beaugard Koukpaki : « Si nous ne nous levons pas tôt, nous n’aurons plus d’archives historiques… »

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Historien de l’art de formation, Monsieur Beaugard Koukpaki préside aux destinées du Réseau d’Animation et de Recherche en Histoire de l’Art et en Archéologie du Bénin (RARHA-Bénin) depuis sa création en Juin 2013. Malgré son emploi du temps surchargé, le président du réseau, dans cet entretien exclusif, a accepté volontiers nous fait la genèse du RARHA-Bénin et évoque ses ambitions en tant que président.

Educ’Action : Pouvez-vous nous présenter le RARHA-Bénin ?

Beaugard Koukpaki : Le RARHA-Bénin qui se définit comme Réseau d’Animation et de Recherche en Histoire de l’Art et en Archéologie du Bénin, regroupe tous les étudiants en histoire de l’Art et les étudiants en archéologie qui aspirent apporter un grain ou une pierre à édifice dans la reconstruction effective et la visibilité de ce que nous appelons aujourd’hui le patrimoine, la culture au Bénin qui ont été pendant longtemps marginalisés. Nous nous sommes demandé ce que nous pouvons apporter de neuf dans ce domaine là aux fins d’aider ceux qui se disent acteurs de la culture, ceux qui se disent acteurs de l’art, acteurs de la promotion ou acteurs culturels de ce pays à jouer pleinement leur rôle. Qu’est-ce que nous allons apporter de manière scientifique ? Comment l’art ou la culture peut être capital pour le pays ? Quand je dis capital, c’est pour dire comment l’art peut être égal à l’économie d’un pays ou le développement durable d’un pays. Voilà les centres d’intérêts sur lesquels nous nous sommes basé. Nous nous sommes dit qu’il n’est pas question de ne pas mener ces réflexions vitales pour l’essor de l’art et de la culture béninoise. Et c’est ce qui a donné naissance ou conduit, après plusieurs mois de réflexions de concert avec des professeurs d’Université qui sont également dans nos rangs, à la germination de cette organisation qui, à tout point de vue, à sa place dans l’environnement des instances de recherches universitaires.

Pourquoi avoir porté votre dévolu sur un tel réseau aux fins d’atteindre vos objectifs?
Personnellement, j’avais constaté d’abord que très peu de gens s’intéressent à l’histoire de l’art ou à l’archéologie. Si vous faites un tour au Département d’histoire, très peu d’étudiants s’intéressent à la chose historique parce qu’aujourd’hui, nous la jeunesse, on se dit souvent qu’après l’obtention du Baccalauréat, ce n’est plus question d’étudier, il va falloir s’inscrire n’importe où et réussir sans vouloir étudier alors qu’on a de grandes ambitions de devenir quelqu’un demain, une haute personnalité de ce pays. Mais on ne veut pas étudier, on veut la facilité. Donc, il y a des gens qui s’intéressent très peu à la chose historique. A partir de là, quand nous prenons l’art et l’archéologie, c’est des recherches de terrain. Il y a des gens qui ne veulent pas aller sur le terrain, faire des recherches, aller au contact de la population, avoir des informations brutes pour pouvoir faire des analyses des données et en tirer une conclusion scientifique. Voilà autant de problèmes auxquels nous sommes confrontés aujourd’hui. Les très peu qui s’adonnent sont souvent absorbés par les difficultés, ils n’arrivent pas à sortir de cette léthargie qui les enfonce. Et c’est peut-être après la licence, parce qu’on n’a pas pu soutenir la maîtrise, on s’en va. On finit quatre ou cinq ans après avant de retourner faire la maîtrise. Nous nous sommes dit qu’il va falloir fait appel à ceux qui sont là aujourd’hui, avoir une association qui va commencer à travailler pour la remobilisation dans ce domaine. Pour cela, nous avons prévu des formations, des cours pratiques et des cours théoriques pour pouvoir aider les étudiants. En dehors de ça, il y a des étudiants qui ont des difficultés dans la rédaction de leur mémoire de maîtrise… Donc on sait dit qu’il va falloir commencer par regrouper les historiens de l’art et archéologie pour pouvoir donner les notions de base à ceux qui ont déjà franchi cette étape. C’est toutes ces idées qui nous ont amenés à réfléchir pour, in fine, convaincre les uns et les autres à porter avec nous l’idée du RARHA-Bénin.

Quels sont les objectifs du Réseau ?
Les objectifs que nous nous sommes assigné, c’est de commencer par insister sur la sensibilisation aux fins de faire prendre conscience à la masse. Comment amener le pouvoir central à insérer dans tous les Départements aujourd’hui, ou dans les collèges, l’initiation à la science de l’art. Les arts plastiques, les arts dramatiques et ainsi de suite. Comment initier les élèves depuis le collège, car c’est depuis la base qu’il faudrait initier des Travaux pratiques parce qu’il y a des gens qui ont des talents en eux, mais qui n’arrivent pas à les vendre, à les faire valoir. Quand vous allez dans les pays développés, vous allez constater que c’est depuis le bas âge qu’on découvre à travers les faits d’un enfant de cinq ans ou de six ans ce qu’il peut faire demain. C’est à partir de là que les parents essayent de l’amener sur le bon chemin. En dehors de çà, nous nous essayerons d’exhorter chacun des Béninois à la préservation du patrimoine et de la culture béninoise. Aujourd’hui, le patrimoine culturel est en voie de déperdition et si nous ne nous levons pas tôt, on n’aura plus d’archives historiques, on n’aura plus un patrimoine qui soit un patrimoine identique à certaines cultures béninoises. Et quand nous prenons la culture béninoise, chaque région a son patrimoine. Dans cet ordre d’idée, nous nous sommes dit qu’il est important de préserver notre patrimoine culturel, promouvoir l’art et la culture. Nous sommes prêts à accompagner les structures de l’art. On ne fait plus les choses aujourd’hui dans le sens sensible de l’art. Comme le dirait quelqu’un, on ne sent pas l’art dans les choses. Il y a des expositions qui se font au Bénin. Mais après cela, on ne voit plus de traces cinq, dix ou vingt ans après. Aujourd’hui, il n’y a pas d’archives dans le domaine de l’exposition. Donc toutes ces choses nous amènent à vouloir faire une concrétisation de nos rêves. En dehors de ça, il y a des artistes qui font de la musique purement traditionnelle de chez eux. Vous constatez qu’il n’y a plus le respect à nos valeurs culturelles. Quand vous allez à Alexandrie en Égypte, vous allez au Musée de Louvre en France, il y a des objets africains qui se retrouvent là-bas mais dont les Béninois n’en savent pratiquement pas grandes choses. Quand on prend par exemple le siège du roi Béhanzin, l’original n’est pas au Bénin, mais en France. C’est parce que qu’il y a une manque de confiance. Ceci n’est pas une affaire politique, c’est une affaire de développement durable. Donc nous ne devons pas miser sur la politique pour faire de la culture.

Pouvez-vous nous citer quelques activités organisées par le Réseau ?
On vient de naître mais nous sommes entrain de programmer un projet pour la fin du mois d’Octobre. Ce sera une sortie officielle de notre association et en même temps une activité de distinction honorifique des acteurs de l’art et de la culture béninoise. Ce n’est pas des acteurs politiques, mais de ceux-là qui s’investissent de façon scientifique, concrète, pratique, artistique et culturelle dans le domaine de l’art, des gens qui s’échinent pour l’évolution et la prospérité de l’art, de la culture et du patrimoine. Quand vous prenez Janvier Dénangan, vous ne pouvez pas savoir que s’est un professeur d’université qui a fait des études supérieures mais qui, à travers sa prestation artistique, est entrain de vendre la culture béninoise. Quand vous rentrez dans le domaine de la paix, vous voyez Vivi l’International. Faudrait-il attendre sa mort avant de reconnaitre ce qu’elle fait ? RARHA-Bénin a prévu des surprises dans ce domaine là. Tout ce qui fait objet d’esthétique, de l’art, de la promotion de la culture, de la sagesse nous interpelle.

Existe-t-il des partenaires qui vous accompagnent dans cette vision?
Si vous ne vous lancez pas sur un champ politique, c’est difficile de voir les partenaires puisque aujourd’hui, ceux qui sont à des positions stratégiques et qui peuvent être des partenaires et agir en conséquence pour l’amélioration des choses se retrouvent dans des costumes politiques. C’est là où le problème se pose. Mais je pense qu’avec la bénédiction, ils vont changer de cœur et savoir que ce qui est de l’intérêt général doit être accompagné. Nous faisons appel aux partenaires socioculturels, ceux-là qui pensent au développement par la culture. Nous tendons la main parce qu’on ne peut rien faire aujourd’hui sans une certaine complémentarité. Nous sommes prêts à faire des recherches, mais nous n’avons pas les moyens techniques, financiers et matériels.

 

Propos recueillis par
Edouard KATCHIKPE

 

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