Dépravation aggravée des mœurs en milieu scolaire au Bénin : La tontine de sexe, l’autre vice de jeunes élèves filles (Flore Emma MONGBO interpelle la responsabilité des parents d’élèves)

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Flore Emma MONGBO est Directrice exécutive de l’ONG SINDO, une organisation non gouvernementale qui fait la promotion des droits des femmes, des filles et des enfants en général. C’est une ONG qui promeut le genre et le développement. Depuis plusieurs semaines, cette éducatrice, soucieuse de l’avenir de la jeunesse féminine, dénonce une dépravation aggravée des mœurs en milieu scolaire qui s’exprime par une tontine de sexe. Une trouvaille de jeunes élèves filles qui affecte la morale et l’honneur de la femme. Votre journal Educ’Action est allé à sa rencontre pour en savoir davantage sur cette tontine de sexe, ses contours, les établissements au cœur de cette pratique sexuelle et surtout son mode de fonctionnement. Lisez…

Educ’Action : Madame MONGBO, c’est quoi la tontine de sexe ?

Flore Emma MONGBO : La tontine de sexe, c’est une façon d’utiliser son sexe pour faire une tontine financière. Les filles en allant déjà au cours partent avec des habits ou des tenues de sorties, sexy, qui peuvent attirer. A la sortie des cours, elles vont faire le trottoir. Elles vont se mettre dans les coins de la rue pour se faire attirer des hommes. La recette qu’elles arrivent à faire à partir du sexe, leur permet de faire la tontine. Et vous allez voir de ces petites filles à l’école qui drainent des sous en quantité, qui ont des portables que même un haut fonctionnement ne peut pas s’acheter. Donc, elles sont à la recherche de ces luxes, et se livrent hélas à la prostitution.

Lorsqu’on parle de tontine, c’est souvent plusieurs personnes. Est-ce à dire que c’est un groupe de filles organisé ?
C’est un groupe constitué. Elles se connaissent et il y a des filles qui adhèrent. C’est comme on crée une association. Donc, elles ont cette association et on connait la mise. Soit c’est 5.000 francs CFA, soit c’est le double, c’est comme des parts sociales. Il y en a de ces élèves filles de l’association qui peuvent miser 2 ou 3 fois. Tout dépend de la capacité de l’élève à supporter plusieurs rapports sexuels dans la journée. Et la tontine se fait chaque jour ou chaque semaine. Celles qui y adhèrent, doivent impérativement verser un minimum de 5 ou 10.000 francs CFA.

Est-ce qu’il vous est arrivé de parler à quelques-unes de ces filles pour comprendre leurs motivations ?
Non, pas encore. Il s’agit d’une pratique nouvellement développée par ces élèves filles, et donc, il nous faut nous organiser en conséquence avant de discuter avec elles.

Comment est-ce que vous avez été alertée ?
Nous sommes au Bénin et l’information circule très rapidement. Il y a des filles qui sont dans ces établissements scolaires mais qui n’adhèrent pas à ces groupes et qui parlent. Soit ce sont des filles à qui on a proposé la tontine de sexe qui ont refusé, soit ce sont des filles qui avaient appartenu au groupe et qui se sont retirées. Et il y a aussi les garçons qui parlent, surtout ceux qui avaient eu à faire des avances à ces filles qui ont refusé sous prétextes qu’ils sont pauvres et qu’ils ne peuvent pas les aider à payer leurs tontines. Donc, ces garçons sont là. Ils font le sondage et filent les filles pour voir ce qu’elles font.

Pouvez-vous nous citer quelques établissements où ces pratiques se développent ?
Nous avons noté ces comportements déviants dans certains établissements de Cotonou dont nous préferons taire pour le moment les noms puisqu’il s’agit d’une nouvelle pratique Il faut dire aussi que ça contamine très rapidement. D’ailleurs, la pratique a commencé à s’étendre aux CEG des zones rurales.

Quels sont les risques auxquels ces filles sont exposées ?
Elles sont exposées aux IST d’abord parce que souvent, ce sont les ‘grotos’ (grandes personnes) qu’elles vont rencontrer. Et il faut se dire que parmi ces ‘grotos’, il y a des personnes séropositives. Et quand c’est vous même qui êtes allés vous exposer, c’est comme une marchandise que vous exposer dans une vitrine. Quand le client vient, il va demander à toucher. Vous n’allez pas lui demander d’aller porter des gangs. De la même manière, les filles ne savent pas exiger des clients le port des préservatifs puisqu’elles cherchent l’argent. Ensuite les filles qui se livrent à cette activité n’arrivent pas à apprendre. Et là, c’est une perpétuation de la pauvreté, de la misère parce qu’elles regardent aujourd’hui l’argent. Elles n’arrivent pas à viser loin. Elles pensent vivre leur vie, mais la vie n’est pas çà. La vie est une planification. Au cours, au moment où le professeur est en train de dispenser ses enseignements, elles pensent déjà à l’argent qu’elles vont gagner, à celui-là qu’elles vont séduire, à comment faire pour embrigader son cœur puisqu’il y a aussi la façon de faire. Donc, au cours, les filles pensent à tout cela et n’arrivent pas à suivre. Elles doivent penser aux tacts, aux gestes et à la stratégie qu’elles doivent mettre en œuvre pour se faire attirer un homme à la sortie des cours le soir, combien elles pourront gagner, ce qu’elles vont acheter après la tontine etc. Tout ça, elles y pensent. Il y a le risque de la déperdition scolaire. L’autre risque aussi, ce sont les grossesses non voulues ou indésirées. Certainement qu’elles prennent des contraceptifs, mais il y aura des filles naïves. A leurs âges, lorsqu’elles se livrent aux méthodes contraceptives, elles s’exposent aussi au cancer. Quel est le médecin qui leur a fait une analyse et qui leur a proposé une contraception ? Les pilules sont très dangereuses. Elles créent parfois des cancers. Le fait de se livrer à l’acte sexuel comme çà, les exposent au cancer du col de l’utérus qui est un cancer sournois qui ne pardonne pas. On s’est cultivé dans ce domaine, on a recueillis des informations auprès de grands gynécologues de notre pays. Selon les informations reçues, toutes les IST ne sont pas clémentes comme le sida qui vous donne relativement assez de temps. Les hépatites, la syphilis et autres maladies vous tuent rapidement. Les enfants n’en ont pas conscience. Elles ne sont informées de rien. Si elles s’attrapent une grossesse, leur vie est gâchée. Elles ne comprennent pas cela. Une jeune fille qui tombe grosse à des ‘grotos’ comme ceux qu’on guette au coin de la rue, aura du mal à trouver un père pour son enfant. Même s’il arrivait que quelques-uns parmi eux acceptaient la paternité de cet enfant, elle ne sera jamais épouse. Ces filles deviennent donc des filles-mères. Si leurs parents n’ont pas la possibilité de leur garder l’enfant pour leur permettre de poursuivre leurs études, alors c’en est fini. Ça conduit directement à la pauvreté avec toutes ses conséquences. Elles seront livrées aux violences de toutes sortes. Les enfants nés de ces unions passagères traineront des séquelles psychologiques et n’auront jamais peut-être la chance d’aller à l’école. Les filles dans ces conditions n’ont plus la chance de se marier. Certaines ont la chance mais très peu. Même là, l’enfant devient un problème parce que rejeté par le nouveau mari ou la belle famille. Voyez-vous les situations qu’on se crée en disant qu’on est en train de passer une belle vie, on se tortue et après, ce sont des larmes à ne point en finir. En tant qu’aînée, nous avons de l’expérience et donc, les enfants doivent nous écouter pour se faire un avenir demain. Aujourd’hui, vous allez voir beaucoup de femmes célibataires qui gardent leurs enfants et les éduquent. Même pour pouvoir le faire bien, il faut avoir une bonne situation et une bonne éducation. Donc, ces filles ‘dépravées’ qui font la tontine sexuelle, doivent se ressaisir.

Avez-vous une idée de ce que fait l’Etat pour contrôler la situation ?

L’Etat fuit ses responsabilités. Les dirigeants sont devenus aveugles. Je pense que ce n’est pas l’argent qui manque à notre pays. Les fonds viennent pour telle ou telle autre activité. Si l’Etat n’a pas la possibilité de le faire, il n’a qu’à donner la possibilité aux organisations non gouvernementales qui travaillent déjà sur le terrain à ses côtés pour atteindre les résultats escomptés. L’éducation est gage de développement. Ils doivent s’investir. Tout se passe sous leurs yeux. Ils voient, ils entendent mais ils ne veulent pas voir ni entendre. Nous n’avons pas besoin de milliards avant de travailler. Un avenir certain n’est pas sans l’éducation. Les parents qui aujourd’hui courent derrière leurs enfants, veillent sur leur éducation sont à distinguer. Certains enfants pensent qu’on est en train de les bousculer mais à l’avenir, ces enfants comprendront le bien fait de ce que leurs parents avaient fait dans le temps.

Qu’est-ce qui vous motive à faire ce combat ?
Vous savez, en mon temps, on ne pouvait pas oser penser ces choses-là, encore moins les faire. Ma maman était très dure. Elle veillait à notre éducation. Je suis d’une famille de 7 femmes et pour mon papa, nous sommes 40 enfants vivants. Tous, nous avons été à l’école. Notre papa nous a tous mis à l’école et il nous suivait. On avait une grande table autour de laquelle on s’asseyait et il restait loin pour nous suivre. Si quelqu’un somnole, il l’appelle à réciter ses leçons. S’il ne le fait pas, c’est la chicotte. Ceux ou celles de mes frères et sœurs qui n’ont pas pu réussir à l’école, ont un métier. En matière d’éducation scolaire, papa est très dur. Aujourd’hui, je ne dis pas qu’il faut continuer à frapper les enfants, mais il faut savoir leur parler. Le dialogue avec les enfants est très important. Il ne faut pas se fatiguer. J’ai une fille qui m’aime et je l’aime et on est toujours des amies malgré nos discordes. En tant que mère, je ne peux pas me taire sur ces pratiques. Tous, nous devons nous mobiliser pour sauver nos filles.

Quels conseils avez-vous à prodiguer aux filles en général et celles qui font la tontine du sexe en particulier ?
Ce que je vais leur dire, c’est d’essayer de vivre au rythme de leurs parents. Il faut voir l’avenir en face de soi. Il faut étudier et essayer de cultiver un bon comportement, de se donner une bonne éducation, apprendre les leçons, suivre les professeurs, rendre compte à la maison, respecter les parents, rentrer tôt à la maison, s’accrocher aux cahiers. Il ne faut pas aller se mettre dans la dépravation sexuelle, dans la délinquance. Il y a beaucoup d’enfants dans les prisons. Quand enfants, vous ne suivez pas les conseils de vos parents, vous vous exposez à la prison. Ces enfants qu’elles mettront au monde demain, à cause de manque de suivi, deviendront des braqueurs, des bandits puisqu’elles n’auront pas le temps de les éduquer. C’est un petit sacrifice, c’est encore pour un peu de temps. Elles n’ont qu’à prendre un peu de pause, d’ici 2 ans, 5 ans ou 10 ans, elles se feront compter parmi les cadres de ce pays. Même si elles ne deviennent pas autorités, elles auront leur autonomie. Et pour une femme, c’est très important.

Quels conseils avez-vous à prodiguer aux parents ?
Les parents doivent surveiller leurs enfants et veiller à leur éducation. Un enfant qu’on met au monde, c’est un trésor. L’argent ne peut pas acheter un enfant. Je le dis avec grande douleur au cœur. On ne peut pas acheter un enfant. La plus belle chose au monde que Dieu donne à une personne, c’est l’enfant. Et nous sommes des Africains et en Afrique, notre richesse, c’est l’enfant. D’une façon générale, en Afrique, tu ne peux être une femme ou un homme sans enfant. Tu n’es pas heureux. Tu peux avoir un époux qui te fait tout, qui te donne tout mais sans un enfant, tu n’es pas heureuse. Ces filles qui se trainent sur les trottoirs, combien de millions pourront-t-elles avoir pour s’acheter un enfant demain ? Donc, les mamans, les parents doivent savoir que quelque soit la fortune qu’ils ont, ils doivent se préoccuper de l’éducation de leurs enfants, surtout filles. Car la renommée de la famille en dépend. Si Dieu vous donne des enfants, c’est pour qu’au moment où vous n’avez plus la capacité physique de pouvoir faire ce que vous voulez faire, ils puissent vous relayer. Votre fortune, à elle seule, ne peut rien faire pour vous. Donner une bonne éducation aux enfants, c’est promouvoir le développement du pays. Aujourd’hui, la politique s’est invitée partout et plus tard, on dira que parce que leurs parents ont été tel ou tel, il faut absolument les promouvoir à des postes de responsabilité malgré leur passé souillé. Quelle éducation ces enfants ont pour nous diriger ? Les parents doivent essayer de surveiller leurs enfants. Avoir de l’affection pour ses enfants, ce n’est pas leur donner tout ce qu’ils veulent. Mais une bonne éducation, c’est l’héritage que nous pouvons laisser aux enfants. Vous pouvez avoir des édifices, des châteaux, si votre enfant n’a pas une bonne éducation, vous mourrez et tout va s’effondrer.

 

Réalisé par
Ulrich Vital AHOTONDJI

 

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