Des amphithéâtres à l’atelier de mode : L’heureux parcours de Sandra Ginette Dètondji

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L’histoire de la mode au Bénin et en Afrique ne s’écrira certainement pas, les années à venir, sans Sandra Ginette Dètondji. Incursion dans l’univers de la promotrice de ‘‘LA Sandrinette’’, un atelier de confection de vêtements au féminin.

Majestueusement moulée dans une robe en soie mixée avec du pagne africain au motif chatoyant et bien coloré, la belle Mirabelle, dès son apparition, a volé la vedette aux jeunes filles de sa génération présentes ce soir. Devenue l’objet de tous les compliments et commentaires bienveillants, l’instant d’un dîner de gala, elle a réussi à dompter les regards envieux et contemplatifs des uns et des autres. Indubitablement, sa longue robe, véritable chef-d’œuvre, en est la principale cause. Aux curieuses comme nous, qui voudrions alors avoir des informations sur la boutique où la robe a été achetée, elle confie que c’est l’œuvre de celle qui dessine et confectionne ses vêtements : Sandra Ginette Dètondji dont nous sommes allée à la rencontre.

Des études supérieures aux métiers de la mode et du vêtement

Quand vous rencontrez la frêle et petite silhouette de Sandra Ginette Dètondji pour la toute première fois, vous ne croirez pas être bel et bien devant la promotrice de ‘’Les Ateliers Sandrinette’’, plus simplement désignée sous l’appellation ‘’ La Sandrinette’’. Tant le prestige et la grandeur que révèlent ses chefs-d’œuvre trahissent sa stature, géante seulement de 1,54 mètre. Sandra Ginette n’avait pas au départ pour ambition d’être confectionneuse de vêtements et d’accessoires de mode. Comme beaucoup de filles, elle a connu la joie d’être scolarisée. Détentrice d’un Baccalauréat série D obtenu en 2012, elle est formée géographe par l’Université d’Abomey-Calavi pendant trois années. Mais à côté des études, c’est depuis la classe de 2nde qu’elle s’investissait déjà dans l’entreprenariat.
Pour la petite histoire, Sandra Ginette a développé son amour pour l’entreprenariat grâce aux conseils de ses responsables de groupe d’église. « Sous l’égide de nos encadreurs au groupe, nous nous étions mis ensemble, par affinité, dans un collectif dénommé ‘‘CDG’’, collectif au sein duquel nous pratiquions des activités manuelles génératrices de revenus, parallèlement à nos études. Un certain nombre d’entre nous avait obtenu le baccalauréat cette année et nos encadreurs nous conseillaient de nous engager dans des formations artisanales professionnelles, en plus de ce que nous choisirions d’étudier à l’université », relate-t-elle. Très tôt, son choix fut porté sur la couture pour une raison précise : « J’aime voir les gens être élégants, bien habillés et stylés. Cela m’a presqu’inconsciemment conduite tout droit vers ce secteur. Au début, j’y étais allée sans grande conviction, sans un projet professionnel clair. Mais après m’être intégrée, j’ai pris goût à la chose et c’est devenu plus qu’une passion aujourd’hui. Je m’y plais et y trouve de l’épanouissement. Je ferais ce choix aujourd’hui encore si c’était à refaire », confie-t-elle toute convaincue.

Une formation faite à l’insu de ses parents

Sandra Ginette, qui ne s’occupe que de la gent féminine, est désormais connue sous le nom ‘‘LA Sandrinette’’ qu’elle porte fièrement. Elle est spécialisée dans la confection des tenues dames, enfants, robes de mariage et accessoires de mode pour femme.
Mais pour en arriver là, la jeune dame, déjà trentenaire, a sacrifié ses temps libres alors qu’elle était encore étudiante, pour construire sa carrière. Déjà en première année d’université, elle s’est inscrite dans un atelier de couture avec l’aide du père Jean-Marie Houézo alors curé de sa paroisse. « En effet, à l’époque, les écoles et centres de formation professionnelle tels que nous les connaissons aujourd’hui n’existaient presque pas », souligne-t-elle. Ainsi, passait-elle en atelier de couture les semaines creuses où elle n’avait pas cours à l’université. Plus tard, elle s’est perfectionnée et ajoute à sa formation en couture la conception des accessoires de mode. Tout ceci, sans que ses parents ne le sachent. « Je faisais tout ceci à l’insu de mes parents qui ne pouvaient pas l’entendre de cette oreille, que j’apprenais la couture. Puisqu’à l’époque, il était rare de voir des bacheliers aller en apprentissage. C’était dénigrant », témoigne-t-elle avec sourire au coin des lèvres.

Vaincre le chômage

Pour Sandra, l’une des clés pour résorber efficacement l’épineux problème du chômage, c’est la formation technique et professionnelle. Elle argumente : « Pendant longtemps et aujourd’hui encore, nos écoles et universités ont formé intellectuellement beaucoup d’apprenants. Nombreux sont ceux-là qui continuent d’expérimenter la dure réalité du chômage, lorsqu’ils ne sont pas sous-employés. Notre système éducatif au Bénin et notre société ont presque canonisé le fonctionnariat, la bureaucratie, comme seuls véritables gages de réussite professionnelle et sociale. Alors que la réussite sociale ne tient pas qu’à cela. » Elle rend grâce à Dieu qui lui a permis de prendre conscience de cela plus tôt, en faisant ce choix salutaire. « Vaincre le chômage, m’offrir de meilleures chances de réussir, déconstruire le mythe de l’ascension sociale sous le seul auspice de la bureaucratie ; ce sont là quelques raisons de mon choix de m’investir dans les métiers de la mode et du vêtement ; et Dieu merci, ça va », laisse entendre Sandra, qui se fait déjà un nom dans ce domaine malgré les difficultés qu’elle peut rencontrer.

Equipements de travail inaccessibles, clientes exigeantes pour peu de moyens

« J’ai fait l’option de ‘‘LA Sandrinette’’ parce que les tenues qu’elle me confectionne me vont très bien et subjuguent énormément de gens, chaque fois que je les mets. Le comble, je ne choisis jamais de modèle. Elle le fait selon son inspiration et moi je ne suis jamais déçue », renseigne Mirabelle, sa fidèle cliente. Elles sont nombreuses à se faire habiller pour diverses occasions par ‘‘LA Sandrinette’’ pour son professionnalisme et la touche particulière qu’elle apporte à ses réalisations. A en croire Sandra, tout artisan instruit apporte forcément un plus à son travail. « Les écoles de formation professionnelle sérieuses apportent absolument une plus-value, comme la technicité en lien avec la littérature. Dans les écoles, vous avez la chance d’allier la pratique à la théorie. Et quand vous vous appliquez bien, vous faites absolument le bonheur de vos partenaires, les clients », explique-t-elle.
Malheureusement, malgré cette finesse et cette particularité qui caractérisent son travail, beaucoup sont ces clientes assoiffées de la qualité mais incapables de débourser le montant qu’il faut pour se rendre belles. Cela constitue l’une des difficultés que rencontre Sandra Ginette dans son métier. Une autre difficulté, celle relative aux équipements de travail professionnels. A l’en croire, ces équipements existent mais ne sont pas toujours disponibles systématiquement sur place, ni accessibles à toutes les bourses. Ce qui devient une affaire de ceux qui ont les moyens.
Nonobstant ces difficultés, Sandra Ginette se réjouit de contribuer d’une manière ou d’une autre au développement de l’économie de son pays, le Bénin, à travers son métier. « Tout artisan, qui qu’il soit, contribue à l’évolution de l’économie. Il achète souvent des matières premières nécessaires à la réalisation de son travail. Ces matières premières ne sont pas produites ici sur place, tout comme les équipements de travail. En achetant ces matières premières, équipements et autres qui sont déjà taxés, il participe à renflouer les caisses de l’Etat. Chaque année, il reçoit aussi la visite des services des impôts et ceux de la municipalité qui viennent prélever d’autres taxes et impôts utiles à l’Etat », informe-t-elle.
Si autrefois, les métiers artisanaux sont perçus comme des travaux dévalorisants, les parents ainsi que l’Etat ont compris leur importance dans la résolution du problème de chômage et dans le développement de l’économie béninoise. C’est dans cette perspective que l’Etat a d’ailleurs créé une filière des Métiers de la Mode et du Vêtement (MMV) dans les lycées béninois. La prochaine parution propose de vous faire découvrir cette filière au Lycée Technique d’Amitié Sino-Béninois d’Akassato (LT/ASBA).

Estelle DJIGRI

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