Des galettes d’arachide (koukloui) : Un aliment facile à consommer mais très difficile dans la préparation

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Aliment accompagnateur de bien d’autres mets, le koukloui, bien qu’il soit très connu et consommé des Béninois, reste inconnu dans sa préparation. Rencontré lors d’une promenade à Cotonou, un groupe de femmes s’adonnent à la préparation des galettes non loin de l’étoile rouge. Avec elles, découvrons un peu comment se préparent les galettes d’arachide.

Il n’y a pas un jour sans que le sieur Edouard Kodjo, soudeur de profession, ne grignote des galettes d’arachide communément appelées Koukloui en langue locale fon. Approché sur son lieu de travail, un mercredi aux environs de 10h en pleine action de dégustation de galettes, il confirme qu’il mange des galettes à tout temps pour être concentré sur son travail. C’est ainsi que depuis quelques années, son amour pour les galettes d’arachide s’est développé selon ses dires. Tout comme lui, un conducteur de taxi moto qui requiert l’anonymat confie à l’équipe du journal Educ’Action qu’il adore les galettes parce que non seulement c’est un aliment de chez lui mais surtout parce qu’il a grandi dans une maison où se préparent les galettes. Mais il n’y a pas que ces deux qui aiment consommer le koukloui. Pour délayer le gari (farine de manioc) aujourd’hui, le Béninois préfère l’accompagner de l’arachide mais beaucoup plus des galettes d’arachide. Aussi, peut-on accompagner le koukloui du pain selon certains mais également du manioc préparé selon d’autres. La galette est un aliment préparé à base de la matière principale qu’est l’arachide. Comment réussit-on à transformer l’arachide en galette ? Des femmes spécialistes de la chose nous en parlent.

De l’arachide aux galettes, quelles étapes à suivre…

7h30 du matin. C’est l’heure à laquelle ces femmes, belles filles et enfants de la famille Kpékou se mettent au travail chaque jour depuis bien des années pour livrer le produit fini qu’est la galette d’arachide pour la consommation. Ce mardi également, elles étaient encore à l’œuvre. 8h30, toutes habillées de tenues sans taille (petit haut sans manche conçu pour les femmes), avec des pagnes noués à la taille, le visage pâle pour certaines d’entre elles, donnant ainsi l’impression d’un manque de sommeil et d’autres bien en forme, quelques femmes étaient encore en train de finir les petites tâches ménagères tandis que d’autres mettaient déjà la main à la pâte sous leur tente couverte de noir de fumée en face du cabinet de l’avocat Joseph Djogbénou, pour apprêter le koukloui. Un peu en retrait, on peut apercevoir dame Marguerite Kpékou, 32années d’exercice de ce commerce, en train de séparer son lot d’arachide des déchets pour ensuite le passer au moulin. Approchée par l’équipe de votre journal, cette dernière a librement accepté de décliner les différentes étapes depuis l’achat de l’arachide jusqu’à la préparation des galettes. Pour ce qu’on peut retenir de l’explication de cette femme, une fois que la matière première qu’est l’arachide est achetée depuis Bohicon, ou Agonlin, ou Ouèssè, ou encore à Malanville (villes productrices de l’arachide), il faut trier et séparer les bonnes graines de l’ivraie. Ensuite, il sera question de frire correctement l’arachide avant de la passer pour une première fois au moulin. A cette étape, l’arachide est mise au moulin pour une très brève durée. Ceci pour permettre aux femmes de séparer les feuilles de l’arachide même. Ce n’est que le lendemain que l’étape suivante sera observée. Une fois cette étape bien observée, l’arachide passera une deuxième fois au moulin pour ainsi donner la pâte d’arachide (qu’on utilise pour préparer la sauce d’arachide). Tout le reste du travail sera donc fait avec cette pâte d’arachide. L’équipe a pu observer véritablement la préparation de la pâte d’arachide en live. Dame Pélagie Tomassi qui exerce ce commerce depuis bientôt 30 ans, avec une force physique perceptible et une concentration certaine, a pris la peine d’ajouter du sel et de l’eau à la pâte d’arachide avant de la mélanger sérieusement pendant un bon moment. Ce mélange va permettre d’avoir une pâte plus dure que celle qui est sortie plus tôt du moulin et ceci avec une quantité importante d’huile d’arachide connue sous l’appellation locale « Azinmi ». L’étape suivante sera de débarrasser cette nouvelle pâte de toute l’huile qu’elle peut contenir. A l’aide d’un chiffon bien propre, dame Pélagie pouvait malmener la pâte pour extraire de l’huile. Avouons que cette étape est la plus dure. Nous l’avons déduit du fait que dame Pélagie ait passé environ une heure de temps à malmener cette pâte avec beaucoup plus de force. La courbatue serait sans aucun doute au rendez-vous un peu plus tard dans la soirée. Place maintenant au travail qui déterminera la forme que va prendre la pâte d’arachide. Dame Germaine Kpékou, bien concentrée sur son travail, donnait la forme d’un bâton à sa pâte, à la seule différence que d’autres pouvaient être moins gros que d’autres. C’est selon le prix de vente. Elle nous apprend ici qu’au niveau du koukloui en forme de bâton, on peut en avoir qui sont très fins (des galettes de 5frs et dont la quarantaine est livrée à 175f) ; qui sont légèrement gros (des galettes de 10f et dont la quarantaine est vendue à 350f) et enfin des galettes très grosses (25f l’unité et dont la quarantaine est livrée à 800f). A coté des galettes en forme de bâton, il y en a d’autres variétés à savoir les galettes en forme d’escargot (dont le sachet est livré à 250f) ainsi que des galettes en forme de dé. Vendue à 1300F, cette dernière variété est mise dans une bouteille en plastique d’une contenance d’un litre et demi. Toutes ces variétés peuvent s’obtenir selon que la galette est simple (koukloui yaya) ou mélangée avec du piment (koukloui takinnon). Après avoir façonné les galettes, la dernière étape serait de frire l’arachide à base de l’huile et c’est parti pour la vente. Selon dame Marguerite Kpékou, trois grands sacs de galettes peuvent être vendus en une journée si le marché y est. « Nous vendons le sac de galette à 22.000f à condition que le sac d’arachide ait été bien mesuré ». Au cas où la marchandise n’est pas épuisée en une journée, dame Clémentine Atché atteste qu’il n’y a aucun risque que les galettes se gâtent : « les galettes peuvent faire des années sans se gâter. Il suffit juste de bien les couvrir avec des sachets pour que l’air n’y pénètre pas. C’est ce que nous avons toujours fait ici » a-t-elle laissé entendre. Pour ces femmes, même si ce commerce leur permet de nourrir toute une famille, d’inscrire des enfants à l’école et même de se faire toutes belles à travers leurs accoutrements, il n’y a aucun doute qu’il comporte des difficultés.

Quelques difficultés des femmes dans ce commerce

Elles n’appartiennent à aucun groupe, à aucune Ong. Elles sont des filles, des belles-filles d’une même famille, la famille Kpékou d’Agonlin et résident à Cotonou, plus précisément à l’Etoile rouge depuis bien des années. Selon dame Clémence Atché (doyenne dans cette activité avec bientôt 50 ans de pratique), aucune aide ne leur vient d’ailleurs. Elles investissent elles-mêmes dans l’achat de l’arachide. « Nous n’avons jamais été dans une agence de microfinance pour un prêt. Nous nous sommes toujours débrouillées pour acheter l’arachide… Parfois, on demande qu’on nous envoie l’arachide et après la vente des galettes, on rembourse les frais de l’arachide » a-t-elle laissé entendre avant de poursuivre avec les difficultés. « Nous déployons assez de force, ce qui nous crée des problèmes de santé plus tard et nous sommes obligées de payer des médicaments à nos propres frais. Nous dépensons parfois plus qu’il n’en faut dans l’achat des médicaments » a-t-elle fait savoir d’un air plus ou moins attristé. Moins d’une demi heure passée avec ces femmes et les yeux des membres de l’équipe du journal Educ’Action ont souffert le martyre. La fumée qui s’évaporait est l’une des plus grandes difficultés que rencontrent ces femmes, les livrant ainsi à des problèmes ophtalmologiques chroniques. Le manque d’espace est aussi une difficulté pour ces femmes amazones du koukloui.

Quelques doléances à l’endroit des uns et des autres

Tout comme l’a fait l’avocat Joseph Djogbénou qui a offert un hangar qui sert de lieu de travail à ces femmes, les commerçantes de galettes d’arachide invitent les personnes de bonne volonté à les aider d’une quelconque manière. Des médicaments, la construction de nouveaux hangars, des aides financières, la construction de nouveaux foyers… Ce sont autant de doléances des femmes de la famille Kpékou à l’endroit des bienfaiteurs pour éclore davantage ce commerce relativement prisé.

Estelle DJIGRI

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