Dr Edmond Houinton, à propos de la réorganisation du BEPC : « Il n’y a pas une remise en cause des critères de réussite »

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Kouaro Yves Chabi, le ministre des Enseignements secondaire, technique et de la formation professionnelle a pris un arrêté en date du mardi 6 février 2024. Ceci, pour la réorganisation de l’examen du Brevet d’Etudes du Premier Cycle (BEPC). Edmond Houinton, docteur en psycholinguistique et cognitive, précedemment directeur départemental des Enseignements secondaire, technique et de la formation professionnelle de l’Atlantique revient, via cette interview exclusive, sur les raisons et les objectifs de ce BEPC nouvelle version. Bonne lecture !

Educ’Action : Quel diagnostic est à l’origine de cet arrêté ?

Dr Edmond Houinton : Depuis des décennies, le BEPC béninois connaît deux options. L’une Moderne long et l’autre Moderne court. Le constat fait, est qu’au niveau du moderne long, les apprenants sont nombreux fuyant les sciences physiques. Depuis un certain nombre d’années, le gouvernement a estimé qu’il serait souhaitable que nous changions de paradigme parce que nous sommes dans le monde des sciences aujourd’hui. Et pour cela, tous les apprenants doivent aller dans les sciences. Au second cycle, ils pouvaient faire leur choix mais au premier cycle et jusqu’en 3e, tout le monde pourrait composer dans toutes les matières. C’est donc le diagnostic qui a été posé et aujourd’hui, cet arrêté est signé.

Qu’est-ce que l’autorité entend corriger en prenant cet arrêté ?

C’est pour corriger, rectifier, amener les apprenants à aimer les sciences. Il n’est plus question qu’en 4e désormais, qu’on mette les apprenants dans deux séries différentes. On ne veut plus qu’il y ait des apprenants qui fassent les maths, la physique et qu’il y ait d’autres qui fassent les lettres. Ce sera un tronc commun. Le monde d’aujourd’hui, c’est la scientificité et pour cela, il faut amener les apprenants vers les sciences. Si on le fait désormais depuis la base, cela va faciliter les choses. Lorsque les apprenants réussissent à l’ancien BEPC, ils ont finalement des difficultés à s’inscrire dans les lycées. Ils n’arrivent même pas à accéder à ces filières parce que dans les lycées techniques, peu de filières sont destinées aux matières littéraires. La plupart de ces filières, ont pour base, les matières scientifiques et l’Etat veut donc donner un grand accès à tous les candidats, afin qu’en allant dans les lycées techniques, ils puissent réagir. Le monde s’industrialise et il faut des réformes technologiques pour permettre à tous les apprenants d’y accéder.

On n’a de cesse de dire que les programmes sont trop chargés pour les enfants. Est-ce que le fait de les faire composer dans les matières, sauf l’allemand ou l’espagnol, n’est pas une manière de promouvoir l’échec dans le rang des candidats ?

Effectivement, les programmes sont chargés et je crois que les pédagogues travaillent pour corriger le tir. Mais cela ne pourrait pas empêcher les apprenants d’étudier dans les nouvelles matières qui sont l’allemand ou l’espagnol puisque depuis la 6e jusqu’en 5e, ils font mathématiques et les sciences physiques. C’est en 4e que les sciences physiques sont enlevées, ce n’est pas bien. Aujourd’hui, les filières les plus importantes sont les filières de sciences, ce n’est pas pour occulter la littérature. Quand l’enfant apprend depuis la base ces matières, arrivé au second cycle, il pourra s’orienter après et faire un choix conséquent. Les apprenants des séries scientifiques composent au baccalauréat en philosophie et en histoire-géographie. Ceux des es séries littéraires composent désormais dans d’autres matières. C’est la même chose dans cette condition. L’espagnol ou l’allemand qui va s’ajouter ne pourrait pas empêcher les candidats de réussir. Il n’y aura pas d’échec. Les élèves sont intelligents. Il suffit qu’on les mette au travail. C’est parce qu’il y avait un choix à faire que les apprenants allaient ici et là et pensaient que la facilité existe. Alors que même en littérature, il n’y a pas de facilité. C’est celui qui peut qui le fait. Mais nous avons constaté que tout le monde veut aller vers les séries littéraires. On constate que les apprenants de la serie C réussissent mieux en littérature. Du coup, l’ajout des disciplines ne fera pas le lit à l’échec.

Est-ce que le BEPC nouvelle version viendra remettre en cause les critères de réussite

Nous avons connu l’année scolaire transitoire à travers le BEPC 2022 et le BEPC 2023. Cette fois-ci, c’est définitif. L’arrêté étant signé, le BEPC qui démarre est celui de la nouvelle version. C’est un BEPC tronc commun. Il n’y a donc pas une remise en cause des critères de réussite du BEPC et tout le monde s’y accommode

Quelles sont alors les dispositions que doivent prendre les établissements pour l’atteinte des objectifs ?

Pour l’atteinte des résultats, les établissements doivent faire comme avant. Les établissements privés ont toujours donné de très bons résultats. C’est dans leur rang qu’on trouve même les meilleurs. Ce n’est qu’en 2018 que la situation a été inversée. Parfois dans les établissements publics, de très bons scores, sont obtenus grâce au travail des uns et des autres. Au niveau des établissements privés, il faut prévoir le renforcement des capacités. Depuis que cette réforme est annoncée, les promoteurs d’établissements se sont déjà pliés en quatre pour mettre leurs apprenants au travail. C’est un travail acharné, des cours de renforcement, les exercices de maison et le suivi des parents.

A quoi doivent s’attendre, selon vous, les établissements privés d’enseignement secondaire ?

Ils ne vont s’attendre à rien. Il suffit seulement qu’ils se mettent au travail. Ils le faisaient déjà par le passé. Ils vont mettre tout en œuvre pour que les élèves continuent de donner le meilleur d’eux-mêmes à travers les cours, les exercices.

Quel est votre mot de la fin ?

Je veux juste demander aux établissements publics comme privés de se mettre au travail, de préparer convenablement les apprenants pour cette nouvelle version de l’examen du BEPC. Ils doivent se mettre à travailler correctement surtout dans les matières scientifiques que les apprenants rechignent. Je souhaite une bonne chance aux candidats pour le BEPC 2024.

Propos recueillis par Enock GUIDJIME

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