Dr Herman Dègla, neuropsychologue, à propos de la parentalité bienveillante : « Les parents doivent changer leur mode de fonctionnement »

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L’épanouissement de tout enfant est un défi pour ses parents. Aujourd’hui, la parentalité bienveillante apporte une réponse à cette préoccupation. Expert en neurosciences et neuropsychologue, le docteur Herman Dègla lève le voile sur cette notion dans cette interview. Bonne lecture !

Educ’Action : Que pouvons-nous comprendre par la parentalité bienveillante ?

Dr Hermann Dègla : La parentalité bienveillante, c’est cette relation qu’un adulte a avec un enfant quel que soit le lien qui les lie ça peut être papa, maman, tante, oncle, etc. La parentalité doit avoir pour objet d’aider l’enfant à grandir, notamment de le faire développer, de lui apporter des soins de qualité, de veiller à son bien-être. En gros, l’épanouissement de l’enfant qui deviendra l’adulte de demain.

A quoi peut-on reconnaître un parent bienveillant ?

Un parent bienveillant se reconnaîtra par sa tempérance, son calme, l’attention qu’il apporte à un enfant. C’est vrai qu’il y a des parents qui ont une bonne intention de pouvoir bien éduquer leurs enfants mais ils n’ont pas les manières qui vont avec. Un parent peut paraître bienveillant mais il ne l’est vraiment pas. Et c’est dans son mode de fonctionnement au quotidien vis-à-vis de cet enfant qui fera de lui réellement un père, un parent bienveillant dans le sens propre du mot. L’adulte à côté d’un enfant à tendance à confondre l’erreur commise par un enfant. L’enfant détient un algorithme d’apprentissage hyperpuissant juste après sa naissance et il est un statisticien. C’est-à-dire qu’avant de poser un acte, l’enfant s’est déjà présupposé les attitudes que vous devez avoir. Et quand il pose l’acte, l’attitude que vous aurez par rapport à ce geste, il le prend et le met de côté. Il va compiler les données pour voir ce qui marche. Et c’est cela qu’il prend pour développer comme habitudes. Mais les parents ne savent pas cela. Ils pensent qu’un bébé de deux jours, ne peut pas comprendre ce qui se dit. C’est faux ! A travers le langage que vous tenez auprès d’un bébé de deux jours, d’un mois, vous l’aidez à développer un langage auditif avant le langage parlé. Et quand vous dites n’importe quoi à côté d’un bébé, son cerveau enregistre. Les zones qui s’activent au niveau de votre cerveau, ce sont les mêmes que celles qui s’activent au niveau du cerveau d’un bébé de deux jours, d’un mois, de trois mois, etc. Le bébé ne connaît pas encore le lexique, les syntaxes des phrases mais il y a quand même un démarrage de l’enregistrement du langage auditif qui se fait. Quand le langage articulé va atteindre son seuil, ça va lui permettre de parler à travers des structures cérébrales, neuronales au niveau de la tête. Cet enfant va sortir des mots que vous avez prononcés entre temps à côté de lui et après on s’étonne. Les parents, les tuteurs en contact avec un enfant doivent changer leur mode de fonctionnement. Ils doivent comprendre aussi qu’ils sont en face d’un adulte. On respecte tout le monde. Un enfant, ça se respecte. Il ne s’agit pas de faire ‘‘des enfants rois’’, mais quand un enfant fait quelque chose de mauvais, on le dit dans la douceur. Il ne faut pas négliger le cerveau des enfants.

La parentalité bienveillante se traduit par l’attitude positive d’un parent envers son enfant. On sait qu’en Afrique, notamment au Bénin, réprimander, frapper l’enfant est la forme pour le ramener à l’ordre. Le parent qui adopte cette attitude est-il bienveillant envers son enfant ?

Si je veux entrer dans le sens propre du mot, cet adulte n’est pas ‘‘bienveillant’’. On ne va pas culpabiliser cet adulte. C’est parce qu’il n’a pas l’information. Lorsque vous tapez un enfant, vous criez sur lui, on parle souvent de violences physique et verbale, vous lui faites fabriquer du poison, l’hormone du stress qui monte dans son cerveau. Et quand cela monte au niveau du cerveau, cela empêche les structures cérébrales de l’enfant de bien se développer. Et puisque les structures cérébrales ne vont pas se développer, l’enfant ne va pas devenir ce que vous voulez. On confond l’erreur de l’identité de l’enfant. Par conséquent, vous êtes en train de fabriquer de bons bandits pour demain.

Que peut-on retenir des bienfaits de la parentalité bienveillante sur le développement et la croissance psychologique et physiologique d’un enfant ?

Dans un premier temps, l’enfant se développe très bien, avec le mode de développement de sa structure cérébrale et de son cerveau. Normalement, l’enfant en termes d’apprentissage va réussir parce que c’est quand vous n’êtes pas bienveillant, que vous tapez, vous criez. Les bienfaits de la parentalité bienveillante se résument au fait que le parent permet à l’enfant de bien se développer. Il participe au développement du capital de l’enfant. Il éduque entre autres, un homme dans la vie mais sans pour autant en faire des enfants rois. On ne dit pas que lorsque l’enfant fait quelque chose de mauvais, de ne pas lui dire ‘‘non’’. Moi par exemple, il m’arrive de taper ma fille mais pas de façon violente. Quand je veux taper ma fille, c’est avec deux doigts. C’est-à-dire que je renfrogne la mine parce que l’enfant sait bien lire l’expression faciale. Là, elle sait que son père n’est pas d’accord. L’enfant comprend déjà que ce qu’elle a fait, n’est pas bon. Les parents doivent accepter que les enfants sont nés pour faire des erreurs et pour apprendre. Donc il faut faire très attention à un enfant dans un entourage, le respecter comme l’adulte et communiquer avec lui. Nous devons apprendre à discuter avec les enfants, avoir du temps pour eux. Ce faisant, l’enfant saura que les relations interpersonnelles sont hyper importantes. Mais si vous ne le faites pas, l’enfant va se recroqueviller sur lui-même et en termes de social, il va être pourri. Or, est-ce qu’on réussit sans les autres, on ne réussit jamais seul. Le dialogue avec l’enfant l’amène à comprendre que l’autre aussi se respecte. Il faut l’accompagner, mettre en place une très bonne sensibilisation. Il faut faire toucher la réalité aux parents. Le véritable problème, comme les parents ont été éduqués d’une manière ou d’une autre, ils n’ont pas une structure cérébrale qui leur permet d’être patient, de ne pas se mettre en colère parce que la structure cérébrale se détruit progressivement.

Comment amener un parent à adopter une attitude positive envers son enfant alors qu’il n’a pas lui-même été éduqué selon cette méthode ?

Quand on crie, on est déconnecté du raisonnement logique et tout ce qui va permettre d’avoir un raisonnement et d’avoir les mots qu’il faut dans ces situations. L’autre ne vous entend pas et vous ne vous entendez pas. Du coup, vous commettez l’erreur. C’est quand vous retrouvez votre calme que vous revenez pour dire « excuse-moi ». Là maintenant, vous êtes connecté à votre raisonnement. Idem pour les enfants. Donc, vous amenez les enfants à se déconnecter de leurs émotions parce que les émotions, c’est comme un tableau de bord pour nous. Les émotions nous orientent mais nous ne les écoutons pas, nous ne les laissons pas nous orienter, nous allons nous enfoncer dans le mur.

Une éducation sans réprimandes ni punitions n’aura-t-elle pas de faille ?

Les enfants ont un cerveau qui comprend mais ce cerveau leur permet de comprendre selon ce que vous leur faites. Au niveau de la tête, il y a la zone préfrontale et la zone qui gère les émotions. Entre ces deux zones, il y a un faisceau mais ce faisceau n’est pas encore opérant. C’est pourquoi les enfants ont une tempérance à des émotions très jeunes. Ils se laissent aller, ils crient, ils pleurent.
Par contre, si un adulte rit tout de suite et qu’après il se met à pleurer, c’est qu’il a besoin d’être traité. Si l’enfant se comporte ainsi cela ne veut rien dire mais l’adulte a déjà normalement ce faisceau qui est opérant. Lequel faisceau lui permet de prendre du calme et de faire des choix optima par rapport à la situation qu’il vit. C’est la capacité de l’adulte autour de l’enfant à l’éduquer qui fait que ce faisceau est opérant mais les cris, les humiliations verbales et physiques, les violences faites aux enfants, la maltraitance, les soins inadéquats ne permettent pas de construire ce faisceau. Ce faisceau, l’enfant a jusqu’à 13 ou 15 ans pour le construire si ce n’est pas le cas, c’est que c’est parti pour la vie. Vous êtes en train de perdre l’être humain comme ça. Beaucoup de parents n’ont pas ce faisceau.

Qu’avez-vous à dire pour conclure ?

J’interpelle les parents parce que la première école, ce sont d’abord eux. Ils envoient des enfants handicapés ou non à l’école et l’enseignant ne sachant pas quoi faire enfonce davantage le clou. Les parents doivent prendre conscience que ce n’est pas en tapant l’enfant qu’ils règlent un problème. Ce n’est pas non plus en punissant l’enfant. Il faut punir à travers la méthode douce.

Propos recueillis par Enock GUIDJIME et Gloria ADJIVESSODE

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