Dr Modeste Ognin, à propos de la place de la psychologie dans l’éducation: « La psychologie, c’est un grand chantier où il faut refaire l’Homme »

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Science importante dans la résolution des vices et déviances observés chez les apprenants, la psychologie n’est pas toujours utilisée à sa juste valeur dans l’éducation au Bénin. Bien qu’étant primordiale, nombreux sont ceux qui, par ignorance, s’en passent, faisant ainsi des enfants, des adultes frustrés. Quelle est la place de la psychologie dans le système éducatif ? La question a été posée à Modeste Ognin, Docteur en psychologie pédagogique et du développement, spécialiste en éducation préscolaire. Voici sa réponse.

Educ’Action : Qu’est-ce que la psychologie ?

Dr Modeste Ognin : La psychologie, pour la définir de manière succincte, est la science du comportement. C’est une science transversale parce que partout où nous avons l’Homme, nous avons affaire aux actes qu’il pose. Il a un comportement donné. C’est l’essentiel à retenir pour ne pas aller en profondeur parce qu’il y a plusieurs branches de la psychologie.

Quel est le rôle de cette science dans le système éducatif ?

Il y a un auteur Russe qui a écrit, je cite : « si vous voulez éduquer l’homme dans toutes ses dimensions, il faut le connaître dans toutes ses dimensions ». On ne peut donc pas éduquer quelqu’un qu’on ne connaît pas. D’où l’importance de la psychologie pour connaître les enfants dont nous avons la charge et pour pouvoir mieux les éduquer. Le psychologue est très important et a son rôle à jouer dans le système éducatif et dans tout ce qui a trait à l’éducation de l’Homme.

Quel rôle vient jouer précisément cette science dans la vie des apprenants, enseignants et parents ?

D’abord, l’enfant dès sa naissance a affaire à ses parents. Mais malheureusement, les parents n’ont pas toujours la connaissance nécessaire qu’il faut concernant l’éducation des enfants. Ce qui les amène à commettre beaucoup d’erreurs d’éducation. C’est ce qui fait regretter l’absence d’école où on apprend à être parents. S’il y avait une école où on apprenait à être parents, il y a beaucoup d’erreurs d’éducation que les parents ne commettraient pas. Donc la psychologie permet de savoir selon les tranches d’âges, selon les étapes du développement de l’enfant, l’attitude qu’il faut avoir vis-à-vis de l’enfant pour ne pas faire de lui un adulte frustré. La psychologie permet en quelque sorte d’éviter de commettre des erreurs tout en sachant par exemple que, lorsque vous avez affaire à un adolescent et que vous connaissez le comportement qui doit être celui de l’adolescent à cet âge, vous savez comment réagir. Lorsque vous ne le savez pas, vous commettez des erreurs. Raison pour laquelle il est primordial d’informer suffisamment les parents à travers différentes émissions qu’on pourrait mettre en place avec la collaboration des psychologues parce que beaucoup d’erreurs sont commises par ignorance. Au niveau des enseignants, comme je l’ai dit, on ne peut pas former quelqu’un qu’on ne connaît pas. Vous savez par exemple que lorsque les enfants naissent, ils ne réagissent pas de la même façon. Vous allez voir un bébé qui pleure beaucoup et un autre qui ne pleure pratiquement pas et donc, n’ont pas les mêmes réactions. Donc par rapport à cela, l’approche devrait être individuelle. Selon que l’enseignant à affaire à un enfant nonchalant, il y a l’approche qu’il faut avoir, selon qu’il a affaire à un enfant très vivace, très énergique, il y a également l’approche qu’il faut avoir. C’est pourquoi c’est nécessaire de connaître les enfants. Par rapport à cela, très prochainement, il y a un document que je vais mettre à la disposition des parents, des enseignants concernant l’éducation des enfants de la naissance à deux (2) ans et principalement l’approche individuelle selon qu’on a affaire à tel ou tel enfant.
Au regard de cette réalité, quel est l’état des lieux actuel de l’usage de la psychologie dans le système éducatif béninois ?

C’est heureux que le département de la psychologie ait été créé, c’est heureux que nous ayons de plus en plus de psychologues dans le pays et d’ailleurs leur rôle est parfois reconnu. Ce qui a fait que pour une première fois, l’Etat a sollicité les psychologues pour organiser des tests de recrutement des agents de l’Etat. Donc, le rôle des psychologues est de plus en plus connu. Nous en sommes au début mais c’est sûr qu’au fil du temps, cela va s’accentuer et ceux qui ne comprennent pas encore l’importance des psychologues, le comprendront.

Pensez-vous que la psychologie peut changer quelque chose dans les nombreuses déviances que nous constatons aujourd’hui dans nos écoles ?

Les déviances, quand vous creusez, ont toujours des causes. Quand vous fouillez très bien les raisons de ces déviances, vous vous rendez compte du fait que ce n’est pas toujours, la faute aux déviants. Mais plutôt les conditions d’éducation dans lesquelles ces déviants se sont retrouvés.

Comment rémédier à toutes ces déviances ?

Les écoles doivent travailler en étroite collaboration avec les parents d’élèves pour les informer et les former, au besoin, parce que les parents sont les premiers éducateurs des enfants à la maison. Mais, malheureusement, ils ne trouvent pas utile de se présenter à ces réunions que les écoles organisent. Le travail d’éducation ne relève pas seulement de l’enseignant. Le tout ne suffit pas seulement d’acheter les fournitures scolaires, d’acheter le nécessaire dont l’enfant a besoin. Les parents doivent par conséquent s’informer de ce qui se passe à l’école avec l’enfant, de ce que l’enfant fait à l’école. Il faut que l’enfant sache également pourquoi il va à l’école parce que souvent on y va sans savoir pourquoi. On n’explique pas à l’enfant pourquoi il doit aller à l’école alors qu’il faut expliquer et que l’enfant sache ce qu’on attend de lui. Donc, je crois que cette collaboration entre l’école et les parents, est nécessaire pour pouvoir prévenir et éviter ces déviances. Ensuite, comme je l’ai dit, il faut que les parents soient largement informés de ce qu’il faut faire et de ce qu’il ne faut pas faire avec les enfants. Ce n’est pas parce qu’on est parent qu’il est permis de faire tout ce qu’on veut avec l’enfant. Les parents créent des traumatismes chez les enfants sans le savoir. Donc, les parents ont besoin d’être informés non seulement au cours de ces rencontres organisées par l’école mais aussi à travers les émissions que les médias pourraient initier et organiser en collaboration avec les psychologues.

Selon vous, quelles sont les actions que l’Etat pourrait poser en vue de favoriser l’implication des psychologues dans la prise de décisions qui concourent au bien-être du système éducatif au Bénin ?

Il faut reconnaître que l’Etat pose déjà des actions à travers le recours aux psychologues pour le recrutement de certains agents. Ensuite, il n’y a pas très longtemps, le ministère de la famille a organisé un concours auquel les psychologues ont participé. Donc, c’est déjà intéressant et c’est sûr qu’à cette allure, on peut espérer que les années à venir, les psychologues seront davantage impliqués dans tout ce qui se fait parce que partout où il y a l’Homme, on doit parler de psychologie.

Que dire pour conclure cet entretien ?

La psychologie, c’est un grand chantier, un chantier où il faut refaire l’Homme parce que les réflexes qu’on développe aujourd’hui sont des réflexes de jungle, des pratiques qui ne favorisent pas du tout le développement. C’est pourquoi on a toujours parlé de mentalité. Il faut revoir la mentalité de l’homme et c’est à travers l’éducation. Pour cela, les psychologues doivent être beaucoup sollicités parce que nous avons développé des réflexes, nous avons pris des habitudes qui ne concourent pas du tout au développement. Je ne suis pas le premier à parler de mentalité. Nous devrons créer les conditions pour le développement de la science, de la technique et de la technologie. On ne peut pas parler de développement sans technique, sans science technologique et cela doit nous amener à valoriser la matière grise. Les défis sont grands, c’est pourquoi je pense qu’il faudrait changer de fusil d’épaule. Le développement, c’est un conditionnement.

Propos recueillis par Estelle DJIGRI

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