Dr Moussiliou Akpa L’Ara Moustapha, Directeur de l’INFRE, à propos du niveau des enseignants : « Il faut qu’on aille vers des décisions courageuses, très ardues »

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Tel un avion qui vient s’écraser sur le sol, l’éducation au Bénin continue sa chute vertigineuse vers des lieux inconnus. Pendant que tout le monde se demande à quel saint se vouer, Educ’Action continue sa démarche de compréhension des tenants et aboutissants de cette cavale qui semble étonner plus d’uns. Au détour du Conseil Consultatif National des Enseignements Maternel et Primaire, votre journal donne la parole à Moussiliou Akpa L’Ara Moustapha. Il est le Directeur de l’Institut National de Formation et de Recherche en Education (INFRE).

Educ’Action : Que retenir de votre présentation ?

Moussiliou Akpa L’Ara Moustapha : Je suis Moussiliou Akpa L’Ara Moustapha. Je suis enseignant au Département de Psychologie et des Sciences de l’Education (DPSE) à l’Université d’Abomey-Calavi. Je suis aussi le Directeur de l’Institut National de Formation et de Recherche en Education (INFRE).

Quelle lecture faites-vous du fort taux d’échec observé aux différents examens nationaux cette année ?

Ce sont des résultats qui reflètent le vrai visage de notre système éducatif. La santé de notre système éducatif transparait aujourd’hui à travers ces résultats qui sont effectivement minables et déplorables mais c’est la réalité. Il faut maintenant tirer toutes les conclusions et prendre les bonnes décisions.

Beaucoup incriminent le niveau de formation des enseignants tant au primaire qu’au secondaire. Etes-vous d’avis ?

On ne va pas ramener tous les facteurs d’échecs au seul fait des enseignants. Lorsqu’on parle d’échec, il faut voir toute une kyrielle de facteurs qui concourent à cela mais bien évidemment que le facteur enseignant est important parce qu’on est dans le système éducatif. Effectivement, on peut situer une part de responsabilité au niveau de la qualité des enseignants. Nous avons dans le système de très bons enseignants. Par contre, il y en a aussi qui ne sont pas au top niveau. Une chose est de recevoir la formation qualifiante mais une autre est de se faire la main. Ces curricula sont élaborés par les instances qui sont autorisées en la matière. Quelle est la mise en œuvre qui se fait de ces programmes de formation ? C’est encore un autre problème qu’il faut aller voir! Une chose est d’avoir des curricula bien élaborés mais l’autre chose, c’est aussi de pouvoir assurer une bonne mise en œuvre de ces curricula-là. Donc, lorsqu’on prend les programmes de formation dans les écoles, c’est des programmes qui tiennent compte d’un certain nombre de choses, principalement de la pratique de classe des futurs enseignants. Après tout, c’est à travers les pratiques pédagogiques que le professionnalisme s’exprime et c’est grâce à cela également que les enfants peuvent bénéficier d’un bon encadrement.

Quel est le profil des formateurs de ces enseignants dans les ENI ?

Dans les ENI, le profil des formateurs est un profil divers. On retrouve aussi bien des conseillers pédagogiques, des inspecteurs, des professeurs du secondaire, du supérieur,… Je ne sais pas exactement. Je sais qu’il y a des enseignants du secondaire qui interviennent dans ces écoles-là surtout par rapport au Français et à la Mathématique.

Vous qui êtes un Psychopédagogue et aussi directeur de l’INFRE, quel regard votre institut a-t-il sur le choix de ces formateurs des enseignants dans les ENI ?

Le regard, c’est que lorsque nous voyons le profil, on sent que ça va mais il faut améliorer en ce sens qu’il faut voir si les programmes qui sont mis dans les mains de ceux qui encadrent, sont bien compris de ceux-là qui doivent assurer leurs mises en œuvre au niveau des élèves-enseignants. Le regard que je pourrais porter, c’est que c’est un profil assez diversifié qui n’est pas étranger à l’enseignement mais on peut toujours améliorer. Il faut reconnaître qu’il y a un autre problème. Vous pouvez avoir de très bons enseignants dans les écoles normales mais ceux qui reçoivent, la cible même [les élèves-enseignants, ndr], elle est de quel niveau pour recevoir l’information, pour pouvoir l’intégrer en elle afin de pouvoir faire une application de tout ceci de façon judicieuse ! Nous continuons de recruter sur la base du BEPC alors que nous savons tous que ce BEPC aujourd’hui, sur le plan de sa substance, est un diplôme érodé, qui n’a plus grande chose. Dans la plupart des pays aujourd’hui, les gens ont tourné dos au BEPC dans l’enseignement mais c’est nous au Bénin qui nous entêtons encore à persévérer dans cela. Vous recevez dans les écoles normales les gens qui ont le niveau qu’ils ont. Pour faire face à la masse d’information que les enseignants apportent, il faut être d’un niveau de culture assez élevé. Si les gens viennent parler et que ceux à qui ils parlent ne comprennent pas, que voulez-vous qu’il arrive ? C’est ça le problème ! Par rapport aux formateurs on ne peut pas douter de la qualité de leurs niveaux mais ceux qui reçoivent la formation, ils sont de quel niveau ? Même le Bac aujourd’hui, est-ce que cela est suffisant pour que quelqu’un puisse aller s’asseoir et recevoir une formation de bonne facture et pouvoir effectivement comprendre cela et aller mettre cela en œuvre correctement. Au-delà de ceux qui forment il faut qu’on aille vers le relèvement du niveau de recrutement. Il faut qu’on aille vers des décisions courageuses, très ardues pour reconnaître que le BEPC ne peut plus servir pour être recruté dans l’enseignement. Voyez au niveau de la santé, avant, on recrutait les infirmiers d’Etat sur la base du BEPC, mais depuis quelques années, ce n’est plus le cas ! Cela a été porté au niveau Bac. Pourquoi dans l’enseignement, nous allons nous confiner dans cette option qui n’est pas porteuse pour le système éducatif. Il faut aller vers une réforme dans ce sens pour qu’on puisse relever le niveau. Même si on ne peut pas dépasser le Baccalauréat, il faut au moins qu’on dise le minimum aujourd’hui, c’est le Bac.

A l’heure actuelle, quel serait le niveau idéal pour recruter les élèves instituteurs dans les écoles normales ?

On nous oppose souvent la question du traitement salarial des enseignants qu’on pourrait recruter sur la base de la Licence ou de la maitrise alors que c’est ça l’idéal. Lorsqu’un système éducatif ne marche pas, rien ne peut marcher dans le pays. Ce serait l’idéal que tout au moins dans l’enseignement primaire et à la maternelle que ce soit au moins sur la base de la Licence qu’on recrute et on forme. Là, on est plus ou moins sûr. Je dis ici, les futurs enseignants lorsqu’ils vont s’asseoir dans les salles de classe, les formateurs arrivent, ils font passer leurs messages mais ce n’est pas compris. Mais s’ils ne comprennent pas, ils vont faire quoi ? Et comprendre c’est une question de niveau ! La science évolue et il faut que nous évoluons avec. Donc si le pays n’a pas les moyens, il faut faire avec les moyens du pays mais pas en descendant aussi bas que le BEPC. Nous devons oublier le BEPC dans l’enseignement. Ça peut servir ailleurs mais pas dans l’enseignement.

Quels sont les outils dont l’INFRE dispose pour s’assurer de la qualité de la formation des enseignants ?

Nous faisons des évaluations. Actuellement, nous menons une évaluation avec un cabinet canadien, dont l’objectif est de recueillir des informations sur les pratiques de classe des enseignants. Cela nous permet de voir un peu dans quelle proportion, les enseignants répondent à ces normes-là. Nous faisons ce genre de travail pour prendre le pool de l’encadrement pédagogique qui est fait sur le terrain.

Dites-nous, quel est l’état de la recherche en éducation au Bénin ?

La recherche en éducation, c’est le parent pauvre. On fait la recherche avec des chercheurs mais je n’en ai pas à l’INFRE. Je ne peux pas faire du miracle. Nous faisons des choses qui vont dans le sens de la recherche mais on ne peut pas dire que c’est de la recherche à tous points de vue. En fait, l’INFRE est chargé de faire entre autres de la recherche-action. Nous faisons cela tant bien que mal. C’est-à-dire que nous essayons avec le personnel que nous avons d’aller voir un peu quels sont les aspects de l’enseignement qui posent problème aux enseignants. Un peu comme dans un laboratoire, nous essayons d’étudier cela et de voir quelles sont les solutions qu’on pourrait préconiser pour aider à l’amélioration de cela. Mais encore une fois, la recherche, c’est avec des chercheurs.

Propos recueillis par Adjéi KPONON (Stg)

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