Droit à l’éducation des filles en situations difficiles : Le Centre Claudia en croisade contre la déperdition scolaire

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La question du respect du droit à l’éducation des filles et des femmes focalise l’attention de nombreuses organisations et associations tant nationales qu’internationales. Parmi ces organisations figurent ‘’Qui Le Stelle’’, une association de volontaires italiens, qui a construit un centre d’aide à l’enfance en difficulté avec comme pour cible les filles. Le centre Claudia est un espace de formation professionnelle et humaine situé dans les entrailles de l’arrondissement de Togba, à Abomey-Calavi, et plus précisément dans le village de Ouega Agué. Avec Educ’Action, allons à la découverte de ce centre qui redonne de l’espoir à des centaines de jeunes filles béninoises en bâtissant leur avenir.

Plus de 45 minutes de route à partir de Calavi-Kpota, à une vitesse moyenne de 40 km/h, après avoir traversé des nids de poule qui jonchent la voie tantôt rétrécie et tantôt élargie, sur un sol latéritique digne de la commune d’Abomey-Calavi, et vous parvenez difficilement dans le village de Ouéga-Agué. C’est cette petite localité qui a été choisie par l’équipe d’Adriana Pelliccia, présidente de l’association ‘‘Qui Le Stelle’’ pour accueillir le centre Claudia. « Association ‘‘Qui Le Stelle Onlus’’, Ensemble pour les droits des enfants », tel est le mot de bienvenue, écrit en rouge et noir, que l’enseigne métallique vous adresse dès que vous descendez de votre véhicule. La belle décoration du portail implore votre pardon après ce long périple digne des voies escarpées d’un rallye de montagne. Le portail franchi, la terrasse donne une belle vue sur un petit jardin bien entretenu.

Le centre Claudia, un espace d’humanité pour revaloriser la femme …

« Tout est parti du décès de la fille de l’une de nos amies. La tante de cette dernière, lors d’un voyage au Bénin à toucher du doigt les réalités des conditions de vie des enfants forgerons à Zinvié. Certains enfants étaient aussi placés et travaillaient dans le marché mais la nuit ils n’avaient pas où dormir. De retour en Italie, elle nous en a parlé puis nous avons décidé de faire quelque chose. C’est ainsi que nous avons décidé de travailler avec les femmes, car, cela allait les empêcher de scolariser leurs enfants ». C’est par ces mots pleins d’émotion que Adriana Pelliccia, caché derrière ses lunettes de soleil, fait l’historique du centre. Le centre Claudia est un complexe professionnel inauguré le 26 juin 2008 abritant plusieurs infrastructures. Du point de vue administratif, le centre comprend des bureaux pour les responsables et le secrétariat. Un dortoir de 24 lits est mis à la disposition des filles internes. Afin de rester dans la dynamique d’un esprit sain dans un corps sain et de favoriser le développement psychomoteur des filles, exigence qui est une nécessité vu l’importance des travaux confiés à la femme africaine dans son ménage, ‘’Qui Le Stelle’’ a doté le centre d’une aire de jeu appropriée à l’exercice du Volley-ball et basket-ball. La culture servant de pont entre le passé, le présent et le futur, le centre a été aussi équipé d’une paillote du nom de Mémé Anna, la première à faire la visite au Bénin, qui sert d’espace culturel. Avec son fort gabari, Achille Tépa est le gardien du temple. En plus de l’eau potable, Achille Tépa ajoute qu’ « il a fallu que l’association paie une extension du réseau pour que l’électricité arrive dans le centre et aussi pour que les populations puissent en profiter ». Cette générosité morale rejaillit aussi sur l’encadrement des filles qui sont gardées par des mamans qui leur servent de mères conseillères. Laure Assogba et Cécile Ilekoyo sont aussi responsables de la restauration des filles grâce à une cuisine bien fournie. Pour vaquer aux diverses activités ménagères, l’association a œuvré à la construction d’un puits à grand diamètre, d’un forage muni d’une pompe immergée électrique et d’un château d’eau. Pour le bien-être des filles, la maison dispose aussi d’un bloc de toilette.

L’éducation selon le modèle holistique …

Comme le rappelle Adriana Pelliccia, l’association italienne, créée en novembre 2005, se consacre uniquement aux filles orphelines, vivant dans une situation d’extrême misère ou ayant subi toute forme de traumatisme. C’est sur ces bases qu’elles sont envoyées par les organisations partenaires du centre que sont les Centres de Promotion Sociale (CPS), ESGB La Passerelle de Porto-Novo, les Villages d’enfants SOS et autres organes de protection de l’enfance. Pour justifier ce choix, Savina Stoppa Beretta, chargé des relations avec le Bénin, dans un français à l’accent italien, ajoute que « c’est par les filles qu’on peut changer un tout petit peu les choses. Aussi parce que la situation des femmes est très difficile en Afrique et particulièrement au Bénin. Elles ont les droits en théorie mais pas en pratique ». Les femmes méconnaissent leurs droits parce qu’elles sont pour la plupart des analphabètes. Face à ce constat alarmant de notre société, les filles « font de l’alphabétisation fonctionnelle en Français fondamental dans le but de leur enseigner le français utile à leurs activités professionnelles sous la coupole de Anna Mari Kassa », précise le représentant résident, Achille Tépa. C’est la salle polyvalente qui a été réservée à cet usage. En plus des dortoirs qui permettent aux filles de garder l’esprit de fraternité et de partage, le réfectoire d’une capacité de 50 places, est l’espace d’intimité familiale où mères et filles, en plus de la présence permanente du représentant résident, se côtoient pour reprendre des forces émotionnelles et psychologiques.

L’autonomisation des filles, une réalité au Centre Claudia

Mieux vaut apprendre à pêcher à celui qui vous demande du poisson plutôt que de lui en donner en tout temps, dit l’adage. Cette citation populaire illustre aussi en filigrane l’objectif de toute éducation : l’autonomie de l’apprenant. Afin de rester fidèle à cet impératif vital, les responsables de ‘’Qui Le Stelle’’ et du centre Claudia œuvrent pour que les filles quittent le centre en ayant le Certificat de Qualification aux Métiers (CQM), un diplôme délivré par le gouvernement béninois. Ainsi, le centre aide les filles à apprendre un métier entre la coiffure ou la couture qui dispose chacun d’un atelier. Les filles sont originaires de tout le Bénin et même l’une d’elle, issue de la dernière promotion des internes, était originaire de la République togolaise voisine. Dans le souci de faciliter leur réinsertion après les trois années de protection au Centre, les filles sont équipées en outils de travail à la fin de leur formation. Grâce à la générosité de ces 250 volontaires, l’institution mobilise des fonds à travers diverses activités que sont « des marchés au cours desquels nous vendons des produits que nous avons pris ici au Bénin », informe Roberto Mignano, le trésorier. Et de plus, « une fois par année nous organisons un grand dîner avec tout ce monde et aussi une loterie pour récolter les fonds », poursuit-il avant de faire remarquer que tous les fonds récoltés sont destinés au centre Claudia. Ainsi, le budget d’environ 50.000 Euros (environ 32.750.000F Cfa, ndr) par année permet de prendre en charge la dizaine de membres du personnel d’origine béninoise et les autres charges du centre, a tenu à clarifier l’argentier de ‘’Qui Le Stelle’’ qui insiste aussi sur le fait qu’au niveau de l’association « nous n’avons pas d’employés à payer et nous sommes tous volontaires ». En vue de rendre le centre autonome, en plus du moulin à maïs, Adriana et son équipe envisagent de « construire d’autres ateliers : un atelier de joaillerie, un four pour la boulangerie, un atelier de tissage et de teinture, un élevage de volaille et de lapins et une boutique où le centre pourra vendre des produits ».

La réinsertion des filles, l’autre épine dans les pieds du centre …

La réinsertion des filles constitue une épine dans les pieds de l’association lombarde. Pour prévenir cela, Achille Tépa et son équipe de Ouéga Agué agissent en amont en suscitant symboliquement et moralement l’adhésion des parents à l’initiative. En aval, l’association agit dans la sensibilisation des parents des filles après leur libération. A cet effet, après la sortie officielle de la seconde promotion des filles internes, les responsables italiens et béninois ont fait le tour de Natitingou et de Ouaké en passant par Dassa-Zoumè, dans le nord du pays, du 6 au 9 décembre 2016. « Nous avons demandé à leurs parents de faire un effort en leur construisant un atelier où elles pourront travailler », a dit Savina à propos des filles de Ouaké, avant de renchérir que les filles de Natitingou auront aussi le minimum pour travailler et elles seront suivies par SOS Villages d’enfants. Au milieu de tous ces défis que constituent l’autonomisation des filles à travers leur réinsertion réussie, les fruits de ce labeur commencent à tomber à la grande satisfaction des responsables qui ont évoqué des exemples les larmes aux yeux.

Adjéi KPONON

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