Ecole béninoise : Sur les traces des élèves ‘‘fumeurs’’, dépendants du tabac

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Quand le tabac s’invite à l’école, on a moins de chance de parler d’excellence. Et c’est bien le cas par ici. La situation est bien préoccupante et en dépit des campagnes nationales anti-tabac et réglementations en vigueur, le taux des fumeurs reste élevé dans le rang des adolescents constitués en majorité des jeunes apprenants dans les lycées et collèges. A travers cette enquête pathétique, Educ’Action part sur les traces des élèves ‘‘fumeurs’’, dépendants du tabac. Serrez vos ceintures !

Joachim A., 17 ans, est élève en classe de 1ère au second cycle dans un collège privé assez réputé de Cotonou, capitale économique du Bénin. « J’ai commencé à fumer à l’âge de 15ans. J’ai découvert le tabac (cigarette) grâce aux amis. Aujourd’hui, j’en suis dépendant. Quand je fume, j’arrive à assimiler les cours plus facilement et cela me donne une sensation d’indépendance », a confié à Educ’Action, cet apprenant dans la cour du collège.
Ce mercredi 31 mai, Joachim et ses amis de classe ont rendez-vous avec leur professeur des Sciences de la Vie et de la Terre (SVT) pour le calcul des notes de fin d’année. Sous la fine pluie matinale, il a su trouver le temps de satisfaire ce besoin : fumer la cigarette. « Avant, je craignais les punitions des autorités du collège et les regards accusateurs des autres camarades. Alors je vais m’enfermer dans la toilette pour fumer. Aujourd’hui, j’arrive plus ou moins à m’afficher », a-t-il témoigné, martelant que des camarades à lui fument aussi la cigarette. « Entre amis, nous nous voyons parfois pour fumer avant de commencer les travaux de groupe », a-t-il ajouté, très relaxe.
Pour arriver ainsi à transgresser le règlement intérieur de son collège, parfois à s’imposer aux parents, Joachim, en 2016, avait fait les frais de sa dépendance à la cigarette. « Avant de m’inscrire dans ce collège cette année (2017), j’ai été déjà renvoyé d’un établissement public, pas à cause d’une contre-performance, mais parce que le censeur ne supportait pas de me voir fumer. A la maison, au début, c’était aussi difficile. J’étais presque rejeté par les parents mais aujourd’hui, on s’est compris, surtout que je travaille bien à l’école », a déclaré Joachim, indiquant qu’il a occupé le 2ième rang de sa classe à l’issue du deuxième devoir du second trimestre de l’année scolaire 2016-2017.

Que dit la législation…

Comme Joachim, beaucoup d’élèves s’adonnent à la cigarette dans les collèges, établissements et lycées privés et publics malgré la législation béninoise qui l’interdit. En effet, la Loi N° 2006-12 du 07 août 2006 portant réglementation de la production, de la commercialisation et de la consommation des cigarettes et autres produits du tabac en République du Bénin dispose, en son article 19, que « les établissements scolaires et universitaires, les établissements hospitaliers, les bibliothèques, les bureaux des services publics et privés, les salles de sports, de spectacles et de cinémas, les ascenseurs et les transports en commun par route, sont des locaux à usage collectif non fumeurs’’. Par ailleurs, la même Loi en son article 22 stipule qu’ « il est interdit de vendre ou de donner à titre gracieux à tout jeune (toute personne âgée de moins de 18ans) des cigarettes et autres produits du tabac ainsi que le matériel de promotion et de publicité des cigarettes et autres produits du tabac ». Et l’article suivant (article 23) traitant des sanctions liées à la protection des jeunes renseigne que : « toute personne qui vend, offre à la vente ou autorise la vente de cigarettes et autres produits du tabac à un jeune (toute personne âgée de moins de 18ans) est passible d’une amende de cent mille (100.000) à un million (1.000.000) de Francs CFA. » Seulement, cette législation actuellement en relecture à l’Assemblée nationale n’est pas strictement respectée, a reconnu un surveillant d’établissement public rencontré à Cotonou qui informe, sous anonymat, que certains élèves vont au-delà de la cigarette et se droguent carrément. « Nous avons surpris des élèves avec du cannabis, du chanvre indien ainsi que des armes blanches », a-t-il confessé au journaliste de Educ’Action, sortant de son tiroir un couteau qui serait saisi chez un apprenant de la classe de seconde. Cet acteur de l’école a aussi déploré le fait qu’il n’existe pas dans les cadres scolaires (collèges et lycées) un dispositif réel de prise en charge des élèves fumeurs car, selon lui, renvoyer ou isoler l’élève fumeur de l’école ne fera que grossir le nombre des divorcés sociaux dans le pays. A en croire le socio-anthropologue, Auguste Vignon, le tabac est un excitant comme l’alcool et lorsque certains le consomment, ‘’il leur donne cette capacité d’agir, mais également cette sensation de liberté et de domination même si ce n’est vraiment pas le cas’’.

Des chiffres effroyables…

Pour le ministre béninois de la santé, Alassane Seidou qui a fait une déclaration officielle, ce mardi 30 mai, veille de la célébration de la Journée mondiale anti-tabac dont le thème cette année 2017 est ‘’Le tabac, une menace pour le développement’’, au Bénin, environ 5% des adultes consomment encore le tabac sous diverses formes selon les résultats de l’enquête STEPS de 2015 de l’OMS, contre 16% en 2008. Par ailleurs, le ministre renseigne que la situation reste très préoccupante chez les adolescents de la tranche d’âge de 13ans à 15ans des collèges publics du Bénin. « Environ 5,3% de cette couche s’adonnent à la consommation du tabac, selon les résultats de l’enquête STEPS de 2016 », a-t-il déclaré, indiquant que la fumée du tabac contient près de 6.000 substances chimiques connues dont au moins 250 sont déclarées nocives et plus de 50 sont cancérigènes pour l’homme. Au regard de la recrudescence de ce fléau au niveau des élèves, les activités commémoratives de cette année 2017 ont été focalisées dans les collèges et établissements publics du pays pour la sensibilisation des jeunes apprenants sur le tabagisme, a déclaré le ministre de la santé.

Des méfaits sur la santé…

Alors qu’il procure du plaisir aux consommateurs, en l’occurrence les jeunes apprenants, le tabac a bien des conséquences sur la santé. S’agissant de ses méfaits, Judith Sègnon, médecin-épidémiologiste et Point focal de la lutte contre le tabagisme au Ministère de la santé, indique que le tabac affecte les organes du corps humain à savoir : le système nerveux central avec des céphalées et migraines aigues, le système respiratoire avec des maladies respiratoires prononcées (toux, bronchite, cancer du poumon), les maladies de la bouche (caries dentaires, gingivites, mauvaises halènes), la mauvaise circulation du sang, l’impuissance sexuelle, les décès prématurés, etc. « Le tabac est le premier facteur des maladies non transmissibles. Il est un facteur de risques pour les cancers et constitue d’ailleurs la cause directe de la plupart des cancers », a informé le médecin dans l’émission 5/7 Matin de la télévision publique (Ortb), renseignant par ailleurs que la population béninoise exposée à la fumée du tabac est de l’ordre de 27%.

Des pertes financières indues…

Faisant le rapport entre tabac et le développement, Augustin Faton, membre de l’Organisation non gouvernementale ‘‘Initiative pour l’Education et le Contrôle du Tabagisme (IECT)’’, renseigne que 10% du revenu d’une famille dont le père est fumeur, sont détournés vers la consommation du tabac, hypothéquant ainsi l’éducation des enfants et le bien-être des membres de cette famille. « Pendant 10ans jusqu’en 2011, le Bénin a dépensé plus de 7 milliards de Francs Cfa (11,90 million de dollars) pour l’évacuation sanitaire des personnes souffrant de maladies dont le tabac est la première cause. En revanche, les recettes publiques sur le tabac (taxes et impôts) sur la même période n’ont pas atteint 1 milliard Francs Cfa (1,70 million de dollars) », a-t-il renseigné, arguant que ‘’ le tabac est un prédateur de la santé publique’’. Il conclut que le consommateur du tabac est souvent absent de son poste de travail, moins productif et constitue, par voie de conséquence, un manque à gagner pour la société parce qu’il produit un rendement très faible qui n’impacte pas le développement.
Pour l’heure, au Bénin, les initiatives se poursuivent pour lutter contre la consommation du tabac, surtout dans le rang des adolescents et plus spécifiquement des élèves des collèges et lycées publics.

Serge-David ZOUEME

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