Education béninoise : entre mondialisation et autonomie

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L’éducation est-elle une science exacte ? En tout cas, elle est évolutive et plurielle car il est difficile de soutenir que les différentes générations en reçoivent au fil du temps, la même. En sus, les us et coutumes changent selon les milieux et répondent bien à cette maxime célèbre de Blaise PASCAL : « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au-delà ! ». Ce qui signifie simplement que ce qui vaut pour un peuple, ne vaut pas nécessairement pour un autre.
En même temps, une dimension nouvelle est venue se greffer et uniformiser nos habitudes et nos attitudes à savoir la mondialisation. Aujourd’hui, il y a un même ciment qui semble tout niveler de telle façon que nous assimilons, pensons et mangeons les mêmes choses. Est-ce vraiment la solution au regard des besoins et des spécificités de nos milieux, car malgré tout, nous n’avons et nous ne vivons pas vraiment les réalités identiques en Afrique et en Occident. La question qui m’interpelle ici, est celle de savoir si nous cherchons dans nos pays à nous éduquer et à éduquer les générations futures, s’il ne serait pas utile de faire une distinction entre la nécessaire mondialisation et l’impérieuse autonomie ! Autrement dit, pouvons-nous penser, maitriser notre éducation si nous devions, à chaque fois, faire recours aux nombreux appuis certes intéressants, mais qui ne viennent pas toujours suivre la cohérence d’un processus éducatif qui tend à nous échapper, à travers ce foisonnement épuisant.
En ce moment où nous souhaitons entamer un nouveau cycle de notre éducation nationale en priorisant l’EFTP, la question est encore plus qu’importante. Dans un contexte où même des éléments aléatoires dont il faut tenir compte existent comme le COVID-19, où des réponses promptes mais aussi largement tributaires de l’aide internationale, nous soulagent et parallèlement ne nous laissent pas assez d’autonomie, comment asseoir notre éducation et être le véritable pilote de ce grand processus.
La dernière revue du secteur de l’éducation, en même temps qu’elle semble interpeller tous les acteurs sur les efforts pour enclencher et dynamiser la promotion de l’EFTP, montre à souhait l’effort encore important des PTF qui, non seulement nous financent à travers le PME, mais aussi insistent pour nous aider à structurer et à mouler notre système éducatif à travers des initiatives sans cesse renouvelées comme le KIX (Partage de connaissances et d’innovations), le SCC (Socle Commun de Compétence), La SRAE (Stratégie de Renforcement des Alternatives Educatives), l’élaboration de nouveaux curricula au Primaire etc. Ces mêmes initiatives sont déclinées partout en Afrique de telle façon que la dialectique mondialisation et autonomie se côtoie et s’interpelle à chaque instant.
D’un autre côté, les différentes structures des Ministères sont occupées, voire engluées dans plusieurs activités plus importantes, les unes que les autres, mais dont la cohérence n’est pas évidente avec celles des départements voisins. Ainsi, les structures des différents Ministères ont-elles une unicité pédagogique d’ensemble et des actions structurelles concertées de telle façon, par exemple, que les curricula du Primaire se font en entière adéquation avec les autres Ministères qui vont, au fur et à mesure, préfigurer les besoins pédagogiques futures de nos enfants ?
On se surprend à constater que ce n’est ni le manque d’initiatives, ni de l’attentisme qui est notre défi, mais la véritable cohérence de notre action que nous avions la nécessité de maintenir en ayant la possibilité de peser, de soupeser voire d’élaguer tout ce qui ne va pas dans la même direction ou qui nous freine fortement. Quelle est alors la solution ?
Nous revenons encore à la gouvernance qui devrait prendre ses marques, impulser une nouvelle dynamique. Cette gouvernance existe déjà ; elle devrait simplement s’ajuster de telle façon que chacun joue son rôle. Les structures relevant de la Présidence de la République ont un rôle stratégique et donc celui de pilotage ; les Ministères concernés sans oublier le Plan et les Finances se chargeront de l’opérationnel au niveau national et déconcentré. Dans ce contexte, on se retrouve dans un processus d’approche programme où la Stratégie nationale de relance de l’EFTP, dans sa mise en œuvre, concerne d’abord les directions des Ministères à qui les organes dirigeants demanderont des comptes et corrigerons les erreurs et ajusterons le processus. En plus de cette structure verticale, il est temps que nos Ministères de l’éducation aient une structure horizontale de concertation et de suivi de l’action éducative. Le rôle et la qualité d’un Ministre ne sont pas vraiment de promouvoir son seul Ministère. Le meilleur Ministre comme un arbitre de football : c’est lorsqu’on ne le remarque pas qu’il est meilleur car au service de toutes et tous.

Maoudi Comlanvi JOHNSON, Planificateur de l’Education, Sociologue, Philosophe

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