Edwige Agossou, proviseure du lycée des jeunes filles du Mono et du Couffo : « Nous exhortons les mairies à nous libérer les subventions »

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Basé dans la ville de Lokossa, le lycée des jeunes filles accueille les meilleures apprenantes des départements du Mono et du Couffo à l’issue de l’examen du Certificat d’Etudes Primaires (CEP). Mais l’éducation de ces filles dans ce centre, rencontre quelques difficultés exposées ici par Edwige Agossou, la proviseure dudit lycée. Interview !

Educ’Action : Présentez-nous le lycée des jeunes filles de Lokossa !

Edwige Agossou : Comme son nom l’indique, le lycée des jeunes Filles de Lokossa est un lycée qui accueille les meilleures jeunes filles à l’examen du Certificat d’Etudes Primaires (CEP) des départements du Couffo et du Mono. Le seul critère pour une fille d’intégrer ce lycée est d’être meilleure. Nous ne prenons que les 30 meilleures filles de chaque commune. L’institution du lycée des jeunes filles dans les départements du Mono-Couffo et dans tous les autres départements d’ailleurs, vient de la volonté du gouvernement d’améliorer le taux de scolarisation des filles, leur offrir de meilleures conditions d’études dans l’objectif de faire de ces filles des leaders du Bénin. Nous accueillons donc ces filles qui restent avec nous de la classe de 6e en Terminale. A la date d’aujourd’hui, nous accueillons environ 400 apprenantes.

Comment fonctionne le lycée des jeunes filles de Lokossa ?

Nous recrutons les filles pour alimenter nos classes de 6e et ce sont ces filles qui passent de 6e jusqu’en Terminale. Ici, nous administrons un enseignement général à ces jeunes filles avec les séries A, C et D. Ce lycée fonctionne sous un régime d’internat. Ainsi, en plus des études, nous hébergeons les filles et nous les nourrissons depuis le début de la rentrée scolaire jusqu’au mois de juillet de chaque année. Elles observent les congés et les vacances en famille mais à la reprise, elles reviennent. Toute cette prise en charge se fait avec l’aide de l’Etat qui octroie une subvention, même si cette dernière est insuffisante. Nous sollicitons également l’aide des parents qui contribuent à la restauration des enfants. Normalement, les mairies aussi devraient nous aider, mais il y a l’amenuisement des ressources à ce niveau. Les mairies ne nous soutiennent pas comme il le faut.

Quelles sont les performances enregistrées la plupart du temps par ce lycée depuis sa création ?

Depuis la création du lycée en 2009, nous avons toujours été parmi les meilleurs que ça soit à l’examen du Brevet d’Etudes du Premier Cycle (BEPC) comme à l’examen du Baccalauréat. Malgré les conditions difficiles de travail, ce sont quand même des filles qui ont la volonté d’étudier, d’évoluer et qui sont les meilleures que nous recrutons. Donc dans tous les domaines, elles excellent. Par exemple, au terme de l’année scolaire 2022-2023, nous avons présenté 59 candidates à l’examen du Brevet d’études du Premier Cycle (BEPC) et nous avons obtenu 100% de taux de réussite. Quant au Baccalauréat, le taux de réussite était de 72%. Dans le domaine sportif et culturel aussi, ce sont des filles qui excellent très bien, en témoignent ces nombreux trophées qui sont exposés.

Quelles sont les difficultés auxquelles le lycée des jeunes filles est confronté ?

Le lycée des jeunes filles de Lokossa est confronté à d’énormes difficultés. D’abord, je précise qu’en réalité, nous n’avons pas encore notre propre site. Pour le moment, c’est un ancien foyer qui a été transformé en lycée. Donc, nous sommes confrontés à un problème de manque de salles et d’espaces. Nous n’avons pas de salles de classe et l’espace est vraiment insuffisant pour nos activités. Nous n’avons pas de terrain pour faire les cours de sport. Nous sommes donc obligés de déplacer les filles vers le stade de Lokossa, chose qui n’est pas du tout sécurisante. L’autre chose aussi, c’est la dégradation avancée des infrastructures et le manque d’équipements ainsi que les conditions d’hébergement sont vraiment difficiles vu l’espace qui est exigu mais que nous essayons de gérer. Donc la délocalisation du lycée s’impose. Il y a aussi que ce lycée abrite environ 400 âmes, et nous n’avons pas d’infirmiers. Nous avons l’infirmerie mais nous n’avons pas d’argent pour nous occuper des apprenantes.
Puisque c’est un lycée à caractère d’internat, il faut nourrir les enfants. Je disais tantôt que l’Etat nous vient en aide mais, il y a parfois le retard dans la mise en place des subventions alors que les enfants doivent forcément manger. C’est difficile à gérer et les maires qui sont censés apporter des subventions à ce lycée ne le font pas. L’année passée par exemple, c’est une seule mairie qui a pu nous soutenir sur les 12. Donc c’est vraiment un manque à gagner pour l’établissement. Nous leur adressons malgré tous, des appels de fond qui restent toujours sans réponse. La politique que je pense adopter cette année, c’est d’aller vers elles. Malheureusement, nous n’avons pas de moyen de déplacement. Ça sera alors compliqué d’aller dans le Couffo, parcourir le Mono sans moyen de déplacement.
Nous avons par exemple besoin d’un réservoir d’eau. Quand il y a coupure d’eau, les filles sont obligées de sortir pour aller chercher d’eau, ce qui n’est pas bien. Si on avait les moyens, on aurait pu mettre en place ces infrastructures. Les lampadaires manquent dans le centre et les filles ont de la peine à étudier les soirs. Il y a également le manque de personnel qualifié. Jusqu’à l’heure où je vous parle, il y a encore des classes sans professeurs et bientôt, il y aura les devoirs surveillés. Il y a manque d’une manière générale d’enseignants et maintenant la qualité aussi n’y est vraiment pas. Il y a encore quelques heures à couvrir dans certaines disciplines dont Anglais, les Sciences de la Vie et de la Terre (SVT) et l’histoire-géographie. Mais l’autorité est informée et est en train de tout faire pour nous satisfaire.

Quel est alors votre appel à l’endroit des autorités ?

Nous demandons à l’autorité centrale de nous aider à délocaliser le lycée. La délocalisation s’impose vraiment. Nous vivons dans des conditions de vie très difficiles. Nous exhortons plus que tout, les mairies à nous libérer les subventions parce que nous en avons vraiment besoin pour le fonctionnement du lycée. Nous sollicitons aussi le gouvernement, l’Etat central à augmenter la subvention à cause de la cherté de la vie. Depuis fort longtemps, c’est le même montant alors que la vie coûte de plus en plus chère et l’effectif aussi augmente. Difficilement on arrive à mettre fin aux inscriptions. Jusqu’en Janvier, les parents continuent à venir alors que le nombre de place est limité. En plus de l’augmentation de la subvention, nous avons également besoin de la contribution des maires pour nous aider. Nous exhortons également toute personne de bonne volonté à nous venir en aide surtout pour la cause des lampadaires, des réservoirs d’eau. Les ONG et autres peuvent toujours nous aider. Nous allons de notre côté, continuer à taper à la porte des mairies pour voir dans quelle mesure les rallier à nouveau à la cause de ce centre.

Propos recueillis par Estelle DJIGRI

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