Enseigner et parler l’anglais : Une tâche difficile faute de matériels

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L’enseignement de la langue de William Shakespeare dans le sous-secteur de l’enseignement secondaire est la problématique au cœur du dossier thématique de cette semaine. Enseignants et apprenants évoquent leurs difficultés au sujet de l’enseignement et l’apprentissage de l’anglais dans les lycées et collèges du Bénin.

Dame Mahuna est détentrice d’une licence en secrétariat de direction. Pour avoir été embauchée à un poste de secrétaire dans une école bilingue, elle a réalisé combien la compréhension de la langue anglaise lui aurait facilité la tâche dans beaucoup de domaines. Hélas ! Même si elle s’efforçait de respecter les règles anglaises pour avoir de bonnes notes en classe, elle avait perdu de vue l’essentiel que reste l’anglais parlé. Elle regrette aujourd’hui les nombreuses portes professionnelles qui ont dû se refermer, faute de connaissance de l’anglais parlé. Pour prévenir cette situation dans le rang de ses enfants, elle les initie, maintenant qu’il est encore tant, à l’anglais parlé. « J’ai appris, à mes dépends, que l’anglais n’est plus une langue à bafouer. C’est pour cela que dès que j’en ai l’occasion, je le parle avec mes enfants déjà à la maison pour qu’ils prennent le pli », a-t-elle confié. Au complexe scolaire la Persévérance d’Abomey-Calavi, les apprenants aussi se prononcent. Elève en classe de 4e, Rouchdane Baoua qui n’arrive pas à bien s’en sortir dans l’épreuve de ‘‘Writing’’ estime que le cours d’anglais est compliqué. A sa camarade Patricia Bonou de la classe de 3e de renchérir que l’anglais est plus compliqué que les mathématiques. « Mes principales difficultés en anglais, c’est la conjugaison des verbes, les preterits, verbes irréguliers », confie-t-elle avant de plaider pour l’organisation régulière des Travaux Dirigés (TD) dans cette discipline.

Des notions abordées au cours d’Anglais dans le secondaire

Renaud Tossou

L’enseignement de l’anglais débute à partir du secondaire avec plusieurs notions au programme, de la 6e en Terminale. Regroupées en des Situations d’Apprentissage (SA), ces notions varient à partir du second cycle, selon que l’apprenant est en série A, B, C ou D. Cependant, ces notions portent sur plusieurs thématiques des éléments de langage. Entre autres, la salutation, les présentations, l’environnement scolaire et social de l’enfant sans oublier la sauvegarde de l’environnement, les problèmes de santé et comment les prévenir. Aussi aborde-t-on les TIC et les aptitudes à avoir pour la création d’entreprise ou la recherche de l’emploi. « Tout cela est moulé dans des fonctions langagières et des notions structurales bien requises », renseigne l’enseignant d’anglais Christophe Sessou avant de préciser que le déroulement du cours d’anglais dans les classes, suit trois différentes étapes. « Lorsqu’il s’agit d’une leçon de vocabulaire ou de grammaire, nous parlons de ‘‘Presentation’’, de ‘‘Practice’’ et enfin de ‘‘Production’’. Quand il s’agit d’une fonction, nous parlons de ‘‘pre’’, de ‘‘while’’ et de ‘‘post’’», énumère-t-il. Les compétences disciplinaires dans cette matière, Renaud Tossou, enseignant d’anglais au CEG Tankpè les évoquent en trois points. Il s’agit de : communiquer oralement, réagir à un texte ou un support multimédia, produire un texte ou un support de type particulier.

L’enseignement de l’anglais augure un lendemain meilleur

Christophe Sessou

L’Anglais est d’une importance capitale d’autant plus qu’elle est la troisième langue la plus parlée au monde. Il est très répandu et est enseigné dans plus de 118 pays dont le Bénin. S’il a été considéré pendant longtemps dans nos écoles comme une matière de plus, l’exigence qu’en fait le monde professionnel et commercial, pousse désormais les gouvernants du secteur de l’éducation à repenser les curricula. Ceci, pour intéresser davantage les apprenants. « Comparativement à ce qui se faisait il y a une vingtaine d’années, nous pouvons dire que beaucoup de progrès se font de nos jours dans l’enseignement de l’Anglais dans les établissements secondaires au Bénin », fait observer, d’entrée de jeu, l’enseignant Christophe Sessou qui n’a pas manqué d’argumenter. Dans un premier temps, à l’en croire, il y a la mise en œuvre de l’Approche par Compétence qui exige un apprentissage centré sur l’apprenant, contrairement à la pratique dans le programme dénommé Approche par Objectif. Ensuite, l’introduction de nouveaux documents à partir de cette rentrée scolaire qui mettent plus l’accent sur la compréhension de l’écoute. Et enfin, poursuit-t-il, le corps de contrôle (les inspecteurs et les conseillers pédagogiques) est à pieds d’œuvre pour un enseignement de qualité au profit de nos apprenants. Autrement, « l’enseignement de l’anglais dans les collèges et lycées au Bénin augure de meilleurs jours », affirme-t-il. Malgré les efforts et les progrès notés dans l’enseignement de l’anglais, des difficultés persistent aussi bien chez les enseignants que chez les apprenants.

Effectifs pléthoriques, manque de matériels et cherté d’ouvrages comme difficultés

Nathalie Soumavo, enseignante d’anglais

Sophie est élève au Collège d’Enseignement Général (CEG) ‘‘Vêdoko’’. Elle confie avoir un peu de difficultés dans la compréhension de l’anglais. Ses difficultés sont de plusieurs ordres. « Il arrive parfois que le professeur fasse la grande partie du cours en anglais et quand c’est le cas, j’ai du mal à le comprendre. En plus de cela, je n’ai pas les livres au programme », a-t-elle expliqué. De son côté, Privilège, élève dans une école privée, estime qu’avec son professeur d’anglais, le cours n’est pas vivant, raison pour laquelle la matière ne l’intéresse pas trop. Ces différentes difficultés citées par les apprenants ne sont pas méconnues des enseignants eux-mêmes. Parlant des livres au programme, l’enseignant Christophe Sessou révèle que les apprenants éprouvaient déjà assez de peines à se procurer les documents d’accompagnement quand, lors des journées de réflexions pédagogiques des 7 et 8 septembre 2023, il y a eu l’introduction de nouveaux ouvrages scolaires pour l’enseignement de l’anglais au collège. Pour l’enseignant d’anglais, là n’est pas encore le problème. Le problème se situe au niveau des coûts de ces ouvrages. « Non seulement, ces ouvrages coûtent trois à quatre fois plus chers que l’ancien document d’accompagnement, mais aussi sont actuellement inexistants sur le marché. Ce qui donne lieu à de la spéculation », se désole-t-il. Ces affirmations sont confirmées avec l’enseignante d’anglais Nathalie Soumavo qui ajoute : « Les documents d’accompagnements au niveau du 1er cycle ont été changés. En plus, ils ne sont pas aussi disponibles. Nous nous essayons en les faisant photocopier par les enfants. Les documents sont rares sur le marché et d’autres ont passé les commandes mais n’en trouvent pas. » Pour les élèves, le document d’accompagnement est trop onéreux. Patricia Bonou en classe de 3e insiste : « Il y a un nouveau programme qui est venu changer celui de l’année passée, ce qui impose d’acheter un nouveau document. Les documents aussi coûtent chers. En ville, on l’achète à 5 000 FCFA voire 6 000 FCFA. L’établissement compte nous le céder à 3 500 FCFA, mais malgré cela tout le monde n’a pas encore passé la commande. » Evoquant d’autres obstacles rencontrés dans l’enseignement de l’anglais, Nathalie Soumavo informe que par rapport au ‘‘Reading’’, les enseignants font lire les enfants, mais ils ont plus de difficultés. « Au second cycle, lorsqu’on leur demande de lire, ils sont tous réticents. Je ne sais pas si c’est la honte ou bien quoi. Nous avons des difficultés au 1er cycle certes, mais ce n’est pas aussi remarquable qu’au 2nd cycle » regrette l’enseignante. Tous autant qu’ils sont et peu importe la matière qu’ils enseignent, les enseignants reviennent toujours sur les effectifs pléthoriques et le manque de matériels didactiques qui rendent le travail plus difficile. Christophe Sessou, enseignant d’anglais, en fait cas également quand il cite : « Les difficultés rencontrées par les enseignants ont noms : effectifs pléthoriques, ce qui demande plus d’efforts de la part de l’enseignant, manque cruel de matériels didactiques dédiés à l’enseignement de la compréhension de l’écoute ainsi que l’anglais parlé, pénurie d’enceintes sonores comme les woofers en passant par la non disponibilité de l’énergie électrique dans la plupart des collèges du Bénin ». Les difficultés relatives à la transmission du savoir sont nombreuses et la compétence orale a du plomb dans l’aile en ce qui concerne le déroulement des activités liées au ‘‘Speaking’’.
Nous n’avons pas les moyens disponibles pour passer le message, martèle l’enseignant Renaud Tossou, parce qu’il nous faut des ‘‘speakers’’ pour laisser les élèves écouter les audios. Mais, fait-il remarquer, l’atmosphère perturbe les autres disciplines qui parfois ont une autre image sur l’enseignement de la langue.
« Pour le listening, il faut que les élèves écoutent un passage afin de répondre aux questions posées dans les exercices. Mais on ne nous permet pas l’usage du téléphone portable pour faire ces exercices. Nous faisons ce que nous pouvons mais au niveau des établissements, il faut des bibliothèques et des matériels dont on pourrait se servir pour enseigner », rencherit Nathalie Soumavo.

Des solutions pour améliorer l’enseignement de l’anglais au Secondaire

Pour faciliter l’apprentissage de cette matière qui se définit comme la langue de la communication internationale, « l’Etat devrait dans l’immédiat, subventionner ces nouveaux ouvrages pour en faciliter l’accès à nos apprenants. Aussi, l’Etat devra-t-il réduire les effectifs dans les classes, mettre à disposition du matériel didactique approprié pour l’enseignement de la compréhension de l’écoute afin de faciliter l’anglais parlé chez les apprenants. Enfin, il faut trouver des éléments de motivation au profit des enseignants chargés de dispenser ces cours », pense Christophe Sessou. A la question de savoir ce qu’il convient de faire pour donner plus d’opportunités aux apprenants de parler l’anglais, Renaud Tossou répond : « Cela ne dépend pas des enseignants. Ce sont les curricula de formation. C’est le système éducatif mis en place qui pêche. Est-ce qu’il n’est pas tant de le revoir pour que les apprenants soient évalués autrement en primant sur l’oralité de la langue ? »

Lire aussi  La Revue des Titres du Journal Educ’Action du 24/10/2023

Réalisation : La Rédaction

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