Entretien avec Augustin NASSARA ; proviseur fondateur du Lycée technique de Lokossa : «… au niveau du lycée technique de Lokossa nous nous attelons aussi à imprimer l’esprit de création d’entreprise en nos élèves.»

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L’histoire retiendra désormais le nom de Augustin NASSARA comme le proviseur fondateur du lycée technique de Lokossa. Le Professeur de fabrication mécanique fait de son mieux pour inscrire le premier lycée technique à vocation industrielle et tertiaire dans les départements du Mono-Couffo comme centre de référence au Bénin et dans le monde. Tout en nous faisant part des nombreuses difficultés liées au démarrage de cette noble mission que le sort lui a confiée, l’homme nous dévoile sa foi, son ambition et sa volonté qui nourrissent sa détermination pour la concrétisation de sa vision. Aussi, en appelle-t-il à la générosité de tous pour la construction de l’édifice commun.

Educ’Action : Que retenir du lycée technique de Lokossa que vous avez la noble et lourde mission de créer ?

Augustin NASSARA : Le lycée technique de Lokossa est le premier Lycée à vocation industriel et tertiaire dans les départements du Mono-Couffo. Au niveau de l’industrie il y a des filières comme le génie civil, électricité et électrotechnique qui sont déjà fonctionnel. D’autres filières comme le froid et climatisation, la maintenance des véhicules légers, et l’initiation à la maintenance informatique vont démarrer prochainement. En ce qui concerne les filières du tertiaire nous avons la comptabilité, le secrétariat et le commerce. C’est un lycée qui est prévu pour être implanté sur un domaine de vingt hectares à Houin dans la commune de Lokossa. Mais les bâtiments ne sont pas encore visibles pour ne pas dire que rien n’est prêt pour le moment. Le gouvernement nous a prévu dans le budget de 2013 un module de quatre classes mais l’entreteneur traine toujours à démarrer. C’est récemment qu’il a commencé par creuser pour la fondation.

Comment préparez vous vos lycéens pour qu’ils n’aillent pas grossir le rang des chômeurs une fois sortie de ce lycée technique de Lokossa ?
Pour ça il faut taper sur leur psychologie. Au niveau du lycée technique de Lokossa nous nous attelons aussi à imprimer l’esprit de création d’entreprise à nos élèves. C’est ce qui nous a d’ailleurs motivés l’année dernière à effectuer la première sortie pédagogique sur le centre Songhaï à Porto-Novo pour que nos élèves prennent connaissance de ce que ce monsieur fait. Ces exploits sont très motivants et nous pensons que ce sera utile pour faire le déclic chez ces jeunes afin qu’ils puissent commencer par nourrir des ambitions en ce sens. Et quand nous étions partis, les enfants n’ont pas du tout regretté. J’ai organisé cette sortie parce que je savais comme tous ceux qui connaissent Songhaï que ce centre pouvait leur servir d’un exemple motivateur d’auto-emploi.

Quelles sont les consignes que vous donnez à vos enseignants pour qu’ils puissent impacter positivement les élèves ?
La première chose sur laquelle j’insiste surtout est une saine relation maître-élève. Quand l’enseignant n’a pas une maîtrise de soi devant les apprenants, surtout les filles, cela compromet dangereusement son enseignement. Cela déroute notamment le élèves des objectifs des enseignements / apprentissages pour lesquels l’enseignant se bat. Il faut que l’enseignant soit un modèle tout simplement. Quand l’enseignant est un modèle, et qu’il impressionne positivement ses apprenants, ceux-ci vont chercher à lui emboîter les pas et à le prendre comme modèle. Ce sera la meilleure manière à les amener à évoluer. Un éducateur c’est après tout un modèle.

Autrefois logés dans l’enceinte du CEG2 Lokossa, vos lycées partagent actuellement les classes avec les écoliers de l’EPP Lokossa centre tandis que l’autre partie et l’administration sont répartis dans les bureaux du local destiné à la DDESFTP-RIF MC qui menace encore d’intégrer les lieux d’ici peu. N’avez-vous pas l’impression que même dans sa deuxième année d’existence votre lycée n’existe que sur papier ?
Je ne saurais le dire puisque à la fin de cette année, nous aurons notre première promotion au CAP commercial comme professionnel. S’ils passent le CAP, ils vont avoir les diplômes et c’est au lycée de Lokossa qu’ils ont fait leur formation et non ailleurs. Mais ce que nous vivons actuellement, c’est un drame parce qu’un lycée technique n’est pas un CEG. Un lycée technique c’est d’abord des bâtiments et des équipements. Non seulement nous n’avons pas les bâtiments et les équipements, c’est nous même qui faisons des efforts pour pouvoir mettre les élèves à l’aise. Bon ! ça fait partie aussi des expériences parce que dans le monde entier nous ne sommes pas les premiers à vivre cette situation. C’est pourquoi on se bat tous les jours, on ne se décourage pas pour le moment.

A vous entendre, vous ne restez pas bras croisés pour que cela tombe du ciel. Quelles sont les démarches concrètes que vous avez menées jusque là ?
Les démarches ? On en a beaucoup fait. Tout d’abord à notre prise de service en octobre 2012, nous avons cherché à rencontrer le directeur départemental de l’enseignement secondaire, de la formation technique et professionnelle de la reconversion et de l’insertion des jeunes pour lui faire part de nos difficultés à lancer le lycée. Il n’a pas hésité à nous accompagner. C’est lui qui nous a offert les premiers équipements pour lancer les activités. Deux jours après, nous avons rencontré le maire de Lokossa à qui nous avons expliqué comment nous entendons développer ce lycée. Et c’est là nous lui avons fait part de notre projet dénommé « multiple de mille francs » pour la construction du lycée. Notre objectif est de pouvoir atteindre un million de personnes pour que ce lycée soit construit. Parce qu’un million de personnes multiplié par mille, ça nous fait un milliard de francs qui devra permettre de faire quelque chose de très important comme lycée. Nous nous ne sommes pas arrêtés à ce niveau seul. Nous avions touché l’Association de développement du Couffo que préside L’Abbé Jean-Marie Gomido Botchi qui était aussi impressionné par le projet sauf que les frères du Couffo n’ont pas accepté nous accompagner pour des raisons que je ne sais pas.

Les difficultés actuelles sont plus d’ordre financier que technique. Quel message avez-vous à l’endroit des structures et personnes de bonne volonté?
J’en appelle à leur générosité. Comme Jésus l’a dit : tout ce que vous faites à ces petits enfants, c’est à moi que vous le faites. Alors, tout ce qu’ils font à ces jeunes, qu’ils comprennent que c’est à Jésus qu’ils le font, donc à Dieu et ils en obtiendront des grâces. Tout ce qu’ils vont faire pour ce lycée ne sera pas perdu. Les intérêts des jeunes à ce lycée qui se révèle par les inscriptions me font dire qu’il aurait fallu le créer depuis. Puisque c’est fait, il faut que chacun fasse un petit sacrifice pour qu’il soit maintenu et mieux, qu’il soit hissé au rang des grands lycées du monde. Je suis sûr qu’avec la volonté de tous on y parviendra. Comme j’ai l’habitude de le dire ; tout arrive quand on y croit.

Vous croyez en l’avenir de ce lycée et votre volonté vous pousse à faire de votre mieux. Mais au-delà de ça, chacun devra mettre la main à la pâte. Un message à l’endroit des parents, enseignants et élèves ?
Aux parents, je dirai de continuer à nous accompagner. Les parents à travers le bureau de l’association des parents d’élèves et des particuliers le font déjà. Ils sont tous les jours avec nous pour nous demander ce qu’on peut faire, les stratégies à mettre sur place pour qu’on puisse décoller. Je leur demande de continuer à nous soutenir, de nous aider à avoir des contacts. Mon message aux s’élèves se résume dans l’hymne du (LYTPIT) Lycée Technique, Professionnel, Industriel et Tertiaire de Lokossa que j’ai écrit. Je les invite à l’intérioriser.

 

Propos recueillis par
Jonas BOTCHI (Mono-Couffo)

 

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