Entretien exclusif avec le Pr Brice SINSIN, Recteur de l’UAC : 12.500.000 FCFA mobilisés pour le téléthon, les dons toujours attendus

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Ingénieur Agronome-Forestier de la F.S.A./Université d’Abomey-Calavi (UAC) Bénin ; Docteur en Sciences Agronomiques de l’U.L.B., Belgique ; Professeur Maître de Conférences (C.A.M.E.S.), Professeur-Chercheur en Ecologie Tropicale à la Faculté des Sciences Agronomiques, Brice SINSIN est l’actuel recteur de l’Université d’Abomey-Calavi. Il est auteur et coauteur de plusieurs travaux de recherche depuis 1991. Sous sa vision, l’Université de tous les maux, est en plein chantier. Du téléthon aux réformes académiques et pédagogiques, le recteur ne veut laisser nulle place où la main ne passe et repasse. La truelle en main, le recteur charismatique travaille à fédérer toutes les énergies actives et passives pour bâtir les cadres et les présidents du futur. Malgré les nombreuses difficultés qui jalonnent cette tâche, Brice SINSIN s’y adonne avec courage et passion. Il a accepté de partager avec nous ses expériences.

Educ’Action : Professeur SINSIN, vous avez réussi, l’année dernière, pour la 1ère fois, à offrir aux étudiants, enseignants et personnel administratif, une année académique normale avec des vacances. Quel est le secret de cette réussite ?

Pr SINSIN : Avant tout, ce sont ceux qui ont contribué à normaliser l’année qu’il faut remercier en commençant par les enseignants qui ont su donner leurs cours de manière modulaire, semestrialisée, qui ont respecté aussi les rigueurs d’un calendrier normalisé, ensuite, les étudiants, notamment ceux qui sont dans les grandes facultés et qui apprennent la semestrialisation, la mise en module des enseignements. Ce qui raccourcit forcément la durée des cours, qui, normalement était dispensée de manière relativement souple mais sur plusieurs mois. Donc ça nécessite beaucoup plus d’attention, beaucoup plus de concentration de la part de ces étudiants. C’est la somme de cette convergence de facteurs qui a fait que nous avons eu une année normalisée et forcément quand l’année est normalisée, les vacances sont lisibles et la reprise aussi est relativement facile à faire.

L’UAC, sous vos auspices, a lancé un téléthon. Quelle est la réponse à cet appel lancé au monde ?
Le monde francophone n’est pas tellement habitué notamment les africains je veux dire, à ces genres d’action. Nous ne sommes pas tellement habitués à utiliser les atouts d’une mobilisation commune de ressources pour bâtir une œuvre commune. Les anglo-saxons nous dépassent largement sur ce plan, étant donné que dans une université, vous avez ce qu’on appelle par exemple Alumni, c’est l’association des anciens qui ont fait cette université, qui ont des diplômes grâce auxquels ils ont pu avoir des positions par-ci, par-là. Et en reconnaissance à tout ce que l’université a fait pour eux, ces anciens peuvent financer la construction de laboratoires, contribuer à telle ou telle construction d’infrastructures ainsi de suite et ça crée une communauté, ça crée une famille, un esprit d’école qui est bien vanté. Pour les imiter nous avons des besoins en infrastructures, on s’est dit pourquoi ne pas faire appel à tous ceux qui, d’une façon ou d’une autre, aiment cette université, ont profité de cette université pour construire leur parcours professionnel, s’ils peuvent venir nous aider à faire ces constructions d’infrastructures. C’est un peu l’esprit et le sens du téléthon. Il y a eu beaucoup de réponses, ce n’est pas encore suffisant étant donné qu’on s’est fixé comme plafond un peu plus de cinq cent millions (500.000.000), c’est aujourd’hui presque le quart que nous avons réussi à mobiliser. Pour une première, je ne suis pas déçu. Je pense qu’il faut encore maintenir l’effort en animant encore une ou deux fois, des émissions telles que nous l’avons fait récemment parce que pour des émissions, j’ai l’impression que ça rentre plus dans le cœur des béninois et forcément du cœur, ça passe à la poche. Et c’est ce qui nous intéresse.

Vous avez estimé à environ vingt deux mille (22.000) étudiants cette année. Combien étaient-ils l’année dernière pour combien de facultés et d’écoles ?
Nous avons tourné avec les absentéistes et autres autour de quatre vingt – quatre vingt eux mille (80.000 – 82.000) étudiants pour une présence en salles estimée autour de quatre vingt quinze mille (95.000) étudiants. Cette année, au regard des résultats du baccalauréat, c’est à peu près trente deux – trente trois mille (32.000 – 33.000), s’il y a beaucoup qui reviennent de l’étranger avec un Bac qui vont frapper à nos portes au niveau des trois (03) universités qui sont créées. Donc l’estimation que nous avons eu à faire à l’UAC, c’est qu’on s’attend autour de vingt deux – vingt trois mille (22.000 – 23.000) que nous allons répartir dans les trente et une (31) institutions que nous avons, et c’est sur quatre (04) grosses facultés que ce poids va peser, la FLASH, la FAST, la FADESP et la FASEG.

Il est un secret de polichinelle que l’UAC n’est pas dans sa grande forme. Quels sont les défis auxquels vous faites face aujourd’hui ?
C’est le taux de l’encadrement. Chaque année, l’Etat fait un effort, je ne dirai pas que c’est négligeable en nous donnant cent (100) postes à recruter mais pour l’UAC seul, même si je recrute trois cents (300) enseignants, mes collègues seront encore face à des effectifs relativement élevés. Pour la grande FLASH estimée à plus d’une trentaine de milliers d’étudiants, ils sont moins de deux cents (200) enseignants. Vous voyez, le taux est relativement faible. Donc même si je leur donne tout de suite aujourd’hui trois cents (300), cinq cents (500) enseignants, ils seront toujours face à un grand effectif. Mais là, n’est pas tout le problème. Si nous avons accepté donner cours à un grand effectif, il faut aussi trouver les salles de cours, les amphithéâtres et là aussi, nous sommes toujours dans un rapport de 1 sur 10. On devrait être autour de quatre cents à cinq cents (400 – 500) salles de classes mais on tourne aujourd’hui autour d’une quarantaine. Donc, c’est tout ça qui fait qu’on doit se battre pour relever ces défis au nombre desquels, défis en personnel enseignant, il faut recruter, recruter, et recruter tout au moins sur les cinq (05) ans à venir, il faut que nous puissions taper dans les mille enseignants à recruter. C’est une obligation, c’est un devoir. Nous parlons de ceux qui vont diriger ce pays demain. Il n’y a pas de raisons à dire, face à mes enfants, je vais démissionner. Donc, c’est une obligation d’investir dans l’éducation des enfants. Demain, on va accuser, le Bénin produit beaucoup de bandits, de gangs mais c’est aujourd’hui qu’on a commencé à les produire. Ce n’est pas demain quand ils vont braquer qu’il faut les accuser, c’est aujourd’hui qu’il faut rapidement investir pour que nous puissions avoir un bon taux d’encadrement de nos étudiants qui étudient dans des salles relativement aérés et confortables.

Des défis appellent forcément des réformes et on peut dire que vous avez aussi ouvert ce chantier. Quelles sont les principales réformes que vous avez engagées pour le compte de l’UAC ?
Disons qu’on a commencé par là. La première à savoir ce qu’on appelle une année académique. C’était la première grande bataille. L’autre grand chantier aussi, vous savez l’Etat a accompagné les universités en disant nous changeons de système. Nous connaissons notre système classique de Licence, Maîtrise, Dea, Doctorat ou d’Ingénieur, Maîtrise, Dess et Doctorat. Aujourd’hui, on nous parle du système LMD (Licence-Master-Doctorat) en demandant de former beaucoup plus pour des compétences directement monnayables, de former pour des Masters professionnels, pour des Masters de recherches et naturellement, le Doctorat. C’est un processus qui a commencé depuis les années 2006, entré en phase d’application dans les années 2008 pour les premières écoles qui ont démarré cela et il nous faut réellement poursuivre la maîtrise de ce système LMD. Je crois que c’est un très gros chantier. Il y a tout ce qui est administratif. Avec les nouveaux problèmes de mise en œuvre de notre plan relativement ambitieux pour l’université, il s’est tout de suite dégagé la nécessité de créer de nouveaux services. Service, chargé par exemple de l’environnement, du cadre de vie dans lequel nous sommes, un service qui s’occupe de la sécurité, ainsi de suite. Donc, il y a une restructuration nécessaire pour pouvoir réellement atteindre nos objectifs de développement de notre université. Ce sont aussi des réformes qui ont été entreprises par rapport à la promotion des enseignants pour leurs aptitudes sous-régionales au CAMES. Il y a eu aussi des réformes qui ont été mises en place pour que les dossiers ne soient plus simplement directement envoyés, que ces dossiers soient revus, retraités ici avec tout ce que nous pouvons déjà apporter comme amélioration avant de les envoyer à l’étranger. Ce sont là, entre autres les grands chantiers de réformes.

Lors de cette rentrée académique, vous avez parlé d’une assurance maladie au profit des étudiants. Est-ce le prolongement du Ramu décrété par l’Etat central ou s’agit-il d’autre chose ?
Moi, je suis un ingénieur. Quand je suis en face d’un problème, je vois quelle est la solution. Il en est de même pour notre équipe aussi. Nous sommes dans la démarche de la résolution d’un problème, on tente une première solution mi fic mi raisin, ensuite, on va à quelque chose d’autre pour l’améliorer. Ce que normalement l’université devrait offrir aux étudiants, c’est ce qu’on appelle la visite médicale. Mais la visite médicale pour quatre vingt mille (80.000) étudiants, avouez qu’on essaie de rapidement voir ce qui peut être mieux. Est-ce que nous pouvons améliorer le système parce que ce que nous désirons de l’étudiant, c’est qu’il se porte bien, quand il tombe malade, au moins quelque chose lui donne une garantie qu’en se présentant à l’hôpital, il pourrait être soigné entre autres. Donc, c’est ça qui a fait que nous avons converti l’effort financier que nous investissions dans la visite médicale, on l’a converti en assurance auprès des sociétés d’assurance. Assurance maladie avec négociation pour que ça devienne assurance accident avec possibilité que ça puisse couvrir les consultations, et si c’est des cas d’accidents, automatiquement que l’étudiant soit traité. Mais notre intention, c’est d’aller carrément jusqu’à les prendre en charge pour toutes les causes et formes de maladies possibles.
Le bras de fer étudiants-rectorat a été souvent un goulot d’étranglement pour le bon fonctionnement des activités académiques à l’UAC. Quelles sont vos stratégies pour inverser la tendance ?
C’est vrai lorsque vous lancez sur la place publique de nouvelles réformes décrétées, souvent l’augmentation de tels ou tels frais, il y a toujours une réaction mais nous discutons toujours avec les étudiants, avec le personnel, avec nos collègues de l’intérêt de telle ou telle mesure qui deviennent réalité. Ce qui n’est souvent pas dit, c’est qu’avec les étudiants et les collègues chefs d’établissements, nous avons annulé beaucoup de frais qu’ils payaient, nous avons réduit beaucoup de frais qu’ils payaient à leur grande satisfaction parce que si on laissait les choses telles qu’elles, ces frais cumulés, dépassent de loin et de plusieurs fois ce qu’ils paient comme frais d’inscription ou ce que l’Etat paie à leurs places comme frais d’inscription pour ceux qui ne sont pas boursiers dans les facultés. En compensation, dans de très moindre proportion, on s’est dit que ceux qui, par exemple, bénéficiaient de la mesure de gratuité et qui en abusaient, ou l’interprétaient à leur manière comme étant des frais, des facilités leur permettant d’aller s’inscrire dans deux ou trois facultés, nous leur maintenons leur gratuité pour leur inscription principale, et les frais qu’ils engendrent en allant s’inscrire par-ci, par-là (imaginez vous pour de grandes facultés comme la FLASH, la FADESP, la FAST, et la FASEG) quand on lance les examens, c’est plusieurs copies que vous, vous commandez simplement sur la base nominale des intentions d’inscription ou de ce que vous avez sur papiers comme inscription. Vous engagez tous ces frais et au finish, vous vous rendez compte que non, le monsieur est juste venu prendre une inscription pour peut-être avoir son secours mais il se consacre à ce qu’il a pris en principal. Et personne n’est là pour compenser cela. Donc ça fait énormément de pertes générées. Et même, nous sommes des éducateurs, ce n’est pas en essayant d’apprendre aux jeunes à tricher avec les lois, à tricher avec les textes, à tricher avec des décisions qui sont prises que nous allons être de bons éducateurs. On leur a expliqué que non, la gratuité, c’est pour que vous puissiez venir à l’université et étudier. Mais on étudie toujours dans son champ principal. Si vous-même, vous prenez la décision de dire, j’irai ailleurs, il ne faut pas toujours chercher à tirer profit, bénéfice de quelque chose. Il faut vous dire aussi qu’il y a des charges qui accompagnent nos indépendances que nous vous offrons allègrement. Donc il est nécessaire de supporter ces charges surtout lorsqu’on sait tout ce qu’on leur a déjà fait au grand mécontentement des chefs d’établissements qui s‘en plaignent. Nous sommes dans un système démocratique et aussi de dialogue. Tant que quelqu’un dit je ne suis pas d’accord et on négocie, on voit, je crois que c’est de leur droit que de dire leur ressentiment par rapport à la mesure qui est prise. Mais tant que quelqu’un va nous casser le peu d’infrastructures qu’on a difficilement mis en place, tant que quelqu’un va se dire, moi, j’ai tous les droits, j’ai la bonne musculature, j’irai taper sur quelqu’un avec du bâton, avec la main, il rentre automatiquement dans le champ du droit public et on lui applique la dernière rigueur de ce que la loi met en place pour réprimer ce genre de comportement. Il n’y a rien à faire. Ça, ils n’ont qu’à compter sur moi. On ne va pas transpirer pour construire un peu et d’autres voyous viendront casser au nom de leur propre liberté. Ça ne passera pas.

Certains enseignants sont accusés de favoriser les étudiants moyennant des sommes d’argent et des droits de cuissage. Comment gérez-vous ces enseignants et quelles garanties donnez vous aux étudiants en général et aux étudiantes en particulier ?
Dites vous, ce n’est pas à l’université qu’il faut venir chercher les supers citoyens béninois. Ça devrait être à l’Assemblée mais je ne suis pas sûr que nous en ayons un gros paquet à l’Assemblée. Non, je pense fondamentalement que l’université est le reflet de la société. Il y a un peu de tout : les honnêtes citoyens, ceux qui utilisent les facilités, ceux qui sont conscients de leurs forces, de leurs positions sociales et qui abusent du pouvoir, ainsi de suite…même au sein des étudiants, c’est pareil. Il y a aussi tout un groupe d’étudiants qui terrorisent d’autres, qui font du harcèlement sur les jeunes filles… Nous avons un peu de tout ici. Ce qu’on essaie de faire, c’est que chaque fois quand les faits sont révélés, automatiquement, on prend des mesures réactives, on essaie de censurer autant que faire se peut ce genre de comportement largement déplorable. Il faut toujours se dire que chacun est venu ici pour bénéficier de l’indépendance qu’offre un milieu académique. Ce qui nous est chère, c’est la franchise universitaire telle qu’on la partage et chacun y a droit. Donc, nous essayons de régler ces problèmes de société.

A l’orée de la nouvelle rentrée universitaire, quel message avez-vous à l’endroit de la communauté universitaire et des autorités gouvernementales ?
D’une manière générale, lorsqu’on sort de repos et qu’on rentre dans une nouvelle année, c’est d’utiliser cette énergie à bon escient. Pour les uns, bien apprendre, être assidus aux cours. Pour les autres, bien préparer leurs enseignements, dispenser le cours de la meilleure manière possible pour réellement rendre tout ce qu’ils ont comme génie, comme compétence afin de les faire profiter à leurs étudiants aussi. Pour le personnel administratif, c’est encore l’occasion d’accueillir les nouveaux bacheliers, ceux qui reviennent des vacances, et que le service soit vraiment pour aider l’enseignant, pour aider l’étudiant dans son séjour ici sur le campus. A nos autorités au sommet des décisions, il est nécessaire que le cri d’alarme qu’on poussait depuis longtemps à savoir les infrastructures, le personnel d’encadrement soit entendu. Il est nécessaire qu’on accorde une priorité absolue et soutenue aux établissements de formation à l’université. C’est extrêmement important parce que personne n’a envie de voir des délinquants dans la rue demain. Ce n’est pas un luxe, c’est une nécessité et c’est un droit humain de bien former mais vraiment de bien former nos enfants. On ne le dira jamais assez, cet investissement n’est pas à comparer à la micro finance, aux sports ou à autre chose. Vous voulez d’une belle route, formez maintenant les compétences pour avoir une belle route. Vous voulez bien former les gens au primaire, mettez les moyens pour qu’on puisse bien former le professeur du supérieur qui formera le professeur du secondaire et ainsi de suite. C’est ainsi que nous pourrons réellement réussir la construction de ce pays. Donc, j’appelle toujours à une priorité forte pour l’éducation pour les universités.

La Rédaction

 

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