Franck Arnaud Sedjro, président du Comité National Praque Bénin, à propos de l’analphabétisme : « Si nous voulons aller au développement, il va falloir régler ce problème. »

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Le secteur de l’alphabétisation continue d’être le parent pauvre du secteur de l’éducation au Bénin, et dans la majorité des pays d’Afrique subsaharienne. Afin de renverser la tendance, le Programme d’Appui à la Qualité de l’Education en Afrique de l’Ouest  (PRAQUE AO) a été instauré pour mener le plaidoyer en faveur d’une place plus accrue de l’alphabétisation dans les systèmes éducatifs des pays impactés : le Burkina Faso, le Bénin, le Mali, le Niger et le Togo. Dans cet entretien, Franck Arnaud Sedjro, président du Comité National Praque (CNP) Bénin, peint la situation de l’alphabétisation au Bénin. Bonne lecture !   

 

Educ’Action : Quelles avancées notez-vous aujourd’hui dans le système éducatif ?

Franck Arnaud Sedjro : Il faut dire que ces dernières années, beaucoup d’efforts ont été faits pour améliorer la qualité de l’éducation et faire en sorte que l’éducation soit inclusive. Ceci à travers la construction des infrastructures adéquates pour les personnes en situation de handicap. Il y a aussi le programme de cantines scolaires qui fait aussi des merveilles et la formation des enseignants.

Quels sont les défis à relever aujourd’hui dans le secteur de l’éducation selon vous ?

Les défis sont le recrutement d’enseignants de qualité, l’amélioration des curricula et la disponibilité des enseignants sur tout l’ensemble du territoire. L’autre grand défi qui me concerne particulièrement, c’est la situation du sous-secteur de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales. Les acteurs à ce niveau font beaucoup d’efforts. Le gouvernement a aussi fait de grands efforts pour améliorer le budget de ce sous-secteur afin de faire davantage sa promotion. Nous estimons que l’Etat peut mieux faire parce que l’alphabétisation n’est pas seulement la lecture et l’écriture. Aujourd’hui, les apprenants doivent ‘’savoir pour pouvoir’’. Cela veut dire que les bénéficiaires des programmes d’alphabétisation doivent être capables d’utiliser leurs connaissances au quotidien dans leurs actions afin de contribuer, de leur façon, au développement économique national. C’est dans ce sens que la coopération suisse avec quelques acteurs de développement a décidé de mettre en place le Programme d’Appui à la Qualité de l’Education (PRAQUE) dans cinq pays : le Bénin, le Mali, le Togo, le Niger et le Burkina Faso.

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Pour la mise en œuvre de ce programme, une stratégie de plaidoyer a été élaborée. Afin de maximiser les chances de réussite, des comités nationaux de plaidoyer ont été mis en place. Ces comités doivent accompagner les différentes institutions chargées de mener à bien les activités. Ces institutions sont l’Ecole Normale Supérieure (ENS) de l’Université Abdou Moumouni du Niger, l’Institut de Formation en Alphabétisation et Education Non Formelle (IFAENF) du Niger et le Pamoja Afrique de l’Ouest qui assure la coordination du processus. L’ENS offre des possibilités de formation en master en Conception et Gestion des Innovations Pédagogiques (CGIP) et l’IFAENF assure la formation continue afin qu’on ait des cadres aguerris dans le secteur de l’alphabétisation et de la promotion des langues nationales.

Quelle est la réalité des chiffres dans le sous-secteur de l’alphabétisation aujourd’hui ?

Le Bénin a encore du chemin à faire en matière d’alphabétisation. En attendant les chiffres du recensement général de la population, nous sommes à environ 60% de personnes analphabètes chez nous, avec plus de 68% pour les femmes. La situation demeure préoccupante. Si nous voulons aller au développement, si nous voulons entretenir tout ce qu’on est en train de faire de bien par ici, il va falloir régler ce problème. Il faut que ces personnes qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’école puissent comprendre le sens de ce que le gouvernement est en train de faire, qu’ils comprennent qu’il s’agit de leur chose, que chacun puisse entretenir les différentes infrastructures, que chacun mette la main à la pâte pour que les actions en cours puissent prospérer. Aussi que chacun puisse contribuer, à sa manière, au processus de développement de ce pays.

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Quelle est la cible que vous visez dans les programmes d’alphabétisation ?

L’alphabétisation touche toutes les personnes qui n’ont pas eu la chance d’aller à l’école et celles qui ont été très tôt déscolarisées. Concernant aussi celles qui ont été déscolarisées, aujourd’hui, il y a les alternatives éducatives qui les récupèrent, mais ce n’est pas encore suffisant. De ce côté-là, on doit encore travailler à augmenter le nombre de structures qui y travaillent afin qu’on ait plus de chance de récupérer toutes ces personnes qui sortent prématurément du système éducatif afin de leur donner une deuxième chance d’enseignement-apprentissage. Plus particulièrement, selon les options du gouvernement, ce sont les hommes et femmes de métier, les artisans qui sont concernés. C’est en vue de les aider à améliorer les services et les produits qu’ils mettent à disposition des populations.

Que faire pour améliorer le visage de l’alphabétisation au Bénin ?  

Il faut continuer le plaidoyer auprès de l’Etat afin que nos gouvernants comprennent que l’alphabétisation est la clé de voûte de notre développement. Si c’est une minorité qui travaille au développement, nous ne sommes pas sûrs d’avoir un développement durable. Il faut que tous les citoyens, tous les acteurs de la société puissent apporter leur contribution. Pour cela, il faut alphabétiser les populations afin qu’elles entrent dans les rangs, comme toutes les personnes qui peuvent contribuer au développement. Il serait bien qu’on remette en place un ministère de l’alphabétisation pour que le processus de lutte contre l’analphabétisme qui va nous engager puisse se faire avec ardeur afin qu’on atteigne les objectifs.

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Aujourd’hui, le sous-secteur de l’alphabétisation est logé au Ministère des Enseignements Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle (MESTFP). Nous pensons que ce sous-secteur est le parent pauvre en matière de financement, car à la date d’aujourd’hui, le budget qu’on lui alloue n’atteint pas les 1% du budget entier du secteur de l’éducation. Nous attendons de l’Etat qu’il fasse comme l’UNESCO le demande : porter au moins à 3% le budget alloué à l’alphabétisation dans l’ensemble du budget de l’éducation. Il faut reconnaître que ce gouvernement fait des efforts parce que l’année dernière c’était à 0,21%. Cette année, le budget est passé à 0,22%. Et j’apprends dans les coulisses que cette année il y aura des améliorations. Je remercie déjà le gouvernement pour ces efforts et j’espère qu’il y aura effectivement de l’amélioration.

Propos recueillis par Adjéi KPONON 

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