Hygiène corporelle des filles en milieu scolaire : Quand les menstruations étouffent dans l’œuf le rêve des apprenantes !

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Elle est bien connue des femmes pubères, mais les hommes ignorent comment elle se passe en réalité. Elle, c’est la menstruation. Sa régularité est gage de confiance et de sérénité chez ces êtres du sexe féminin et mieux, prédispose l’élève fille à un cursus scolaire ou académique sans embûches. Ainsi, loin des maternités, l’apprenante suivie et bien encadrée par les parents ou la communauté scolaire, reste un motif de satisfaction et une source de développement. Seulement, les menstruations mal gérées ont bien souvent des conséquences sur les performances scolaires des filles. Educ’Action arpente, cette semaine, les couloirs de cette thématique pour comprendre comment les élèves filles gèrent-elles leurs règles en milieu scolaire? Le calvaire des apprenantes dans quelques collèges de Houéyogbé, Lokossa et Aplahoué, c’est ici !

«On était au cours de philosophie en classe de second quand j’ai senti que ma robe kaki était mouillée. Je me suis levée pour vérifier et j’ai constaté que ma robe était vraiment tachée de sang derrière. » C’est en ces termes que Carole Emèfa Tchalako, élève en classe de Terminale D au CEG2 Azovè, s’est mise à nous conter sa douloureuse expérience de menstruation, pour la toute première fois. Tout comme elle, beaucoup d’apprenantes pubères ont vécu cette situation souvent très gênante dans nos collèges, lycées et même dans les écoles primaires des villes et campagnes. Ce jour-là, confiait Carole, ‘’j’ai pu sortir de la classe grâce à une camarade qui m’a passé son pagne avec lequel je me suis couverte pour rentrer à la maison.’’ Si Carole a pu s’en sortir aussi facilement, certaines filles sont parfois obligées de quitter les cours, toute honte bue, pour aller faire leurs toilettes intimes à la maison quand elles sont surprises par les règles. Rachelle, 18 ans, élève au CEG2 Azovè qui avait fait la dure expérience, a confié que parfois, l’écoulement est tellement abondant que la jeune fille est aussitôt exposée, essuyant les invectives des jeunes gens et camarades de classes. Selon elle, sortir de la classe quand on est surprise par les règles relève d’une véritable mise en scène dont seules les filles connaissent le secret par solidarité féminine. Et c’est Grace Edah de la Terminale D au CEG2 Azovè qui en fait le témoignage. « Pour y arriver, on attend que le dernier garçon sorte de la classe et cela se passe en un temps record pour ne pas attirer l’attention de ces ‘’messieurs’’, car s’ils le savent, ce sont des moqueries à ne pas en finir ou parfois ils ont d’autres idées arrêtées que les explications n’arrivent jamais à élucider », a-t-elle expliqué, très sérieuse.

Des railleries des garçons…

« Je ne sais pas si c’est parce que ces garçons n’ont jamais eu une telle chose ou pas. Ils se moquent tellement de nous en ces circonstances qu’il vaut mieux se cacher pour ne pas attirer les regards et se sauver des moqueries », a précisé Rachelle. De l’avis de l’apprenante, une de ses amies de classe, battante, a dû renoncer aux cours et définitivement pour avoir été humiliée par une bande de garçons qui l’a vue toute mouillée. Parmi ces garçons, bourreaux des jeunes filles du collège, figure Horacio Sèwadé. Il confie souriant à Educ’Action que c’est tout simplement amusant. « On entend parler des menstruations, mais quand on voit ça chez les filles, ça nous amuse et nous poussons des cris ou des slogans juste pour se moquer d’elles », a-t-il lâché sans trop mesurer la portée de l’acte. Le surveillant général du CEG2 Lokossa, Narcisse Satchivi, confirme que les filles se plaignent souvent de ces genres de moqueries et qu’il essaie, à son tour, de sensibiliser les élèves garçons pour que ces railleries ne perdurent. Dégbévi Conceptia de la Terminale A au CEG Houéyogbé insiste, cependant : « la honte qui se dégage des plaisanteries des garçons fait que certaines filles rentrent à la maison pour ne plus jamais revenir en classe ou y retourner des semaines bien après », se désole-t-elle.

Quand des professeurs en rajoutent à la souffrance des filles…

Il n’y a pas que les jeunes garçons qui alourdissent la souffrance des apprenantes en situation de menstruation. Aux dires de celles qui se sont prêtées à nos questions lors de ce constat de terrain, des enseignants se mêlent également à ce jeu de mauvais goût. « Parfois, les professeurs nous désignent ou nous demandent d’aller au tableau et on n’arrive pas à se lever parce qu’on est tachée. Quand on ne s’exécute pas, ces professeurs ne nous comprennent pas. Certains nous traitent d’indisciplinée, d’autres nous font lever de force malgré notre état, nous jetant ainsi en pâture », a déclaré Rachelle, visiblement remontée. Elle est soutenue par son compère Grace Kussodé de la Terminale D au CEG2 Azovè. Cette dernière estime que c’est une injustice que les professeurs les punissent dans ces conditions. « J’étais en classe de seconde quand j’ai été surprise par les règles et le professeur m’avait désignée pour aller au tableau. Ne pouvant pas être plus explicite, je lui ai simplement dit que je ne peux pas aller au tableau. Il dit que c’est un manque de respect que de s’exprimer ainsi et me demanda de sortir de la classe. Je lui ai aussi dit que je ne pouvais pas sortir et ce fut le comble. Il m’a traitée de tous les mots, que je suis fille gâtée qui faisait mes caprices et il m’a collé des heures. », a-t-elle témoigné. Pour Laurenda Gbaklo du CEG Houéyogbé, « certains professeurs vont jusqu’à forcer la fille à se lever. Ceci crée une situation de tumulte au sein des filles qui se soulèvent pour exiger que leur collègue ne bouge pas. » Carole Tchalako déclare que pour couper court à tout, elle ment souvent hélas aux professeurs qu’elle est tellement malade pour ne pas se faire plus explicite et subir les moqueries des garçons. En réponse à cet état de chose, Barnabé Houngnihin, censeur au CEG2 Azovè, précise que la jeune fille surprise par les règles devrait se rapprocher de la surveillance ou du censorat pour expliquer sa situation. « Si après explications, nous comprenons que c’est une réalité, on l’autorise si elle est au cours à passer le pagne d’un de ses camarades pour se protéger. » Le second aspect, dit-t-il, est que si elle constate effectivement qu’elle est tachée en classe, elle peut aussitôt passer le pagne d’une de ses camarades pour se couvrir. « Mais si le professeur constate sans explications l’usage du pagne par la fille en classe, il pourra la renvoyer, ce qui est normal parce que la tenue réglementaire en classe selon les textes, c’est le kaki. La fille peut toutefois s’expliquer, mais si le professeur n’est pas convaincu il la renverra à l’administration qui après l’avoir écoutée, peut l’autoriser avec un papier à aller en classe. », a expliqué le censeur. Ce développement du responsable de l’école ne tiédit pas la position des apprenantes, victimes. Bénédicte Akpo du CEG1 Lokossa confesse qu’il y a certains professeurs qui sans voir, pensent que ce sont des mensonges inventés par les filles pour ne pas aller au tableau. Elle plaide donc pour la compréhension des professeurs. « S’ils désignent une fille qui a du mal à se lever, les professeurs doivent imaginer un peu la raison et essayer de ne pas la réprimander tout de suite », a-t-elle conseillé. Romule Boco, enseignante d’EPS au CEG2 Lokossa, estime que ce n’est pas de la faute des filles si elles n’arrivent pas à parler de ce sujet avec les professeurs. « C’est parce qu’elles n’ont pas reçu une éducation qui leur permet de parler de n’importe quoi avec n’importe qui et n’importe où. Même à la maison, c’est difficilement qu’on aborde ces sujets avec elles. », a-t-elle argué.

Des conséquences de la menstruation sur le rendement scolaire des filles…

Au-delà des accroches et des humeurs, les textes ne semblent pas trop flexibles dans ce sens pour encourager le rendement scolaire des filles. Grace Kussodé, qui souffre des règles douloureuses, confesse qu’en ces périodes, quand le professeur fait le cours, elle n’arrive pas à bien suivre. Elle est plus concentrée sur son mal et n’assimile pas du tout le cours. Parfois, elle est contrainte de partir chez elle. Seulement, elle se désole qu’il n’ait pas été prévu dans le dispositif scolaire un calendrier pour des séances de rattrape en direction des filles qui absentent pour des raisons de menstruation. Une autre qui a tait son nom déclare qu’elle abandonne carrément les cours pendant les menstruations. « J’ai même raté une fois les devoirs trimestriels à cause des menstrues parce que cela me faisait très mal. Rater des cours et des évaluations, c’est perdre du temps. Et le temps perdu ne se rattrape plus. Par conséquent, les règles retiennent aussi les élèves filles dans leurs rendements scolaires. » a-t-elle conclu.

Menstruation et santé des adolescentes…

Souvent livrées à elles-mêmes et prisonnières de la souffrance, les élèves filles trouvent souvent refuge dans l’automédication à la recherche des calmants. Ce qui n’est pas sans conséquences sur leur santé. « Comme on n’a pas la possibilité d’aller à l’hôpital pour se faire consulter chaque fois pour des questions de règles douloureuses, nous nous conseillons entre amies les médicaments qu’on peut prendre pour calmer les douleurs. Ces médicaments, nous les prenons souvent dans les marchés », a confié Grace Kussodé. Freitas Bayi épouse Essou, sage-femme responsable de la Maternité d’Aplahoué, dit avoir constaté dans sa zone sanitaire que les adolescentes ne fréquentent pas les maternités parce qu’elles craignent les regards des adultes qui ne comprennent pas ce que la jeune fille peut venir chercher à la maternité. Or, poursuit-elle, la maternité ne traite pas que des questions de grossesse ou d’accouchement. « Il y a bien de choses dont on peut discuter avec ces filles pour les aider à avoir une bonne santé », a-t-elle clarifié.

Hygiène et intimité des élèves filles en menstruation…

En plus de l’inexistence des infirmeries dans beaucoup de cas, les établissements scolaires ne disposent pas habituellement des toilettes appropriées où les élèves filles peuvent changer les couches et se soulager. « Ce que nous avons ici au CEG2 Azovè, c’est un WC et il n’y a pas un coin où nous pouvons nous cacher pour mettre ou changer les couches. Nous nous rendons chez nos amies proches d’ici pour le faire », nous a confié Carole Emèfa Tchalako. Laurent Tchètchè, directeur de ce collège, reconnaît qu’il n’y a pas vraiment dans son établissement un lieu où les filles peuvent faire leur toilette en cas de règles. Pour pallier cette insuffisance, il envisage un genre d’urinoir un peu caché dans le collège où les élèves filles peuvent se soulager et faire leur toilette intime en cas de menstruation. « Nous sommes en train de penser à des urinoirs derrière les blocs pour leur faciliter la tâche dans ce sens », a rassuré le directeur. Rachelle Biley souhaite, pour sa part, que ça soit des toilettes bien construites avec des pompes où elles peuvent se mettre à l’aise pour se changer. Aussi, a-t-elle imploré l’indulgence des autorités afin de doter les collèges d’infirmerie où les filles peuvent se rendre, surtout en cas de règles douloureuses pour les soins sur place et avoir des médicaments pour calmer les douleurs. A en croire la sage-femme Freitas Bayi épouse Essou, les règles douloureuses sont des moments cruciaux non pas seulement pour les filles à l’école. « Ce n’est pas aussi facile pour les adultes qui en souffrent. Mais les adolescentes ont particulièrement besoin d’accompagnement et des consultations médicales pour savoir de quoi il est réellement question », a-t-elle indiqué. Grace Kussodé demande qu’on entretienne les jeunes sur ces genres de sujets pour les amener à mieux connaître leur corps et à ne plus être surprises par les règles, et savoir les aliments et les médicaments à prendre pendant les règles pour ne pas saigner trop abondamment et trop souffrir en plein cours.
En somme, le combat pour l’instruction des filles occulte très souvent l’impact des menstrues sur leurs rendements scolaires. Cette incursion dans le jardin secret des femmes pour aborder la menstruation des filles en milieu scolaire s’inscrit juste dans une démarche d’appel à la conscience pour lever, un à un, les obstacles à l’éducation de qualité. Et la menstruation en milieu scolaire en fait partie.

Jonas BOTCHI (Mono-Couffo) & Serge David ZOUEME

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