Inscription précoce des écoliers dans les classes de CI : La pratique des ‘‘auditeurs libres’’, un couteau à double tranchant

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Une catégorie d’écoliers dans les écoles primaires notamment dans les classes de CI, appelée auditeurs libres, est plus ou moins admise dans les écoles primaires aussi bien privées que publiques. Appelés auditeurs libres, ces écoliers sont traités d’une façon particulière. Quelle est cette catégorie d’écoliers et en quoi consiste-t-elle ? C’est pour mieux comprendre la notion d’auditeur libre et ses implications qu’une équipe du journal Educ’Action a sillonné la semaine écoulée, certaines écoles de Cotonou dans lesquelles la pratique est en vogue. Constat d’une descente sur une pratique novatrice, c’est à travers ce mini-dossier !

Ils sont dans les classes de CI aussi bien dans les écoles privées que publiques, en uniforme ou en tenue kaki. Assis comme tous les autres enfants de cette classe de CI, ils reçoivent cependant moins d’attention que les enfants qui sont inscrits dans la classe de CI à l’âge requis par les textes en vigueur. Eux, ce sont les enfants dits ‘’auditeurs libres’’. En effet, un enfant auditeur libre, c’est cet enfant qui est accepté dans les classes de CI (sans avoir l’âge requis pour commencer le Cours d’initiation) sur la demande des parents pour, une année durant, prendre part et s’habituer à l’ambiance ou encore aux réalités qu’il doit affronter les années à venir. Dans nombre d’écoles de la place, cette pratique a pendant longtemps existé et continue d’exister même si les textes qui régissent l’âge d’admission dans les classes de CI (4ans et demi) semble ne pas réglementer au mieux la chose dans les écoles. Pour mieux comprendre cet état de chose, une équipe de votre journal Educ’Action a fait une descente sur le terrain. Au nombre des écoles primaires sillonnées, le complexe scolaire protestant de Godomey. Dans cette école, cette pratique est encore d’actualité selon ce qu’a confié le directeur dudit complexe, le pasteur Christophe Guédjé. « Les enfants auditeurs libres représentent les 1% de l’effectif total dans mon l’école. Ce sont des enfants qui sont inscrits dans les classes de CI très jeunes à défaut de faire la maternelle », a expliqué le directeur. Selon cette autorité du complexe scolaire protestant, cette pratique n’est inscrite nulle part dans les textes qui régissent le monde scolaire au Bénin. « Il n’y a pas de texte qui autorise qu’on accepte les enfants dits ‘’auditeurs libres’’ et cette catégorie d’écoliers n’existe même pas », a reconnu le directeur avant d’expliquer d’où est venue cette forme d’écoliers : « ce sont les parents d’écoliers même qui exigent qu’on inscrive les enfants en classe de CI parce qu’ils estiment n’avoir pas les moyens pour permettre à leurs enfants de faire la maternelle 1 et 2. Donc, les enfants viennent au CI très jeunes pour déjà maîtriser les bases avant d’être inscrits normalement l’année à venir ». Si cette pratique est encore d’actualité au complexe scolaire protestant de Godomey, il l’est moins au complexe scolaire ‘‘Dieu le père’’ de la même localité. « J’ai fait l’expérience des enfants auditeurs libres pendant 3 ans dans mon école, mais j’ai tout de suite interdit ça, parce que ce sont des enfants qui demandent beaucoup de soins. Ce sont des enfants qui ne savent pas aller aux toilettes par eux-mêmes, et si on doit vraiment s’occuper d’eux, on risque de négliger ceux qui sont normalement inscrits au CI », a fait remarquer Léopold Missinhoun, fondateur directeur du complexe scolaire ‘‘Dieu le père’’ de Godomey-Finafa. Pour sa part, le directeur du groupe C de l’école primaire publique de Godomey-houalacomey est du même avis que son homologue du complexe scolaire ‘‘Dieu le père’’. « Je reconnais qu’il y a des écoles publiques qui ouvrent leurs portes aux enfants dits ‘‘auditeurs libres’’. Et dans l’école que j’ai quittée pour être ici, on le fait. Mais depuis que j’ai pris fonction dans cette école, j’ai catégoriquement refusé cette pratique. Un enfant qui n’a pas rigoureusement les 4ans et demi ne vient pas dans mon école et je suis bien strict là-dessus », a laissé entendre d’un ton ferme, Achille Megnigbeto, directeur du groupe C de l’Ecole Primaire Publique de Houlacomey. Pour ce directeur, si les écoles privées continuent avec ces catégories d’enfants, c’est pour la simple raison que ces écoles veulent beaucoup d’effectifs ainsi que de l’argent parce que les enfants ‘’auditeurs libres’’ paient au même titre que les enfants inscrits normalement au CI. Plusieurs raisons sont ainsi brandies par les acteurs de l’école pour justifier leur choix.

Des raisons justificatives de l’Option ‘‘Auditeurs libres’’ …

Papa Albert est un sexagénaire. De par le passé, il a opté pour une telle pratique aux fins, selon ses dires, d’amener ses enfants à vite s’intégrer. De son enfant Boris, passant par Mawouna pour Pénérielle, tous sont passés par cette étape et pour la simple raison qu’il n’y avait pas des classes de maternelle dans les écoles publiques. Pour les écoles privées qui contiennent aussi bien les classes de la maternelle 1 et 2, la raison diffère. Selon les directeurs des deux écoles privées visitées, la seule et unique raison réside dans la pauvreté. « Quand les parents viennent et que vous essayez de leur expliquer que le mieux, c’est que l’enfant fasse la maternelle, ils vous disent simplement qu’ils n’ont pas les moyens pour payer la maternelle qui est un peu plus chère. Il préfère donc, pour une différence de 5.000f, inscrire les enfants en ‘‘auditeurs libres’’. C’est leur façon de se débarrasser de leurs enfants de 3ans pour vaquer à d’autres occupations », ont fait savoir les directeurs des écoles privées rencontrés à ce sujet. Pour avoir pendant longtemps reçu et géré les écoliers ‘‘auditeurs libres’’, les directeurs et instituteurs ont acquis de diverses expériences.

Des expériences aussi diverses les unes que les autres de la nouvelle Option …

Selon le maître Désiré Akossinou qui a fait ses preuves pendant des années aux cotés des enfants de la classe de CI au Complexe scolaire protestant et qui, par conséquent, a encadré des enfants auditeurs libres, les expériences peuvent varier d’un enfant à un autre. « J’ai encadré des enfants ‘‘auditeurs libres’’ et croyez moi, il y en a d’autres qui réagissent mieux que les enfants inscrits à l’âge normal au CI. Ils ont une maturité plus dense et arrive à vite assimiler les choses. Dans ce cas, au lieu que l’enfant ‘’auditeur libre’’ ne soit pas évalué pour un passage en classe supérieure, nous nous trouvons obliger de les évaluer et de les envoyer au CP vu leur niveau », a témoigné tout souriant ce maître passionné de la craie. Par contre, les expériences ne sont pas toujours les mêmes à en croire ce même maître. « D’autres enfants ‘‘auditeurs libres’’ nous donnent du travail. Ce sont des enfants qui ne savent pas encore aller aux besoins de leur propre gré. En plein cours, ces enfants peuvent commencer à baver, à uriner ou à même déféquer dans leurs caleçons. Dans ces conditions, l’attention est détournée des autres enfants et par conséquent, le travail parfois est mal fait à leur niveau. », a-t-il dit pour mettre du bémol dans son précédent témoignage. Bien que les expériences soient encourageantes au niveau de certains enfants ‘’auditeurs libres’’, les deux directeurs des écoles privées pensent que c’est toujours mieux que les enfants évoluent normalement. A défaut de leur faire faire la maternelle, il est préférable selon leurs dires que l’enfant ait au moins l’âge normal pour commencer les classes. « Les expériences ne sont pas toujours bonnes quand on force les enfants à commencer les classes malgré leur jeune âge. Ça peut jouer sur eux dans l’avenir », a conseillé le directeur du complexe scolaire ‘‘Dieu le père’’ qui pense d’ailleurs que s’il lui était donné d’être encore papa, aucun de ses enfants n’irait au CEP à moins de 12 ans.

Estelle DJIGRI

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