Journée Internationale des droits de Femmes : Des actrices de l’éducation s’expriment sur sa pertinence

  • 0
  • 333 views

La communauté internationale a célébré, le vendredi 08 mars 2024, la Journée Internationale des droits des Femmes (JIF). Placée sous le thème : « Investir en faveur des femmes : accélérer le rythme », cette édition 2024 a été l’occasion pour les femmes du secteur de l’éducation de s’ouvrir sur l’essentiel à faire.

Pélagie Hounguè, Dr en Informatique, enseignante-chercheure à l’Université d’Abomey-Calavi, Bénin

«La Journée Internationale de la Femme (JIF), est une journée importante pour sensibiliser à l’égalité des sexes et promouvoir les droits des femmes dans tous les domaines, y compris l’éducation. En tant qu’acteur de l’éducation, il est important que nous reconnaissions et célébrions les contributions des femmes dans le domaine de l’éducation et celui de la science, tout en continuant à œuvrer pour éradiquer les obstacles et les inégalités auxquelles elles sont confrontées. Cet objectif peut être atteint en favorisant l’accès des filles à l’éducation, en promouvant la représentation des femmes dans les programmes scolaires, dans les laboratoires de recherche et en créant un environnement inclusif et égal pour tous les apprenants, quel que soit leur sexe.
Aujourd’hui, la célébration de la Journée Internationale de la Femme est très diversifiée et met en valeur les différentes voix et expériences des femmes. Cependant, des défis subsistent, notamment la commercialisation excessive de l’époque et la nécessité de garantir que les efforts de sensibilisation se traduisent en actions concrètes en faveur de l’égalité des sexes. Pour que la Journée Internationale de la Femme reste un pilier et une force positive de changement et de développement, il est important de rester vigilant et critique quant à la manière dont elle est célébrée.
En tant qu’acteur du monde de l’éducation, il est important, en ce jour, de communiquer l’importance de l’égalité des sexes et des droits des femmes aux jeunes enfants, aux élèves et aux étudiants. Nous devons enseigner à nos enfants que chacun a le droit d’être traité avec respect et dignité, quel que soit son sexe, et les encourager à être des acteurs réels de développement, capables de favoriser la création d’un monde plus juste et inclusif. Il nous semble également opportun de souligner l’importance de l’éducation des filles et des femmes ainsi que la valeur de la diversité et de l’inclusion dans tous les aspects de la société. Enfin, nous devons inciter les jeunes et les filles en particulier à travailler avec acharnement dans le but de poursuivre leurs rêves. Aucun rêve ne sera assez grand pour ne pas être atteint s’il y a de la détermination. Elles doivent défendre leurs droits tout en restant exemplaires. C’est à ce seul prix, qu’elles pourront devenir les femmes exceptionnelles dont nous avons besoin pour le progrès et le développement dans le monde »

Flore Lawani Hounsongbo, censeure du CEG Fiyégnon situé dans le 12e arrondissement de la ville de Cotonou

«La journée internationale de la femme, célébrée tous les ans à la date du 08 mars a été officialisée en 1977 par l’ONU. Son objectif est de célébrer les avancées des droits des femmes, de les honorer. Il s’agit désormais de renverser les barrières, de déconstruire les stéréotypes séculaires qui chosifient la femme et la relèguent toujours au dernier rang et en la muselant. Pour être en phase avec le thème de cette année, c’est-à-dire « Investir en faveur des femmes », nos gouvernants doivent investir dans des programmes visant à mettre fin à la violence à l’égard des femmes et à favoriser l’inclusion et le rôle de premier plan des femmes dans l’économie, les technologies numériques, la consolidation de la paix. En tant qu’acteur de l’éducation, il faut encourager les filles à exceller dans leurs classes, à prendre la parole devant leurs camarades et à entretenir la beauté intellectuelle. C’est l’orientation qu’on devrait donner à cette fête en milieu scolaire. Mais tel n’est pas toujours le cas. Beaucoup d’associations se complaisent dans l’organisation des fêtes et se limitent à la ripaille en optant pour des artifices au lieu d’aller à l’essentiel. Il faut aller bien au-delà et changer de paradigme.
« La femme ne doit plus être l’accessoire qui orne ; l’objet qu’on déplace, la compagne qu’on flatte ou calme avec des promesses. La femme est la racine première, fondamentale de la nation où se greffe tout apport, d’où part toute floraison », dixit Mariama Bâ dans ‘‘Une si longue lettre’’. Elle doit prendre activement part au développement de la société en incarnant toutes les bonnes valeurs tels que la probité, l’amour, la patience, le courage, le dévouement, la gentillesse, la douceur, l’art culinaire, etc. Les femmes en devenir, c’est-à-dire les filles doivent faire l’objet d’une sensibilisation continue et d’un encadrement sérieux si tant est que « Eduquer une femme, c’est éduquer toute une nation ». En insistant sur l’importance de l’éducation, les éducateurs que nous sommes, devrions inciter les jeunes filles à assurer leur avenir et à s’assumer afin de ne pas subir les méandres de la vie. En définitive, célébrons la femme chaque jour car elle est le sel de la vie. »

Natacha-Prisca Magnidet, enseignante de français au CEG 2 Abomey-Calavi

«La journée internationale de la femme est une bonne chose, une chose bien pensée. Malheureusement, en tant qu’acteur de l’éducation, je dis que la journée est galvaudée. Elle est vidée de tout son sens. Elle devrait être une journée de réflexion, de bilan et de prise de décision. La célébration de cette journée ne reflète en rien la quintessence même de la signification de cette dernière. En réalité, elle est transformée en une journée festive avec des choix de tissus. C’est dommage. La femme doit réfléchir à la nature naturante de son existence et non se mettre en spectacle. Aux enfants, il faut leur demander d’apprendre à faire le point du niveau où ils sont, de ce qui doit être dans leur vie, de ce qu’ils doivent faire pour leur épanouissement et non se mettre en vedette. »

Dr Clarisse Napporn, MC en Sciences de l’éducation, enseignant-chercheur DSEF / FASHS/ UAC

«En tant qu’acteur de l’éducation, je ne sais pas si je suis obligée de penser quelque chose de la JIF qui, comme beaucoup de journées, est importée. Je pense que nous devons plutôt questionner nos sociétés, nos cultures sur les perceptions, les représentations, les regards portés sur la femme. Et j’insiste que ce soit hors religions importées. Pourquoi une journée sur 365 ou 366 jours ? C’est ridicule. Évidemment les personnes instruites essaient d’y trouver et ou d’y donner un sens. Nous devons éduquer nos filles à construire un féminin authentique. C’est heureux de voir que le ton a changé un peu. On est passé de journée à journée de réflexion sur les droits des femmes, leurs conditions de vie, etc. C’est important sur le plan cognitif. Mais je ne pense pas qu’on ait besoin de célébration en réalité. Quand on observe la condition des femmes de par le monde et chez nous en particulier, il y a énormément à faire. En commençant par la scolarisation des filles pour moi qui suis acteur de l’éducation. Des efforts sont faits mais il n’y en a pas suffisamment avec un niveau d’achèvement satisfaisant qui leur permettent d’être autonomes. Je n’ai pas de message pour la journée. Parce que chaque jour, les enfants ont besoin de grandir, de vivre, d’être soignés, d’être nourris, d’être logés, d’être scolarisés… Ils n’ont pas besoin qu’on les encombre avec ces journées. Pourrait-on s’engager à satisfaire leurs besoins vitaux ? Si on peut répondre par l’affirmative, alors c’est la promesse à faire. Merci. »

Dr Anikè Talibou, enseignante et formatrice

«La Journée Internationale de la Femme (JIF) est une journée réflexive selon moi. D’ailleurs, chaque année, il y a un thème autour duquel tout le monde en général et les femmes en particulier doivent réfléchir pour l’amélioration de la condition féminine et donc du développement des nations car la femme est le pilier de toute nation. La femme est à la source de l’éducation. Elle éduque l’enfant depuis son sein et tout au long de sa vie pour en faire un Homme. La JIF devrait donc être un moment de partage d’expériences, de formation pour les femmes.
La célébration de la journée de la femme de nos jours a beaucoup évolué contrairement à son aspect trop festif qui s’observait jadis. Quoique l’aspect festif n’a pas entièrement disparu, on note quand même des creusets de réflexion, de débats, d’actions qui se font par endroit. Les femmes de plus en plus s’expriment, montrent aux autres leur savoir-faire, savoir-être
La femme est un être qui porte l’humanité par le rôle que la nature lui a confié. Femme, femme mère nourricière. C’est la femme qui est la matrice dans laquelle l’enfant est bâti et qui bâtit l’enfant par l’éducation qu’elle lui donne. La femme – fille doit donc recevoir une bonne éducation. Elle doit être bien formée. Ainsi, elle transmettra les bonnes valeurs à ses enfants. La femme n’est pas en rivalité avec l’homme. Les deux sont en complémentarité. Ils doivent travailler en synergie que ce soit en famille ou en entreprise afin d’être des modèles pour la jeunesse. »

Zénabou Boukari, psychopédagogue de l’éducation et de la formation

«La Journée Internationale de la Femme célébrée le 8 mars est normalement une journée dont le but est de faire le bilan sur la situation des femmes dans la société et où la femme doit faire son propre bilan. Au-delà de cet aspect, les bonnes réflexions méritent d’être menées. Pour mériter l’hommage que tout le monde entier nous rend, il faudra mener de très bonnes réflexions. Alors, je nous exhorte à prendre notre vie en main, à arrêter de nous considérer comme des victimes et à jouer convenablement notre rôle dans notre société. Nous devrons impacter positivement notre société et être de bon exemple et des leaders pour la jeune génération.
De nos jours, c’est dommage de voir que la JIF est juste une journée où les femmes célèbrent la couleur des habits qu’elles portent, sans pour autant toucher les vrais problèmes. Nous exhibons nos droits et parlons de l’égalité entre l’homme et la femme, de l’émancipation de la femme, mais l’émancipation de la femme et son leadership se feront sentir si elle impacte positivement son environnement. Mais au lieu de ça, nous nous mettons toujours dans les conditions de l’être le plus vulnérable. C’est-à-dire qu’on quémande et négocie aujourd’hui notre place, négocier afin d’être honorées. La femme leader s’impose à travers sa valeur ajoutée, sa détermination. Mais aujourd’hui malheureusement, elles sont rares ces femmes.
A la jeunesse et même aux enfants, je voudrais dire que cette journée ne nous est pas dédiée gratuitement. L’hommage que tout le monde entier nous rend, ce n’est pas pour notre beauté, pour nos beaux yeux. C’est pour nous amener déjà très petit à savoir que la femme est un être spécial qui a de la valeur quand elle-même sait se donner de la valeur.
Il ne s’agit pas de se rabaisser, de s’humilier, de se mettre dans une position de quémandeur. Les enfants, sachez que votre avenir, votre respect, votre valeur dépendent de vous-mêmes, de comment vous vous vendez vous-mêmes, de comment vous taillez d’importance à ce qu’est vraiment la valeur ajoutée dans votre environnement et dans la société. Donc travaillez dur et fort tant que vous avez la force pour y arriver. »

Propos recueillis par Estelle DJIGRI

GDIZ : Au cœur de la révolution industrielle textile
Prev Post GDIZ : Au cœur de la révolution industrielle textile
« Providence » de l’Ong Educ’Action : Un programme pour les couches vulnérables
Next Post « Providence » de l’Ong Educ’Action : Un programme pour les couches vulnérables

Leave a Comment:

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *