Langues maternelles au Bénin : Une richesse patrimoniale en souffrance

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La communauté internationale a célébré, le 21 février 2024, la Journée Internationale de la Langue Maternelle sous le thème : « L’éducation multilingue est un pilier de l’apprentissage intergénérationnel ». Au Bénin, l’usage des langues dans le quotidien est loin de combler les attentes des acteurs.

«Que nos langues maternelles soient plus parlées dans les familles et partout. Je formule le vœu que chacun consacre à la journée, ne serait-ce qu’un court instant, pour écrire une phrase ou un texte dans sa langue maternelle. » C’est l’appel que Kouaro Yves Chabi, le ministre des Enseignements secondaire, technique et de la formation professionnelle a lancé à la population béninoise. C’est à l’occasion de la commémoration, le 21 février 2024, de la 25e Journée Internationale de la Langue Maternelle. Le thème retenu par l’UNESCO cette année pour la célébration de cette journée est : « L’éducation multilingue est un pilier de l’apprentissage intergénérationnel. » Selon le ministre, les langues constituent les instruments les plus puissants pour préserver et développer notre patrimoine matériel et immatériel, permettant ainsi un apprentissage intergénérationnel. L’utilisation des langues chez les apprenants à l’école, affirme-t-il, constitue une base solide pour l’apprentissage, renforce l’estime de soi et les capacités de réflexion critique, et ouvre la voie à l’apprentissage intergénérationnel, à la revitalisation des langues et à la préservation de la culture et du patrimoine immatériel. Enseignant-naturaliste, expert en alphabétisation et traducteur en langue nationale, Aimé Agbomahènan renseigne que la langue maternelle rapproche ses locuteurs en favorisant la compréhension mutuelle. Mieux, poursuit-il, la langue maternelle est un vecteur de la culture et contribue à préserver la richesse du patrimoine culturel.
« La langue maternelle est un symbole d’identité des peuples et des communautés. La traduction en Fongbé rend bien la richesse et l’importance de la langue maternelle : anɔnugbè, c’est-à-dire la langue qu’on apprend à l’allaitement, dès le sein de la mère. Cela induit que la langue maternelle est une richesse patrimoniale qui définit l’identité d’une personne », dira Fabroni Bill Yoclounon, le promoteur de la plateforme ‘‘IamYourClounon’’ qui fait la promotion des langues béninoises et œuvre à leur modélisation et à leur digitalisation.

Le français comme langue maternelle dans certains ménages

Les Béninois, estime Fabroni Bill Yoclounon, n’ont pas de complexes à pratiquer leurs langues maternelle et originelle. Le Béninois, fait-il remarquer, semble très attaché à sa langue quand il se retrouve dans certains milieux et il est prêt à la défendre comme la meilleure langue du monde. Pour soutenir son affirmation, le promoteur de la plateforme ‘‘IamYourClounon’’ cite le proverbe Fon : « Nǔ é vɛ́ nú mɛ ɔ́‚ gbè mɛtɔn mɛ è nɔ ɖɔ̀ ɖó», c’est-à-dire que les choses importantes se disent dans la langue maternelle. Cependant, précise-t-il, il y a certains parents qui perçoivent mal leur langue maternelle au point d’imposer à leurs enfants de ne parler que le français, la langue de droit et d’administration à la maison. L’expert en alphabétisation, Aimé Agbomahènan, qui a fait le même constat ,renchérit : « On constate que dans certaines maisons, la langue maternelle est la langue française. Les parents se refusent de parler leur langue à leur enfant et ce n’est que le français. » La langue maternelle favorise les meilleurs résultats d’apprentissage, l’estime de soi et l’esprit de critique. C’est ce qui motive le traducteur en langue nationale à faire la proposition de l’introduction des langues maternelles dans le système éducatif béninois depuis la maternelle. « On devrait commencer à enseigner nos enfants dans la langue maternelle et des années après, on peut introduire progressivement la langue dite officielle », plaide-t-il avant d’ajouter que ce comportement qui consiste à commencer l’école dans la langue d’autrui crée beaucoup de blocage sur le plan intellectuel. Fabroni Bill Yoclounon déplore la situation et martèle : « Cela déracine les enfants de leurs cultures. Ce temps où les enseignants passaient le signal au cou des enfants qui s’expriment en langues vernaculaires à l’école, est passé et doit être banni à jamais. La langue maternelle n’est pas un frein au développement de l’être humain. »

Les freins à la pratique des langues maternelles à l’école

Suivant l’avis du promoteur de la plateforme ‘‘IamYourClounon’’, le système éducatif béninois ne favorise aucunement la pratique des langues maternelles. Cela se justifie, observe-t-il, par plusieurs facteurs comme le mal des gouvernants à faire le choix d’une langue principale par région ou par classification. « Dans le processus d’alphabétisation et de post-alphabétisation, il y a six langues béninoises qui sont choisies au Bénin. Le Adja, le Batonou, le Dendi, le Ditamari, le Fon et le Yoruba ont été retenus, le 16 juillet 1992, pour être introduits dans l’enseignement. Cependant, la difficulté de création des curricula dans ces langues et la non-adaptation de ces curricula au système éducatif font que les dirigeants rencontrent beaucoup de difficultés à obtenir des résultats », fait-il remarquer. Remonté à la limite contre cette situation, l’expert en alphabétisation, Aimé Agbomahènan, exhorte les décideurs à passer des discours de commémoration de la Journée Mondiale de la Langue Maternelle à l’adoption de stratégies concrètes afin d’impacter positivement la population à l’usage des langues nationales. « Nous devons aller aux actes pour montrer l’importance des langues maternelles dans le développement de notre nation », lance-t-il. En attendant qu’une décision politique forte instaure les langues maternelles dans l’enseignement au Bénin, certaines initiatives privées sont menées en vue de promouvoir les langues nationales. C’est le cas de ‘‘IamYourClounon’’ qui s’intéresse depuis 2018 à la digitalisation et à la modélisation des langues nationales béninoises. Ayant pour devise « le numérique au service des langues béninoises », cette plateforme travaille à la conservation et à la transmission du patrimoine linguistique béninois à travers la création de plusieurs solutions et contenus numériques. Ses objectifs s’articulent autour de la promotion, de la sauvegarde, de la numérisation, de la revitalisation des langues béninoises afin de faciliter leur reconnaissance sur internet, leur apprentissage et leur insertion dans les curricula.

Réalisation : Gloria ADJIVESSODE, Edouard KATCHIKPE & Enock GUIDJIME

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