Les journées culturelles en milieu scolaire : Un moment de distraction et de dérives

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Les journées culturelles depuis la nuit des temps ont été célébrées dans les collèges et établissements publics comme privés. D’autres établissements les célèbrent en dehors de l’école pour diverses raisons. Force est de constater que ces moments culturels sont détournés vers d’autres objectifs, qui, visiblement, prennent le pas sur l’esprit directeur même de cette activité pédagogique. Educ’Action se propose de s’intéresser au sujet et voici son constat !

‘‘Après la pluie, c’est le beau temps’’ dit l’adage. C’est à priori, l’esprit des journées culturelles dans les lycées et collèges pour permettre aux apprenants de se distraire, de s’épanouir, de se déstresser après la charge académique liée au déroulement des cours pour le compte de l’année scolaire en cours. Aussi, faut-il le souligner, les objectifs visés par ces activités culturelles essentiellement dans les enseignements secondaires publics comme privés, est de permettre aux apprenants d’extasier leur talents, leurs capacités dans diverses disciplines autres que celles académiques, de se découvrir entre autres des talents artistiques et culturels à travailler tout au long de leur parcours scolaire. Par ailleurs, elles visent à créer une certaine harmonie, une certaine cohésion entre les élèves par la répétition d’ensemble en vue de préparer des sorties artistiques. En effet, les journées culturelles sont des moments de distraction qui permettent aux apprenants de réveiller les incommensurables talents artistiques et culturels qui sommeillent en eux. Mais toutes ces qualités humaines attendues des journées culturelles sont détournées à d’autres fins, constate-t-on malheureusement à la descente sur le terrain.

Journées culturelles détournées à des fins autres que pédagogiques …

Force est de constater que derrière ces journées culturelles qui regroupent des distractions artistiques tels que la chorégraphie, l’interprétariat, la comédie, le sport, miss et mister, se cachent bien des dérives. Lesquelles dérives se rapportent à la consommation de stupéfiants, de jets de toutes sortes d’objets dangereux qui leur tombent dans la main pour agresser les organisateurs, exprimant ainsi leur colère face à la conduite des festivités de la journée. Aussi profitent-ils de ces moments pour assouvir leurs ‘’plaisirs sexuels’’, au cours desquels certains découvrent le sexe pour la première fois avec tout son corollaire de déviances sexuelles dont des viols. Kassim Demba Diallo, sociologue et professeur à l’Université d’Abomey-Calavi pris à l’improviste dans son domicile sis à Avrotou (Akpakpa) confirme les dérives constatées au cours des journées culturelles. « Durant les journées culturelles, les dérives s’aggravent. Au cours de l’année avant même ces journées, on remarque beaucoup de choses. D’abord dans leurs habillements, dans leurs comportements, dans leurs manières de marcher …», dit-il pour étayer son affirmation. Au collège ‘’Les Anges ’’ sis à Vodjè en face des rails, depuis bientôt 10 ans d’existence les journées culturelles n’ont jamais été organisées pour raison d’espace et des autres formes de dérives que cela engendre généralement. Hubert Nobime, directeur du collège approché pour la circonstance n’a pas manqué de stigmatiser les dérives orchestrées par les apprenants au cours des journées culturelles. Des dérives qui justifient son désamour pour les activités culturelles. « Les journées culturelles sont une activité de désinvolture, une activité de débauche à la fin. Aujourd’hui, quand on parle des journées culturelles, c’est une façon de ne pas respecter le corps humain, de ne pas respecter la créature de Dieu que nous sommes et à la limite, c’est de la débauche qui s’installe de façon définitive qui conduit les enfants au manque de respect », lâche-t-il à Educ’Action soucieux de l’avenir de la génération montante. Très souvent quand les parents découvrent en leurs progénitures des talents artistiques et culturels autres que les études, ils les encouragent à l’abandon des classes, fait observer avec désolation Hubert Nobimè. Propos que récusent Augustin Aningninkin, Professeur de Français au Cours Secondaire Notre Dame des Apôtres (CSNDA) qui trouve opportunes les journées culturelles car, justifie-t-il, elles permettent de dénicher des stars. « Sur le plan culturel et intellectuel, les apprenants gagnent quelque chose parce que nous savons aujourd’hui que beaucoup d’artistes de renommée internationale ont pris par ces journées culturelles pour arriver au sommet de leur art. Donc, ce n’est pas une mauvaise chose en soi », soutient Augustin Aningninkin. Il poursuit à cet effet en revenant aussi sur certaines pratiques qui relèvent des dérives qui reviennent de façon récurrente en pleine activité culturelle en milieu scolaire : « il y a dans certains collèges publics certains jeunes garçons qui se laissent aller au tabagisme, les vices qu’on n’a pas l’occasion d’expérimenter, on se laisse aller à ça, à la drogue et aussi à des casses », déplore tristement Augustin Aningninkin. Thierry Alikponto, parent d’élève, approché sur la question, énonce les bienfaits que procurent les journées culturelles aux apprenants. A cet effet, il n’a pas occulté les dégâts qui peuvent subvenir au moment desdites journées avant de se prononcer sur son cas : « Je laisse souvent mes enfants participer aux journées culturelles mais avec beaucoup de surveillance. Je peux aller les déposer par exemple moi-même. Pour les parents qui sont méfiants, je les comprends. Mais je leur dis juste que ce n’est pas uniquement à l’école que les enfants pourront acquérir les connaissances nécessaires à leur épanouissement, car, tôt ou tard, les enfants seront obligés d’évoluer seuls. Le plus important, c’est de leur donner des conseils nécessaires », conseille Thierry Alipkonto aux parents d’élève qui refusent de laisser leurs enfants participer aux journées culturelles. Le périple de l’équipe de reportage de votre journal Educ’Action ne s’est pas arrêté au CSNDA. « L’année passée, au temps de l’ancien directeur, il y avait les délégués qui avaient mal géré le budget qui était affecté aux journées culturelles. Ce qui a fait que la police est intervenu pour éclaircir cette affaire. Et donc, on avait arrêté le délégué et les élèves avaient cessé les cours dans le dessein de faire la grève », raconte Rony Détchénou, enseignant de mathématiques du CEG Gbégamey pour insister sur les éventuels inconvénients qui peuvent surgir au cours de ces journées, en s’appuyant sur l’expérience de son collège. Aussi invite-t-il les organisateurs à autrement penser les journées culturelles pour qu’elles soient des moments d’évasion mais aussi d’éducation à travers les tableaux artistiques et culturels. Pour Hospice Akondé, chef de suivi au Complexe Scolaire ‘’ Le Bon Berger ’’ d’Akpakpa Ayélawadjè, au cours des journées culturelles, il dit travailler d’arrache-pied pour éviter le mieux que possible les dérives. « Chez nous, nous avons la sécurité, et chaque fois qu’il y a les journées culturelles, nous avons des surveillants qui sont à l’entrée et qui les contrôlent, les fouillent et voir s’ils n’ont pas des objets dangereux sur eux. De la drogue, des boissons alcoolisées … bref, ils sont surveillés de près », confie Hospice Akondé avant de préciser que leurs journées culturelles se font dans un espace permettant de voire les faits et gestes des apprenants. Compte tenu des dérives observées au cours des journées culturelles dans les écoles et établissements publics comme privés, les acteurs du système éducatif intervenus sur le sujet privilégient la piste des sensibilisations.

Des sensibilisations pour abolir les dérives …

« Il faut simplement dire que pour l’organisation de ces journées culturelles, il faut que les deux parties s’entendent. D’abord le corps du personnel administratif, les délégués et les responsables d’établissements qui gèrent ces journées-là. S’entendre sur le programme, la période et les activités. Aussi veiller sur les arrivées et départs de chaque apprenant », conseille Augustin Aningninkin parlant des dispositions à prendre et à faire prendre pour repenser l’organisation approximative des journées culturelles. Hospice Akondé, renchérit les propos de Augustin Aningninkin en ces termes : « Il faut qu’il y ait un très bon encadrement, un suivi total. Et directeur, et censeur et professeur doivent mettre la main à la pâte pour une bonne organisation ». Hubert Nobimè, quant à lui, relance l’éternelle question de suivi associé aux sensibilisations sur les dérives à proscrire de ces journées culturelles. Aussi a-t-il montré la nécessité de la fréquente tenue de ces journées sans lesquelles des talents comme Angélique Kidjo, Tohon Stan et autres, n’auraient jamais été dénichés puis révélés. Hubert Nobimè, pour ce qui le concerne, salue la décision gouvernementale qui consiste à organiser chaque vendredi soir des activités culturelles. Laquelle décision, qui, selon lui, cadre parfaitement avec l’esprit de la pratique des journées culturelles saines organisées dans les lycées et collèges. De tout ce qui précède, il est nécessaire de revoir la copie relative à l’organisation de ces journées culturelles du fait qu’elles participent à l’éducation des apprenants par le réveil des talents artistiques et culturels qui sommeillent en eux pour faire d’eux des professionnels de l’art de demain.

Enock GUIDJIME

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