Mendicité à Cotonou : Deux enfants content leur calvaire quotidien

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A Cotonou, comme dans d’autres villes du Bénin, des enfants en situation de mendicité ne manquent guère. Incursion dans le quotidien de deux enfants actifs dans la mendicité.

Nous sommes le vendredi 2 février 2024, le soleil darde ses rayons sur Cotonou, une grande ville portuaire située sur la côte sud du Bénin. Il est 12h30min, au carrefour Caboma, non loin de Zongo (un quartier caractérisé par la présence de commerçants étrangers et l’implantation de la mosquée centrale). Ici, un groupe d’enfants de 10 à 15 ans se sont agglutinés autour d’un homme trapu, ayant dans sa main, un sac contenant de la nourriture. D’une manière rapide et sans discontinuité, l’homme, avec un air joyeux, offre à chaque enfant faisant la manche le manger. Au sein de cette colonie d’enfants, tous sales, se trouvent des talibés et des non-talibés. Dans le rang des enfants non-talibés, nous avons pu échanger avec deux enfants, l’un béninois et l’autre togolais. Des amis qui s’entraident et se comprennent dans ce milieu de lutte acharnée pour avoir la pitance.

Koffi, mendiant malgré lui

De teint noir, le nez aquilin hébergeant la morve, le petit Koffi est de nationalité togolaise, un pays voisin au Bénin. De taille courte et âgé de 14 ans, ce jeune togolais, réside au Bénin. Autour de son cou, figurent des cicatrices de part et d’autre. Les cheveux grisonnants et le ventre plus ou moins charnu, le garçon est vêtu d’un T-shirt blanc sur lequel on peut lire « Investissons dans l’éducation des filles pour le développement de notre pays. ». Dans une culotte bleue hyper sale, Koffi s’est fait panser le gros orteil, signe de la présence d’une blessure. D’un air évasif, il présente la posture d’un enfant en perte de repères. « J’ai quitté Lomé pour Cotonou avec mon patron. Je suis venu ici en tant qu’apprenti chauffeur de camion. Dès notre arrivée au Bénin, mon patron m’a laissé et il est parti », confie presque en larmes Koffi. Son insertion dans le cercle des enfants mendiants a commencé depuis ce moment. « Il m’a dit de l’attendre devant le portail et depuis ce jour, je ne l’ai plus vu », précise le jeune togolais. Obligé de faire la manche depuis 1 an, le jeune Koffi va par moment sur le parc automobile à Tokpa pour demander à manger ou de l’argent. « Je vais quémander la nourriture que je revends à mes pairs. Je vais sur un parc de Tokpa ou je viens parfois ici [Caboma, ndr] pour trouver quelque chose. Si je bouge bien, je trouve jusqu’à 1.500 Francs CFA voire 2.000 Francs CFA par jour », a laissé entendre Koffi qui n’a plus les nouvelles de ses parents depuis sa venue au Bénin. Seulement, dit-il au prix de la douleur, « si je ne suis pas vigilant, d’autres amis viennent me voler l’argent ». Aîné d’une fratrie de 3 enfants pour sa mère, Koffi, dans cette mésaventure, a pu trouver un endroit à Zongo où il dort la nuit. C’est dans ce monde qu’il a fait la connaissance de Tundé, son ami béninois.

Tundé, l’orphelin de père, devenu mendiant

Agé de 15 ans, Tundé vient du département de l’Atlantique notamment de la commune d’Abomey-Calavi, précisément de Hêvié-êgué, l’un des 9 villages de l’arrondissement de Hêvié. Orphelin de père, ce jeune a souhaité devenir chauffeur comme son ami Koffi, mais chauffeur de voiture contrairement à son ami qui lui, était parti pour devenir chauffeur de camion. C’est ainsi qu’il est venu à Cotonou sous la bénédiction de sa mère. Il est censé travailler au Port sec de Cotonou pour quitter son quotidien d’inactivité constante à Hêvié-êgué, son village. De teint clair, il a sur sa tête des cheveux crépus. Son visage légèrement soucieux met en relief un nez épaté. Rencontré le même jour que son ami, Tundé est dans un jean pantalon très sale sur un T-shirt haut noir. Lesquels n’ont rien à envier à un enfant en rupture avec l’eau. Mieux, il est bien des jours que Tundé s’est lavé. « Une fois à Cotonou, j’ai manqué de soutien, mon patron m’a abandonné, mes parents aussi et je suis livré à moi-même. Donc pour me faire de l’argent, je viens ici les vendredis pour quémander et aussi aider les chauffeurs à charger et à décharger leurs bagages », raconte le jeune Tundé. Tout comme son ami de fortune, il arrive à mobiliser, par jour, 1 500 Francs CFA voire 2 000 Francs CFA. Mais en raison de l’inattention ou du sommeil, ils constatent, avec tristesse, la perte de leur argent. Le début d’une autre course pour calmer la faim. « Parfois, c’est difficile pour nous car les voleurs viennent, dans la nuit, nous piquer les sommes que nous mobilisons au cours de la journée », raconte-t-il.

Les conditions de vie difficiles de ces jeunes

De façon générale, les enfants en situation de mendicité connaissent des conditions difficiles. A Cotonou, beaucoup d’enfants dorment à la belle étoile ou dans des habitations précaires sans les commodités afférentes. C’est le cas de Koffi et de Tundé. « Nous dormons à la belle étoile sans moustiquaire et sur des cartons », confie Koffi. Ces conditions de vie illustrent les écarts d’obligation non comblés à leur endroit. Selon une enquête réalisée en 2015 par l’UNICEF au Bénin sur l’état des lieux de la situation des enfants impliqués dans la mendicité dans les villes de Cotonou, Malanville et Parakou, « les investigations sur les conditions d’hébergement des enfants en situation de mendicité indiquent que 7 enfants sur 10 ne disposent pas de moustiquaire pour dormir. Plus de 9 sur 10 n’avaient ni de matelas, ni de drap. La moitié ne disposait pas de savon pour se laver ; 2 enfants sur 10 ne disposaient pas de l’eau pour se laver. »
La prochaine parution va mettre l’accent sur les textes en vigueur dans le cadre de la protection de l’enfant sur ce phénomène.

Enock GUIDJIME

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