Olatoundji Essoun, DPAF du MEMP, à propos de la gestion comptable des écoles : « Il y a des manquements par endroits en termes de bilan »

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Les directeurs et directrices des écoles maternelles et primaires du public ont commencé à gérer les comptabilités et les finances des écoles depuis 5 ans. Avec Olatoundji Martin Essoun, le directeur de la Planification de l’administration et des finances par intérim du Ministère des Enseignements Maternel et Primaire (MEMP), nous avons réalisé une interview-bilan sur ce qu’on peut retenir de ces 5 ans de gestion. Lisez plutôt !

Educ’Action : Depuis 2019, la gestion comptable et financière des écoles maternelles et primaires est confiée aux directeurs et directrices. Pourquoi cette réforme ?

Olatoundji Martin Essoun : Il faut rappeler que depuis un bon moment, les écoles maternelles et primaires bénéficient d’une subvention qui était co-gérée par les directeurs d’écoles et le bureau de l’Association des parents d’élèves jusqu’en 2011. Après une évaluation dans le cadre de la mise en œuvre du projet fast-track en 2009 et 2010, la gestion de ces subventions a été auditée. Il est apparu l’introduction des comptables gestionnaires dans la gestion de ces subventions en 2015. Ceci, en respect aux principes de séparation de rôles dans la gestion des deniers publics. Face à l’urgence de la situation, le Ministère de la Fonction Publique ne pouvait plus procéder au recrutement immédiat d’un si grand nombre de comptables gestionnaires. Car, nous avons 85 circonscriptions scolaires et il fallait recruter des comptables gestionnaires pour chaque circonscription scolaire. Donc, il a été décidé d’identifier au niveau du sous-secteur, les instituteurs qui ont le profil d’un comptable pour la gestion des subventions. Mais après évaluation, il est constaté qu’il n’y avait pas une amélioration au niveau de la gestion faite par ces comptables. C’est ainsi que la gestion est confiée aux directeurs d’école.

Quel bilan pouvez-vous nous dresser des 5 ans de gestion comptable et financière des écoles par les directeurs et directrices ?

Une évaluation proprement dite n’a pas été faite par la Direction de la Planification de l’Administration et des Finances du Ministère des Enseignements Maternel et Primaire (DPAF/MEMP). Il faut une évaluation pour voir ce qui est fait. Chaque année, il y a une évaluation faite par l’Inspection Générale du Ministère (IGM) qui est disponible pour permettre de corriger les manquements observés sur le terrain. Mais en résumé, au regard des résultats de ces audits, de ces inspections, nous ne pouvons pas décliner ce qui s’est fait hier. Il y a eu une gestion quand même acceptable de cette subvention au niveau des directeurs d’école. Seulement, il faut obligatoirement faire une évaluation en bonne et due forme pour voir ce qui est bon dans cette approche par rapport à ce qui s’est fait hier. Donc aujourd’hui, en termes de bilan, c’est qu’il y a des manquements par endroits. Mais rien ne nous permet exactement de dire que oui, c’est mauvais par rapport à l’ancienne approche.

Mais quels sont ces manquements ?

Tous les enseignants, les directeurs d’école chargés de faire cette gestion, n’ont pas le profil. Ils n’ont pas la capacité qu’il faut pour faire la différence entre la gestion financière et comptable et leurs fonctions de pédagogue. Cependant, il y a des formations qui sont organisées chaque année. Même s’ils sont formés pour une gestion comptable, on observe des dérives à des niveaux donnés.

Et quelles sont ces dérives ?

Ils ont des soucis d’assemblages des pièces justificatives. La portabilité, la gestion, c’est une question de procédure. Il y a des gens qui, à un moment donné, ne respectent pas la procédure. Car, toute commande doit être précédée d’un acte. Ils ne peuvent pas prendre l’acte, ils font la dépense et ils ne justifient pas ou bien ils peuvent confondre les ressources de l’école avec des ressources propres. D’autres ne prennent pas en compte des différents types de dépenses. Il y a une nomenclature des dépenses que cette subvention doit couvrir. Mais ils vont faire d’autres dépenses qui ne figurent pas sur la liste des dépenses prévues. C’est surtout cette déviance qu’on observe. Malgré les renforcements des capacités que l’IGM et la DPAF font, il y a toujours des brebis galeuses.

Certains directeurs et directrices affirment ne pas bénéficier d’une formation en termes de gestion comptable et financière des écoles. Est-ce que vous confirmez la chose ?

Chaque année, la formation est toujours prévue. Le renforcement de capacité des directeurs en cinq niveaux à la gestion comptable, la gestion financière, la gestion administrative est prévu. Mais il arrive que, chaque année, avant la rentrée, la liste des nouveaux directeurs est publiée. Avant la publication de cette liste, il y a d’autres événements qui ont fait que d’autres directeurs ne sont plus en poste. Cette année par exemple, le dernier arrêté de nomination des directeurs est publié en février. En ce moment, la formation n’est plus d’actualité, elle a été déjà réalisée. Mais il y a toujours la formation, sauf si un directeur ne veut pas y participer. Il y a aussi les concours professionnels, le phénomène naturel, la mort qui font que certains ne suivent pas la formation.

Pour celui qui, malgré l’information, a toujours du mal à s’en sortir, qu’est-ce qu’ils doivent faire ?

Les directeurs d’écoles disposent des guides. En cas de question spécifique auquel le formateur n’a pas de réponse dans le cadre de la formation, il est suggéré aux directeurs d’école de s’adresser à l’IGM ou à une structure de compétence. Le module vise à faciliter une gestion saine et efficace des subventions. Après la formation, le formateur reste disponible pour accompagner les directeurs sur les différentes questions particulières qui n’ont pas pu être abordées lors de la formation. De même, une activité dénommée ‘‘appui au conseil aux structures déconcentrées du ministère’’ existait et permet de rendre compte aux directeurs départementaux de certaines questions spécifiques. L’activité d’appui conseil est un outil essentiel pour répondre aux préoccupations spécifiques de l’école en matière de gestion des subventions et de l’école en général. Nous pouvons ne pas comparer les particularités de chaque directeur et les accompagner individuellement. C’est-à-dire que les directeurs n’ont pas les mêmes problèmes. Pour cette année-ci, nous avons pu inscrire l’activité dans le Plan de Travail Annuel, mais l’année passée, ça n’a pas été fait.

Vous avez énuméré plus haut les manquements observés sur le terrain. Quelle stratégie comptez-vous mettre en place pour corriger le tir ?
En termes de stratégie, de toutes les façons, la DPAF n’a pas vocation de descendre dans les écoles pour aller former les directeurs et les directrices. Même si l’envie y est, nous ne pouvons pas, parce que nous avons plus de 7,6 millions d’écoles primaires publiques. Il y a les écoles maternelles aussi. Les moyens n’existent pas. Avec l’introduction des factures normalisées désormais, il est difficile de justifier les déplacements effectués par le directeur ainsi que la rémunération des gardiens.

Lors de notre descente sur le terrain, les directeurs sont revenus sur l’éternel retard des subventions allouées aux écoles. Qu’est-ce qui justifie ce retard ?

À la rentrée, il y a le quart, après, il y a trois quarts. Ce sont les trois quarts qui accusent le retard. Le document de travail qui est le Plan de Travail Annuel, depuis un bon moment, accuse un peu de retard. Notre PTA gestion 2024 a reçu un accord favorable du bureau d’analyse et d’investigation fin février 2024. C’est après ce document qu’on peut faire n’importe quelle dépense. Pour cette année, c’est tout à l’heure [vendredi 29 mars 2024, ndr] qu’on a reçu un arrêté interministériel de subvention de cette année. Le ministre a signé il y a environ quelques jours. Nous avons envoyé au Ministre de l’Economie et des Finances. Le ministre de l’économie a signé. Il fallait prendre le numéro. Donc le retard qu’on observe est lié à la disponibilité du PTA.

Quel est votre mot de la fin ?

C’est une expérience. Dans l’ensemble, on peut dire que la réforme n’est pas aussi mauvaise. Aucune gestion comptable et financière n’est parfaite. Il faut toujours chercher à améliorer sa gestion en les renforçant au fur et à mesure.

Propos recueillis par Enock GUIDJIME

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