Pour l’insertion après leur formation en mécanique automobile : Les apprenants invités à la professionnalisation

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Après la première partie de cette production sur la filière mécanique automobile, cette deuxième et dernière partie renseigne les nombreuses difficultés que rencontrent enseignants et apprenants aussi bien lors de leur formation qu’après. D’ailleurs, pour plus de rentabilité dans leur domaine, les spécialistes préconisent une professionnalisation.

Nous sommes dans le département de l’Atlantique, précisément dans l’arrondissement d’Akassato, situé dans la commune d’Abomey-Calavi. Le mercredi 22 novembre 2023, le Lycée Technique d’Amitié Sino-Béninois d’Akassato (LTASBA) nous ouvre ses portes pour découvrir l’une des filières enseignées en son sein. Dans ce vaste garage, Joglad Adjottin exerce l’art qu’il maîtrise bien, après des années de formation. Pur produit formé au LTASBA en Mécanique Automobile, Joglad, au regard de son savoir-faire, est recruté dans ce même lycée pour diverses fonctions. Magasinier dans un premier temps, il est également chargé de la maintenance et de la réparation de tout type de véhicules confiés au garage de ce lycée. Dans le même temps, il est sollicité de temps en temps, pour accompagner les apprenants de la filière mécanique automobile dans la pratique. Ce mercredi, on le perçoit d’ailleurs en pleine pratique avec les apprenants de la classe de Terminale sur un véhicule, essayant de repérer le problème de cet engin personnel à quatre roues. Pour mener à bien son travail, le technicien en mécanique dispose de plusieurs outils mis à sa disposition par le lycée. Ici, en plus des objets connus de tous les mécaniciens, Joglad a, à sa disposition, d’autres instruments de dernière génération à savoir : banc moteur à essence, banc moteur diesel classique, banc moteur diesel common-rail et banc de tarage injecteur.
Contrairement à Joglad, ils sont beaucoup d’apprenants sortis des lycées techniques du Bénin à ne pas disposer des outils et équipements nécessaires pour le travail de la mécanique automobile sur le terrain. Des centaines à avoir été formés, très peu arrivent à s’insérer sur le marché faute de matériels de travail adéquat. Cet état de chose n’est que l’une des nombreuses difficultés auxquelles la formation en mécanique automobile est confrontée.

La difficulté d’acquisition des fournitures scolaires

La volonté du gouvernement béninois de faire de l’Enseignement et la Formation Techniques et Professionnels, le pilier de développement du Bénin est bien accueillie par les acteurs de ce domaine. Enseignant et Chef Atelier (CA) en mécanique automobile au LTASBA, Symplice Houessou salue d’ailleurs cette volonté de l’Etat en ces termes : « 70% dans l’EFTP et 30% dans l’enseignement général, c’est une décision louable parce que le développement d’un pays passe forcément par la formation technique et professionnelle. Il faut encourager ceux qui embrassent cette série si on veut véritablement un pays développé. Je pense que c’est une bonne politique. » Mais pendant qu’il le dit, il pense que l’Etat doit nécessairement accompagner cette initiative pour éviter que les difficultés n’entravent les efforts consentis jusque-là. A l’en croire, les premiers obstacles s’observent déjà dès la formation des apprenants.
Paul Mètognon, Marcos N’Tagué et Kadidjath Zannou sont tous des apprenants de niveau Terminale au LTASBA. Depuis leur première année de formation, à savoir la 2nde, jusqu’à cette année où ils sont en fin de formation, aucun d’eux n’a pu s’acheter l’ensemble des matériels pour leur formation. Ceci, faute de ressources financières. « J’ai de la difficulté dans la pratique parce que je n’ai pas les instruments nécessaires. Les outils de mécanique automobiles sont chers », a laissé entendre Marcos N’Tagué. Même son de cloche chez Paul Mètognon qui renseigne: « Je n’ai pas les matériels nécessaires pour m’exercer en dehors du lycée. Je manque de moyens pour me les procurer parce qu’ils sont chers. » L’apprenante, Kadidjath se retrouve dans la même situation que ses camarades mais s’en sort pour le moment avec les outils de son lycée. « Je n’ai pas encore les matériels mais l’école en a et cela nous permet de faire la pratique d’abord », martèle-t-elle. Ce manque d’outils dans le rang des apprenants se justifie par leur cherté sur le marché. Le Chef d’Atelier, Symplice Houessou en est conscient si bien qu’il n’en tient pas rigueur.
En plus des fournitures scolaires communes à tous les apprenants des lycées et collèges à savoir cahiers, livres au programme et autres, les apprenants des lycées techniques doivent également se procurer des outils spécifiques à leur filière. Et c’est justement à ce niveau que le bât blesse. « L’apprenant doit avoir en plus, des outils individuels comme un multimètre, un jeu de tournevis, une lampe témoin, un jeu de cales, des outils de traçage et des documents. Mais l’équipement du mécanicien coûte cher, du coup, on ne peut pas en réclamer à un apprenant, autrement on lui demanderait de venir aussi avec un moteur », a expliqué, à son tour, Symplice Houessou. Outre ces difficultés rencontrées par les apprenants, le système en lui-même est confronté à d’autres difficultés.

Manque d’enseignants qualifiés et nécessité de formation continue

Vêtu d’une blouse bleue au milieu de jeunes enseignants qu’on peut facilement confondre à des apprenants, Symplice Houessou, déplore le manque d’enseignant dans la filière Mécanique Automobile. « L’enseignement technique a un fort besoin en enseignants. La majorité du corps enseignant, ici, n’est que des jeunes », informe-t-il. A cela s’ajoute la question de la formation des formateurs. Houessou s’explique : « Nous enseignons la technologie que nous n’avons pas fabriquée et nous pensons qu’il suffit de rester dans nos quatre murs ou de lire les choses et regarder les vidéos sur internet pour comprendre, c’est insuffisant. » Pour cela, il préconise une formation continue pour les enseignants. « Face à l’évolution de la technologie, l’enseignant doit se mettre au pas et être en phage avec l’évolution technologique. La formation doit être une routine pour le mécanicien », suggère-t-il. Davantage de formations en dehors du pays vont permettre aux enseignants, à en croire Symplice Houessou, de comprendre véritablement ce qui se passe ailleurs afin d’exercer avec plus d’efficacité au Bénin.
A leur sortie des lycées, les apprenants, en particulier ceux de la mécanique automobile, peinent à se lancer dans une activité pouvant leur permettre de vivre de leur savoir-faire. Ceci pose le problème d’insertion professionnelle qui est l’autre difficulté à laquelle l’Etat doit trouver des solutions selon Hermann Tankpinou, animateur d’établissement en mécanique automobile au LTASBA.

Une phase de professionnalisation pour plus d’insertion des jeunes

Aujourd’hui, le LTASBA est bien au dessus de ce qui est sur le terrain en matière d’outillage et de compétences à l’interne. Par conséquent, il a beaucoup à apporter aussi bien aux apprenants qu’à la population. Du moins, c’est ce qu’affirme l’animateur d’établissement Hermann Tankpinou. Il est donc certain que les apprenants sortis des lycées sont mieux équipés et compétents comparés aux mécaniciens formés sur le tas. Cette compétence passe par la maîtrise des outils et des démarches professionnelles de travail. Cependant, une fois au dehors, le coût des outils de travail limite les apprenants qui ont du mal à s’en procurer. « Nos outils de travail sont disponibles sur le terrain, pas forcément à l’interne, mais on peut les importer facilement. Néanmoins, ce sont des matériels qui sont généralement coûteux. Nous avons de grands équipements ici pour le contrôle des moteurs diesel, les pompes essence diesel. Mais ça ne court pas les rues, on ne retrouve pas ça dans les garages comme ça », confirme, à son tour, l’animateur d’établissement.
Il suggère par ailleurs d’autres alternatives pour que les apprenants, une fois sortis des lycées, ne soient plus limités dans leur travail, faute de matériels. De son point de vue, ce qui serait bien pour l’insertion des apprenants, c’est qu’ils fassent une phase de professionnalisation dans le domaine pour aider le système et augmenter la rentabilité. « Les apprenants font la mécanique automobile ici, mais on n’est pas mécanicien de toute la mécanique. Il faut se professionnaliser de façon ponctuelle. Après le Diplôme de Technicien, ils peuvent se spécialiser en électricité ; en moteur diesel ou encore moteur à essence, etc. Ce faisant, cela peut les orienter en matière d’équipement. Et le problème serait un peu plus facile à résoudre », développe-t-il comme idée. Car, fait-il observer, au nombre d’apprenants formés, très peu sont retrouvés sur le terrain parce qu’il n’y a pas un processus d’insertion. « Un processus d’insertion est indispensable. La formation professionnelle oui, mais sans un programme d’insertion national, on aura une rentabilité toujours faible », avertit-il.

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Estelle DJIGRI

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