Prof Yélindo Patrick Houessou, à propos de la place des Sciences de l’éducation dans le système éducatif : « Elles sont une discipline indispensable et incontournable »

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La psychopédagogie désormais appelée Sciences de l’éducation, est une discipline enseignée dans nos universités, dont l’utilité pour le système éducatif n’est plus à démontrer. Mais alors, les psychopédagogues sont-ils associés aux diverses initiatives prises pour un bon fonctionnement du système éducatif béninois ? La question a été posée à Dossou Yélindo Patrick Houessou, Professeur Titulaire des Sciences de l’éducation, enseignant-chercheur au Département des Sciences de l’Education et de la Formation (DSEF) de l’Université d’Abomey-Calavi. Voici ce qu’il en dit !

Educ’Action : Qu’est-ce que la psychopédagogie ?

Dossou Y. P. Houessou : La psychopédagogie, c’est la psychologie et la pédagogie mises au service de l’enseignement. Donc, quelles sont les informations que l’on sait au niveau de l’enfant sur le plan psychologique qui peuvent aider l’enseignant à avoir une pratique pédagogique efficace. C’est la raison pour laquelle des connaissances en psychopédagogie sont toujours utiles et opportunes pour les enseignants.

Quelle est donc l’utilité de la psychopédagogie pour le système éducatif ?

La psychopédagogie est une discipline qui aide l’enseignant à agir au mieux. Il y a des enseignants qui n’ont pas été formés à la psychopédagogie donc, il y a des informations qui leur manquent pour agir efficacement. Bien entendu, on vous dira que l’enseignement est aussi un art, et quand c’est un art, c’est qu’il y a une part de spontanéité et d’innéité que toute personne qui a envie d’enseigner, peut avoir. Mais après, c’est aussi une science. Donc, qui s’apprend.

Vous aviez beaucoup mis l’accent sur les enseignants, mais alors, qu’est-ce que cela apporte à l’apprenant ?

En vérité, la psychopédagogie est une discipline qui imprègne tous les actes de tout le monde au quotidien. Toutes les personnes qui interviennent dans un domaine d’encadrement donné, posent, sans le savoir, des actes de pédagogie et de psychopédagogie. Les salutations que l’on adresse aux parents les matins sont des comportements civiques et sociaux mais également empreint de pédagogie. Quand on prend le domaine de l’école, c’est dire comment connaître l’individu qu’on a en face de soi pour mieux interagir avec lui. Du côté de l’enfant, il ne s’agit pas d’une psychopédagogie d’enseignement mais plutôt d’apprentissage. Quel enseignant ai-je en face de moi ? Comment dois-je me comporter par rapport à lui ? Comment dois-je faire pour intérioriser ce qu’il m’apporte comme information ? Toutes ces stratégies que l’enfant déploie, sont des stratégies d’apprentissage. Il les déploie toujours avec l’aide de quelqu’un parce qu’il n’y a pas d’apprenant sans enseignant et il n’y a pas d’enseignant sans apprenant, et, dans la dynamique pédagogique, c’est l’enseignant qui est considéré comme celui qui doit guider, celui qui doit conduire parce qu’il est censé être l’aîné.

Aujourd’hui, quelle est la place des psychopédagogues dans le fonctionnement du système éducatif béninois ?

Les psychopédagogues, pour l’instant, sont connus par les autorités en place. Mais au moment du recrutement, on ne fait pas souvent appel à eux. Il y a plus de cinq ans, un concours avait été lancé pour lequel on a fait appel aux étudiants que nous formons en psychopédagogie, en Sciences de l’éducation dit-on aujourd’hui. Ce sont des profils qui peuvent intervenir efficacement et valablement dans l’appareillage du système éducatif et aussi dans les structures publiques ou privées qui s’intéressent à l’éducation. Quand je dis structure c’est, par exemple, l’Ecole Nationale de Formation du Personnel d’Encadrement de l’Education Nationale (EFPEEN) qui est une structure publique dans laquelle les psychopédagogues peuvent travailler aussi. Dans le privé, ce sont les ONG et toutes les structures qui sont dans l’éducation. Au niveau du système éducatif, il y a, par exemple, le Conseil National de l’Education qui devrait travailler et recruter énormément des gens spécialisés, formés dans ce domaine pour les accompagner dans le travail qu’ils font. Après cela, nous avons les écoles primaires, les collèges et mêmes les universités où ils peuvent travailler. Les psychopédagogues peuvent travailler en tant que conseiller en éducation et plus précisément Conseiller Pédagogique. Au niveau du primaire, un texte avait même prévu que les détenteurs de maîtrise en Science de l’éducation puissent postuler au concours de l’inspectorat de l’enseignement primaire. Mais c’est un texte qui donne le sentiment d’être querelleux jusqu’à présent. Les différents ministres qui se succèdent ne veulent pas le mettre en application pour un certain nombre de raisons. Ils peuvent être directeurs d’établissements, censeurs ou surveillants. En vérité, ce sont des postes pour lesquels ils sont formés, mais malheureusement on leur dénie cela. Dans les structures ministérielles, ils peuvent travailler. Il y a des services ou des directions de l’orientation où des personnes qui ne sont pas vraiment formées pour l’orientation sont, alors qu’on forme les psychopédagogues, les spécialistes de l’éducation sur ces questions. Bref ! C’est une manière de dire qu’ils peuvent valablement intervenir. Ils ont un rôle et ils ont des places qui existent dans le système. Pour l’instant, ce n’est pas encore fait et je crois que la communication avec le pouvoir politique doit pouvoir continuer pour que les choses se règlent positivement.

 

Quelles sont les difficultés que rencontrent les psychopédagogues ?

 

Sous l’ancien régime, il y a eu un concours pour lequel ils avaient composé. Lorsque le nouveau régime est arrivé, il a suspendu des concours en disant qu’ils vont être repris. Il y a environ deux semaines, ils ont relancé le concours des psychologues et ils ont même recruté un certain nombre de psychologues cliniciens. Malheureusement, ils n’ont pas relancé celui des psychopédagogues. Donc, je veux bien croire que le Gouvernement a son rythme et nous allons espérer que d’ici là, ils puissent faire cet appel pour que des gens qui ont été formés dans un domaine de compétences précis, puissent être appelés à aider le système éducatif à mieux se porter.

Quelle différence peut-on faire entre la psychopédagogie et les Sciences de l’éducation ?

 

C’est juste une question de terminologie. A une période donnée, on parlait de la psychopédagogie. C’est une discipline intellectuelle mais dans la formation que nous donnons, cela peut être aussi considéré comme une matière. Dans tous les cas, historiquement, on parlait de psychopédagogie mais aujourd’hui, on parle de Sciences de l’éducation. C’est juste une question d’évolution. La psychopédagogie, c’est la psychologie appliquée aux préoccupations pédagogiques. Or, cette discipline à elle seule, ne suffit pas pour exprimer toutes les réalités autour des questions éducatives. C’est la raison pour laquelle progressivement les Sciences de l’éducation sont nées et prennent en compte toutes les disciplines qui ont au centre de leur préoccupation, la question éducative. Vous aurez par exemple en Science de l’éducation, l’histoire de l’éducation, la psychologie de l’éducation, l’économie de l’éducation, la philosophie de l’éducation, etc. La psychopédagogie vient être une sous-partie des Sciences de l’éducation.

Les psychopédagogues pourront-ils changer quelque chose dans le système éducatif actuel ?

 

C’est mon espoir. Nous formons les étudiants dans ce sens. La conséquence logique voudrait donc qu’ils soient recrutés dans le système éducatif pour l’améliorer de l’intérieur par rapport à tout ce que nous nous efforçons de leur transmettre comme connaissances en la matière. S’ils sont recrutés en conséquence, je veux bien croire que certaines préoccupations seront mieux pensées et mieux gérées.

Que dire pour conclure cet entretien ?

La psychopédagogie, les Sciences de l’éducation sont une discipline aujourd’hui incontournable. Tous les gouvernements qui passent font de l’éducation une priorité parce que c’est réellement une priorité. Vous appréciez la conscience collective d’un peuple à l’aune de l’éducation qu’il reçoit. Lorsque l’éducation est bâclée, mal conduite ou maladroite, tous les citoyens du pays l’expriment à travers leurs comportements et cela dessert le pays. Je crois donc que les Sciences de l’éducation sont une discipline indispensable et incontournable. Il y a intérêt pour nos autorités à mieux la connaître, à savoir ce qu’elle est, pour comprendre que, plus que jamais, on a besoin de former des gens qui en seront des spécialistes même si beaucoup de ceux qui interviennent dans le domaine de l’enseignement, pensent d’office qu’ils sont des spécialistes de l’éducation. On peut le leur concéder parce que parfois la pratique, l’expérience, vous enseigne des choses que les livres ne vous enseignent pas. Mais, il faut dire que c’est une science, et à partir du moment où c’est une science, elle est désormais codifiée par endroit. Comprendre sa codification, son fonctionnement, permet toujours de mieux se gérer de manière globale sur les questions éducatives. J’encourage vivement nos autorités à relancer les recrutements des étudiants qui sont nantis de ces diplômes et compétences.

Propos recueillis par Estelle DJIGRI

 

 

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