Rapport sur l’efficacité interne et externe de l’école béninoise : Quand les longues études conduisent au chômage

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Les ressources mobilisées au profit du secteur de l’éducation au Bénin sont plus dirigées dans les charges en personnel et l’efficacité du système éducatif en ressent. C’est la quintessence des rapports issus des travaux de recherches des groupes N°3 et N°4 sur le financement du secteur de l’éducation et l’efficacité interne et externe de l’école béninoise.

En interrogeant le marché du travail au Bénin en 2015, les analystes du groupe N°4 des techniciens de l’école ont remarqué que la majorité (61,2%) des personnes actives occupées n’ont jamais mis pied à l’école et seulement 3% ont un niveau universitaire. Le reste a un niveau d’études primaire (18,6%) et secondaire (16,4%). Comme quoi, le taux de chômage augmente avec le niveau d’instruction, signifie clairement le rapport. En clair, plus une personne fait de longues études, plus il est exposé au chômage. Pour information, de 190 milliards de francs Cfa en 2010, le budget alloué au secteur éducatif est passé à près de 200 milliards de francs Cfa en 2011. Entre la période de 2012 à 2014, les dépenses d’éducation au Bénin sont passées à plus de 200 milliards de francs Cfa en 2012 à 220 milliards de Francs Cfa en 2013 et 2014. En 2015, ces dépenses sont évaluées à 226 milliards de francs Cfa. C’est ce que révèle le rapport « Coût et Financement du secteur de l’éducation nationale » du groupe N°3, rendu public le 21 décembre 2016. En termes d’exécution des dépenses publiques d’éducation et de leurs évolutions intra-sectorielles, le rapport révèle que les départements ministériels de l’Alphabétisation, Ministère des Enseignements Maternel et Primaire « MEMP », Ministère des Enseignements Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle « MESTFP » et Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique « MESRS », constituent les secteurs de l’éducation affichant des taux d’exécution très souvent au-delà des 100% à l’exception de l’Alphabétisation qui a enregistré les taux les plus faibles en passant de 37% en 2010 à 83% en 2015. Le Ministère des Enseignements Maternel et Primaire (MEMP) connait la plus grosse part des dépenses du secteur, estimé à 47% et représente sur la période des taux d’exécution au-dessus de la barre des 90% avec un pic de 109% atteint en 2015. Le deuxième niveau des dépenses affiche une part au-dessus de la barre des 27% pour le Ministère des Enseignements Secondaire, Technique et de la Formation Professionnelle (MESTFP). Au Ministère de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche Scientifique (MESRS), le taux d’exécution a connu une évolution erratique passant de 80% en 2010 à un pic de 124% en 2012 avant de descendre à 79% en 2014. En 2015 notifie le rapport, ce taux s’établit à 104% illustrant la période accordée par l’Etat au secteur de l’éducation en termes d’exécution budgétaire. De l’évolution des dépenses courantes par nature dans l’ensemble du secteur éducatif, les analystes classent les dépenses de personnel en première position, soit une moyenne de 80% des dépenses courantes, suivies des dépenses sociales qui occupent la deuxième position et les transferts viennent en troisième position. La classification de ces dépenses par sous-secteur, positionne pour le compte du MEMP, les dépenses de personnel au premier rang, suivi des dépenses sociales (bourses, cantines, etc.) au deuxième rang et le troisième pôle des dépenses concerne les subventions allouées aux établissements. Pour le sous-secteur du MESTFP, les dépenses de personnel occupent la première place, suivies des dépenses en biens et services qui viennent en deuxième position et des subventions aux établissements classées au troisième rang. Au MESRS, le premier pôle des dépenses se trouve être également dans le personnel, ensuite les dépenses sociales (bourses, œuvres universitaires, etc.) viennent en deuxième position et les subventions aux établissements classées en troisième position. Selon les estimations sur la variation du coût unitaire de formation à la maternelle, le montant est passé de 57.528 francs Cfa en 2010 à 41.925 francs Cfa en 2015. Sur la même période au primaire, le coût de formation par écolier est passé de 56.042 francs Cfa à 54.257 francs Cfa. Dans l’enseignement supérieur en 2015, le coût de formation par étudiant dans les facultés classiques, écoles ou instituts est estimé à 457.578 francs Cfa. Le montant est encore plus croissant à l’Université d’Agriculture de Kétou où la formation par étudiant a coûté à l’Etat béninois la bagatelle somme de 1 million 735 mille 187 francs Cfa.

Les questions de qualité, d’efficacité interne et externe du secteur éducatif béninois

Au regard des ressources importantes allouées au secteur éducatif et des progrès enregistrés en matière d’accès et de participation au niveau de tous les ordres d’enseignement formel et de l’alphabétisation, il apparait opportun de porter une attention sur l’efficacité de l’enseignement. Cette problématique a fait objet de réflexions et de recherches pour le groupe N°4, qui a jeté son regard critique et analytique sur la qualité de l’offre éducative, sur son efficacité à maintenir les apprenants dans le cursus scolaire et à garantir l’adéquation formation-emploi. Dans ce groupe, les acteurs de l’école se sont inspirés des résultats de l’évaluation internationale du Programme d’Analyse des Systèmes Educatifs de la CONFEMEN PASEC 2014, à laquelle le Bénin a pris part pour poser le diagnostic de l’école béninoise. Des résultats présentés dans le rapport, il ressort qu’en début de scolarité, les scores moyens des apprenants en lecture (458) et en mathématiques (454,7) sont inférieurs à la moyenne qui est de 500. Avec ces scores, le Bénin occupe l’avant dernière place parmi les dix (10) pays évalués. Par contre, en fin de scolarité, le score moyen des apprenants en lecture (523) est supérieur à la moyenne, mais toujours inférieur à cette moyenne (496,9) en mathématiques. Ce score en lecture classe le Bénin 3ème des dix (10) pays évalués et 4ème ex avec le Cameroun en Mathématiques. A l’analyse des résultats aux examens nationaux, les résultats du CEP 2015 confirment le faible niveau d’acquisition des élèves particulièrement dans les matières fondamentales (Français et Mathématiques). Au BEPC, plus de 60 % des notions évaluées dans les différentes disciplines ne sont pas acquises et plus de 50% des élèves échouent à l’examen du BAC. Selon les analystes, l’évolution des résultats pose le problème de la constance de la transmission des connaissances et/ou de la fiabilité de l’évaluation. Aussi, observent-ils, le faible niveau des apprenants pourrait s’expliquer par le faible niveau des enseignants qui sortent des Ecoles Normales d’Instituteurs, notamment en dictée. La preuve, 22% d’élèves-maîtres titulaires du BAC candidats au CAP réussissent l’épreuve de dictée au moment où réussissent seulement 4,45% d’élèves-maîtres candidats au CEAP/EP et 0,98% d’élèves-maîtres candidats au CEAP/EM. Autre révélation du rapport, la pénurie d’enseignants est remarquable dans six départements et plus de 70% des cas d’affectation des enseignants ne sont pas décidés en fonction des élèves (environ 73% d’allocation des enseignants du primaire ne sont pas liés au nombre d’élèves mais plutôt à d’autres critères ou phénomènes non maîtrisés). Dans le secteur, constatent les experts, environ 36% des établissements sont sur dotés en enseignants, 63% sont sous dotés et seulement 1% est normalement doté, posant ainsi un véritable problème d’iniquité dans l’allocation des ressources et de façon plus prononcée dans le département de l’Alibori. Karimama, Malanville et Ségbana ont enregistré respectivement des sous dotations de 97,6%, 95% et 89,4%. Par contre, dans le département du Mono, on note une sur dotation d’environ 51% et de façon plus prononcée dans les communes de Grand Popo (64,2%), Lokossa (57,8%) et Comè (55,7%). Dans le sous-secteur de l’Enseignement Secondaire, des gaps de déficit horaire sont également remarqués. Suivant les statistiques, 25 424 heures sont dues aux élèves, ce qui correspond sur la base de 18 heures hebdomadaires par enseignant à un besoin estimé à 1 412 enseignants. Une grande partie de ce déficit, mentionne le rapport, est liée au manque d’enseignants. En termes de postes d’enseignants, c’est l’équivalent d’environ 896 enseignants qui sont payés sans qu’il ne soit possible de justifier qu’ils exécutent entièrement le volume horaire qu’ils doivent aux élèves. A propos des questions de redoublement et des abandons, les résultats évoquent les gaspillages de ressources éducatives à 35% au primaire, à 34% au premier cycle du secondaire et à 27% au second cycle du secondaire. En conclusion, il résulte que pour former un diplômé, l’Etat investit 9,3 années-élèves au primaire, 6 années-élèves au premier cycle du secondaire général et 4,2 années-élèves au second cycle du secondaire.

Edouard KATCHIKPE

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