Regard sur la presse au benin : «Le CAFPJ est une école d’élites et non de masse», dixit Pascal ZOUNTCHEME

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Créé depuis 2002 et fortement encouragé au départ par l’Ancien Secrétaire Général de l’ONU, le Professeur Boutros Boutros Ghali, le Centre Africain de formation et de perfectionnement des journalistes a fait son petit bonhomme de chemin. Il surclasse plusieurs écoles de la sous région à en croire les nombreuses distinctions reçues, devenant de fait une école de référence par la pertinence de ses formations et la qualité de ses enseignants. Pascal Zountchémé, fondateur et directeur de cette école, dans un entretien à battons rompus revient sur les nombreux défis de la presse béninoise.

Educ’Action : Vous qui dirigez une institution de formation de journalistes professionnels, quelle est votre lecture de la liberté de presse au Bénin ?

Pascal ZOUNTCHEME : La liberté de la presse au Bénin est une liberté que je peux analyser sur deux plans. Premier plan, c’est une liberté réelle au plan réglementaire du point de vue du cadre juridique, il n’est pas interdit à quelqu’un de parler. La loi permet aux gens d’exprimer librement leurs opinions. Maintenant cette même loi vous dit que si vous émettez des opinions ou des jugements sur des gens sans fondement, vous devrez en répondre devant les tribunaux. Il est vrai que certains estiment que la législation sur la presse est trop répressive. Bon ! On peut toujours corriger ce cadre juridique-là. Mais tout contre fait la presse est libre au Bénin au plan juridique. Mais au plan pratique, dans la réalité, cette presse se limite elle-même par les pratiques des mêmes journalistes qui vont se faire amis des hommes politiques et des hommes d’affaire, ce qui les empêche de dire la vérité tout simplement. Généralement lorsqu’on dit la liberté de presse est entravée, on pense toujours à l’État. Or le journaliste lui-même au Bénin se met des entraves ou sinon ce sont des presses qui sont créées par des hommes politiques, par des entrepreneurs sans scrupule. Quelque soit ce qu’ils font, on doit pouvoir se taire ou on ne doit pas en parler ou si on doit en parler, il faut alors les caresser dans le sens du poil ou tout simplement ils commandent des articles pour détruire leurs adversaires ou leurs concurrents. Donc la liberté de presse de mon point de vue peut s’analyser sur ces deux points.

On reproche souvent à la presse béninoise de ne pas être un presse d’investigation. Pensez-vous que l’accès à l’Information au Bénin est une réalité ?
Toute presse est d’investigation. Tout journalisme est d’investigation. Il faut que cela soit très clair. Au sens strict, le métier de journalisme suppose l’investigation. Qu’est-ce l’investigation ? C’est la recherche de l’information. Quel est ce genre journalistique qui ne vous oblige pas à aller vous informer au moins de quelque chose ? Il y en a pas. Donc, toute presse est d’investigation. Maintenant, lorsqu’il s’agit de l’accent particulier à mettre sur l’investigation, c’est-à-dire qu’on ne devrait pas écrire quelque chose sans investigations, la presse béninoise a des problèmes. Les gens se lèvent, ils vont dans leur rédaction, ils n’ont rien à écrire, ils prennent leur stylo et écrivent n’importe quoi sur d’autres. Ça ce n’est pas de la presse. Je pense que la presse béninoise aura beaucoup à gagner en faisant toujours des recherches en allant toujours à la source pour avoir les bonnes informations avant de les traiter et de les diffuser.

Est-ce c’est facile d’aller à la source au Bénin pour avoir les bonnes informations surtout sur des sujets à polémiques ?
Bon ! Je ne sais pas mais souvent les gens le disent qu’aller à la source est difficile au Bénin. Moi personnellement je n’ai fait aucune expérience dans ce sens. Aucune source au monde n’est facile. Je ne sais pourquoi on dit que les sources d’informations sont difficiles. Écoutez ! Qui met librement les informations à la disposition de quelqu’un ? Il faut se battre, être persévérant et perspicace. C’est cela le journaliste.

Vous avez justement décidé de former des journalistes professionnels pour leur permettre d’avoir les armes du métier. Depuis quand avez-vous commencé cette aventure ?
Nous avons créé le Centre Africain de Formation et de Perfectionnement des Journalistes (CAFPJ) depuis une dizaine d’années. Cette école a été, en réalité, créée en 2002. Donc en Octobre passé, nous avons eu dix ans d’existence et d’activités. Cette école a été ouverte dans le but de créer un pôle d’excellence en matière de formation des journalistes parce que vous n’êtes pas sans savoir que le Bénin fait partie des tout premiers pays à renouer avec la démocratie en 1990. Et cette démocratisation sinon ce renouveau démocratique a eu pour conséquence la libéralisation de l’espace audiovisuel donc la libéralisation de l’espace médiatique. Beaucoup de journaux ont été autorisés, des radios ont commencé par être autorisées. Et nous avons constaté que la majorité des animateurs des médias Béninois, et africains de façon générale, n’avaient pas reçu une formation dans le métier qu’ils s’exerçaient. Et nous avons fait une étude que la Francophonie et le PNUD ont d’ailleurs reconnue comme quoi à peine 3% des journalistes Africains qui travaillent sont passés par une école de journalisme à côté de la France qui a 13%. 13% c’est peu mais 3% c’est encore grave. Donc cette école a été créée pour régler un certain nombre de problème, notamment le problème de formation des journalistes sur le continent Africain. Et c’est une initiative qui a été fortement encouragée au départ par l’Ancien Secrétaire Général de l’ONU, Secrétaire Général de l’Organisation Internationale de la Francophonie d’alors, le Professeur Boutros Boutros Ghali. Et nous commencé notre petit bonhomme de chemin, et aujourd’hui je puis vous dire que le CAFPJ est devenu une référence en Afrique de façon générale au Bénin en particulier, parce nous avons formé des journalistes qui travaillent dans différentes rédactions de la place, différentes rédactions de l’Afrique et du monde. Parce que c’est un centre Africain qui héberge plusieurs nationalités, des camerounais, des Congolais, des Tchadiens, des Rwandais et j’en passe. C’est un centre qui reçoit beaucoup d’étudiants. Parfois ce sont des étudiants boursiers par leur État ou alors des étudiants ou des stagiaires qui sont envoyés grâce aux bourses de l’UNESCO et même de la Francophonie. Donc c’est une école qui, au fil des ans, s’est imposée par son sérieux, par la qualité de la formation par la qualité de ses enseignants. Nous avons formé aussi les patrons de presse parce que le centre a estimé qu’après avoir formé longtemps les journalistes, il y avait aussi les gestionnaires des médias qui ne maîtrisaient pas très bien ce qu’est une entreprise de presse. Et à cet effet presque tous les patrons de presse Béninois, tous ceux qui sont directeurs d’organe de presse Béninois sont passés par ce centre afin d’être formés. Le CAFPJ est aujourd’hui une référence. Souvenez-vous que le centre a reçu le prix d’Excellence comme meilleure grande Université dans l’espace UEMOA à l’Université de Lomé, et nous avons reçu ce prix en 2010, et en 2012 nous avons reçu un autre prix de la meilleure grande école du Bénin, un prix qui nous a été décerné au plan local. Ce qui veut dire que nous avons le sentiment que les gens reconnaissent les efforts que nous fournissons et que ces efforts sont perceptibles sur le terrain à travers les prestations des journalistes que nous formons, à travers les prestations des patrons de presse qui sont passés par ici et qui aujourd’hui affichent avec fierté cette maîtrise de la gestion des entreprise de presse.

Le CAFPJ forme dans les différents médias. Qu’est ce qui fait la particularité du CAFPJ à côté des autres écoles ?
D’abord, le CAFPJ, c’est la plus ancienne école strictement parlant consacrée exclusivement au journalisme. Ça c’est la particularité. L’ancienneté, l’exclusivité, la qualité de la formation parce que l’expérience va avec la qualité. Vous ne pouvez pas avoir existé pendant 10 ans et faire la même chose que les autres. Le CAFPJ, c’est sa vocation internationale et de base. C’est un centre pour desservir l’Afrique et non seulement le Bénin. Donc c’est cette ouverture de base que le CAFPJ a sur le reste de l’Afrique et du monde parce que nous voudrions former des journalistes Africains capables de rivaliser avec des journalistes venus de tout autre continent. Et moi je sais que les journalistes que nous formons déjà ici au CAFPJ sont déjà capables de rivaliser avec n’importe quel journaliste dans le monde. La preuve, il y a des gens qui ont été déjà formés ici et qui travaillent aux États-Unis, en Europe etc. et qui sont très bien appréciés par leurs employeurs.

Quelle est la cohabitation du CAFPJ avec les autres écoles de la place ?
Le CAFPJ ne peut pas exister et refuser que d’autres centres existent. Il faut que cela soit clair. Même si le CAFPJ veut être une école de journalisme au Bénin, elle ne revendique pas d’être la seule école de journalisme au Bénin parce que pour accéder au CAFPJ, c’est sur conditions. Le CAFPJ a des critères de sélections pour y étudier. Le CAFPJ ne peut pas prendre tout le monde. Le CAFPJ est une école d’élites et non de masse. Donc les autres écoles qui existent sont bienvenues. Le plus important est que la finalité soit la même et que les journalistes soient bien formés. C’est ce que je dis. Mais je dis une seule chose. On forme un ingénieur agronome dans une école d’agronomie et un médecin dans une école de médecine. Donc vous ne pouvez pas vouloir être formé dans un métier et vous faire former dans une école qui n’a pas pour vocation de vous former !

Un mot de fin
Oui, j’exhorte les journalistes à prendre conscience de leur responsabilité sociale et à privilégier les faits aux opinions. Que ceux qui le peuvent aillent dans une école de formation pour mieux s’aguerrir.

 

Propos recueillis par Ulrich Vital AHOTONDJI

 

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