Stéfano Amèkoudi, Directeur CNFC, parlant des technologies éducatives : « Malgré les mérites des autorités qui y travaillent, la situation est encore précaire »

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Le Plan d’Actions du Gouvernement « Le Bénin révélé », accorde une place de choix au développement du numérique éducatif à tous les niveaux du système éducatif béninois. Au niveau de l’enseignement supérieur, les Campus Numériques Francophones, éparpillés dans le monde, ont acquis de l’expérience et de l’expertise en la matière. A ce propos, Educ’action donne la parole à Stéfano Amèkoudi pour faire le point de l’existant. Et voici ce qu’il en dit…

Educ’Action : Qu’est-ce que c’est qu’un Campus Numérique Francophone (CNF) ?

Stéfano Amèkoudi : Un CNF, c’est d’abord une implantation de l’Agence Universitaire de la Francophonie (AUF). A ce titre, un CNF représente l’AUF de manière institutionnelle, fait le relai de ses activités et de ses programmes sur le territoire qui l’héberge et contribue à la coopération et à la solidarité interuniversitaire. Le CNF vise aussi l’intégration, l’appropriation et la prospective autour des technologies de l’information et de la communication pour la formation, la recherche et l’enseignement. C’est un pôle de ressources humaines et technologiques pour remplir trois fonctions : l’accès aux savoirs et aux compétences à travers l’accès à internet, à l’information scientifique et technique, aux formations ouvertes et à distance ; la production de savoirs et de compétences grâce à l’appui à la mise en ligne de revues électroniques, le montage de formations ouvertes et à distance (FOAD) ; l’appui à la publication et aux manifestations scientifiques ; la formation aux savoirs et aux compétences telles que les micro-formations que nous faisons au CNF de Cotonou tous les mercredis après-midi, les formations de formateurs à travers divers programmes tel que Transfert.

Vu la place de plus en plus importante que le numérique occupe dans le secteur éducatif, quel état des lieux faites-vous de la situation du Bénin pour l’enseignement supérieur ?

Pour le cas du Bénin, tout en reconnaissant les mérites des autorités qui travaillent fortement sur cette question, je pense que la situation est encore très précaire en ce qui concerne l’appropriation et la prospective dans les TIC. A l’Université d’Abomey-Calavi (UAC) par exemple, nous avons du télé-enseignement qui se fait à l’EPAC, un institut de formation continue qui essaie de travailler sur les questions de formation à distance et le Campus Virtuel Africain avec l’IFRI qui travaille sur les cours en ligne ouverts et massif (MOOC). Ces initiatives sont encore à l’état embryonnaire, car, très peu d’enseignants se sont réellement appropriés la question de l’intégration des TIC. Le CNFC a organisé des formations avec des partenaires et l’université depuis un certain nombre d’années. Il y a eu le projet PADTICE de l’UNESCO et l’UEMOA qui a renforcé l’université en équipements mais on se rend compte que ces équipements sont utilisés pour continuer à faire des cours d’informatique (bureautique) alors que l’innovation pédagogique avec les TIC apporte beaucoup de choses telles que les classes inversées et la formation à distance proprement dite, qui, malheureusement, est très peu développée à l’UAC et au Bénin en général. Aucune université béninoise ne s’est véritablement appropriée ces outils pour les intégrer dans la formation, dans les pratiques quotidiennes des apprenants, dans les modalités de diffusion et de transmission de cours. Nous avons une cellule d’assurance qualité, une cellule de formation continue, un service informatique qui s’occupe des équipements mais aucune cellule d’intégration pédagogique des TICE (Technologie de l’Information et de la Communication en Education) n’existe dans aucune université au Bénin.

Vous faites des missions régulièrement dans le pays notamment à l’université de Parakou. Que peut-on retenir de ce partenariat et quel bilan en faites-vous ?

L’université de Parakou (UP), au même titre que l’UAC, est membre de l’AUF qui est d’abord une association des universités et des établissements de recherche Francophones dans le monde. Ces deux établissements bénéficient d’un certain nombre de programme à travers le CNFC. L’année dernière, au-delà des activités de coopération et de solidarité universitaire, il y a eu des actions et programmes en direction de la communauté universitaire de Parakou. Nous avons déployé quatre ateliers durant une semaine concomitamment avec les journées de la coopération de ladite université. Ces ateliers ont porté sur les techniques de recherche d’emploi (atelier première embauche), les renforcements de compétences en numérique (préparation à la certification informatique et internet) et les outils de cartographie numérique OpenStreetMap et une activité de relation publique à travers un stand lors desdites journées. Au niveau de nos indicateurs, nous avons été satisfaits puisque les étudiants ont adhéré fortement à ces activités. Ceci étant, le plus important c’est l’impact que nous pouvons apporter à l’université. Mais notre action est limitée de par les ressources que nous avons et aussi de par la mobilisation qu’il peut avoir autour de nos actions. Il conviendrait que nous puissions mobiliser d’autres partenaires pour poser des actions de grandes envergures et que les établissements membres intègrent ces éléments dans leurs stratégies pour que ces actions ne soient pas des actions de l’AUF mais des actions accompagnées en partenariat avec les universités.

Que prévoyez-vous alors pour le Septentrion ?

Nous envisageons déployer à Parakou, avec le concours de l’Ambassade de France et avec les avis des autorités de l’AUF, un espace pouvant permettre de pérenniser ces actions à l’Institut Français comme ce qui se fait au CNFC. Le déficit d’actions au nord et en général avec les universités autres que l’UAC s’est fait sentir. C’est l’occasion d’appeler d’autres institutions à aller plus au nord parce que les étudiants sont dans des situations, je n’aime pas le terme, mais « de précarité », face à l’accès à l’information, face aux renforcements de capacités, face à l’accès à la connectivité à l’internet.

Quel intérêt pour un pays d’avoir un campus numérique sur son territoire ?

Un campus numérique est un outil d’accompagnement des établissements par le partage et la capitalisation réseau. C’est un espace de ressources pour les universités et un relai des différents services de l’AUF. C’est des acteurs de développement en conseil, expertise et formation dans les technologies éducatives, des systèmes d’information et réseau pour l’enseignement supérieur et de l’innovation. Toutes ces ressources sont utilisées pour accompagner les stratégies des établissements d’enseignement supérieur et la tutelle. Un exemple, à partir des modèles des campus numériques, la Côte d’Ivoire est en train de développer une université virtuelle qui est une université de plein exercice. C’est une université étatique dont le mode de livraison des cours se fait entièrement à distance. Cette université va déployer des espaces numériques sur le territoire, va permettre de faire un aménagement numérique du territoire, une sociabilisation des espaces numériques auprès des populations dans un contexte de décentralisation. Au-delà de l’aspect numérique éducatif, de technologie éducative et d’innovation pédagogique qu’apportent les CNF, un Etat qui décide de partir de ce modèle peut rapprocher les populations des outils numériques dans l’optique d’un aménagement numérique de son territoire.

Quelles sont les perspectives du CNFC à l’UAC et au Bénin en général ?

L’Agence s’engage dès cette année 2017 dans une nouvelle phase de son développement car 2017 constitue le début de la nouvelle programmation quadriennale. Les campus numériques vont évoluer car l’Agence n’a pas suivi les grands courants de l’innovation actuelle que sont les FabLab, les LearningLab, les LivingLab, les CoWorking Space. En effet, la recherche universitaire doit passer à une recherche-action et à la recherche-développement. Les CNF qui ont longtemps soutenu la recherche fondamentale entrent aussi dans cette dynamique qui exige que le milieu universitaire se frotte beaucoup plus au milieu professionnel, à la demande du terrain, aux besoins de la population. Pour cela, les campus numériques doivent devenir de nouveaux lieux de rencontres, d’expérimentation, d’innovations pédagogiques et sociétales. C’est dans ce sens que le CNF de Cotonou va essayer, dans cet environnement de l’UAC qui est assez innovant grâce aux programmes d’incubation, de volontariat et à son ouverture à la coopération, et dans la mesure des moyens que nous pouvons mobiliser grâce aux divers partenaires, de se transformer en un LearningLab. Un espace de pédagogie ouverte et ascendante d’expérimentation et de prototypage. Dans ce nouvel espace universitaire francophone, nous allons essayer de mettre en place un environnement assez modulable permettant de brasser divers types de populations, universitaires comme professionnels voire même les populations endogènes pour pouvoir confronter les idées et sortir de la matière et aussi pour pouvoir enseigner autrement. Nous allons évoluer en privilégiant l’insertion professionnelle des diplômés, en nouant des partenariats économiques car les ressources de l’AUF seules ne pourront pas suffire. Cette nouvelle programmation va nous permettre de partir vers ce nouvel espace francophone qui se veut être très mobile, de qualité, très compétitif et très professionnalisant. Nous souhaitons plus d’adhésion dans nos actions, trouver les moyens de mieux communiquer et plus de partenariats pour pouvoir mener nos actions.

Réalisation : Adjei KPONON

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