Tentative de vente d’enfant à Hêvié : Regard des spécialistes de la protection

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Un grand-père a tenté de vendre son petit-fils, le mercredi 14 février à Houinmè à Hêvié. La nouvelle a suscité désarroi et réflexions chez les acteurs de la protection de l’enfant.

Houinmè, l’un des 09 villages de l’arrondissement de Hêvié, dans la commune d’Abomey-Calavi, est sous le feu des projecteurs depuis le mercredi 14 février 2024. Un sexagénaire, conducteur de Zémidjan (taxi-moto) a tenté de vendre son petit-fils contre la somme de dix millions (10.000.000) de francs cfa. D’après les informations recueillies, une fois vendu, l’enfant, âgé de 1 an, devait servir aux pratiques occultes. Pour atteindre son objectif, le grand-père du marmot a sollicité l’aide d’un ami. Ce dernier a vendu la mèche en se rendant au commissariat d’arrondissement de Hêvié. La police républicaine est descendue sur les lieux. Soumis à un interrogatoire, le grand-père indigne a avoué les faits tout en déclarant avoir contacté un ami à cet effet. Du coup, ce fait divers fait délier les langues.
Franck Houessou est le directeur exécutif de ‘‘l’Association Famille en Mission’’ (AFM) sise à Houègbo gare. « C’est la recherche du gain facile doublée d’une forte dose de méchanceté qui peut susciter cette envie inhumaine de vouloir vendre un petit-fils », affirme-t-il tout nerveux. Il s’interroge : « A priori, il s’agit d’un sexagénaire qui conduit encore un Zémidjan. Pendant son enfance, son adolescence, pendant tout ce temps où il doit construire sa vie pour aujourd’hui, qu’est-ce qu’il en avait fait ? Qu’a-t-il fait de sa jeunesse au point de conduire un Zémidjan aujourd’hui ? ».
Toussaint Sagbo Fanou, professeur certifié d’anglais à la retraite et parent n’est pas allé par quatre chemins pour exprimer son mécontentement. « Il faut être un homme un peu déséquilibré pour chercher à vendre son petit-fils pour des millions. C’est inadmissible parce que l’homme n’est pas une marchandise à vendre. Nous sommes en train d’assister à la mort de l’humain dans l’âme. Si vraiment l’humain était encore dans l’âme de ce pépé, il n’acceptera jamais de vendre son petit-fils. »

Quand l’homme doit être placé au-dessus de l’argent

Les propos de Toussaint Sagbo Fanou rappellent ce proverbe africain : « L’argent est bien, mais l’homme est meilleur, parce qu’il répond quand on l’appelle ». Il ajoute : « Ce n’est tout simplement pas possible qu’on vende un être humain surtout quand il s’agit d’un marmot juste pour prendre en retour de l’argent. Nos traditions le disent très bien. L’argent est là, il est reluisant mais il finit. Mais l’homme ne finit jamais. Les relations avec l’homme, les soutiens que vous avez de l’homme, l’argent finit et peut ne pas vous apporter ce soutien ». L’argent, ce métal précieux, ne doit pas être au-dessus de l’être humain.
S’agissant de savoir s’il est possible de livrer un marmot contre de l’argent, Franck Houessou, le directeur exécutif de l’AFM, fait cette réponse : « Non. Ce n’est pas possible. Mais quand on n’a d’yeux que pour l’argent, on perd complètement le sens de l’humain et on devient moins qu’un animal. Donc on ne connaît plus la valeur de l’Homme encore moins un petit enfant sans défense, fut-il son petit-fils ». Le trafic des enfants est une transaction illégale impliquant plusieurs acteurs. Il peut s’agir d’entremetteurs locaux ou étrangers et des parents de l’enfant. L’enfant apparaît, dans ce cas, comme une marchandise ou un article d’échange. Cet homme, soutient Franck Houessou, est sans scrupule puisque dans notre société, notre culture, le petit est plus que son propre fils.

Nécessité d’une éducation à la base

« Il faut commencer à démystifier l’argent. Il faut une éducation à la base. Nous devons éduquer les enfants à la base, nous devons tout faire pour montrer à l’enfant que l’Homme est au-dessus de l’argent ». Ainsi parle Franck Houessou de l’AFM, revenant ainsi sur l’importance d’une éducation à la dignité humaine.
Abondant dans le même sens, Toussaint Sagbo Fanou, intronisé Dah Yêho Ayidékon Hwendomabou de Cana, renchérit : « Il ne faut pas que nous mettions l’argent au-dessus de tout. L’argent n’est pas au-dessus de l’amour pour le prochain. L’argent n’est pas au-dessus de la vie en société, de la solidarité. L’argent n’est pas au-dessus de notre morale ». Le travail bien fait doit primer sur la recherche de l’argent. Car, précise Franck Houessou, l’homme ne doit pas chercher l’argent mais le travail. La recherche du travail honnête évite beaucoup de désagréments. Il ne faut pas chercher l’argent, mais le travail. « Si au lieu de chercher le travail, vous cherchez l’argent, quand il aura une petite difficulté, vous allez fausser les mesures et c’est quand vous faussez les mesures que vous devenez criminel », indique Franck Houessou pour étoffer ses propos. Il ajoute qu’il va falloir éduquer les enfants pour qu’ils ne soient pas faibles devant l’argent.
« Si j’étais à la place du père de cet enfant, je prendrai toutes mes distances. Je m’éloigne totalement pour qu’on ne dise pas un jour que mon père a voulu vendre mon fils et j’ai voulu attenter à la vie de mon père », dira Toussaint Sagbo Fanou. « Pas du tout ! », semble dire Franck Houessou de l’AFM. Il ajoute : « Si j’étais à la place du père de cet enfant qui a échappé à ce deal macabre, je vais d’abord rendre grâce à Dieu. Je vais dire merci à la nature qui n’a pas permis que cette personne mal intentionnée aille au bout de son forfait. Je laisse après la justice faire son travail ».

Dispositions de la loi sur le Code de l’enfant

Les ouvriers du trafic d’enfants portent atteinte à la loi en République du Bénin. Conformément aux dispositions de l’article 200 de la loi N° 2015-08 du 08 décembre 2015 portant Code de l’enfant en République du Bénin : « La vente d’enfant est interdite en République du Bénin ». Mieux, la même loi en son article 390 stipule : « Est puni de cinq (05) ans à dix (10) ans d’emprisonnement et d’une amende de cinq cent mille (500 000) francs à cinq millions (5 000 000) de francs CFA, tout acte ou transaction comportant l’offre, la remise, l’acceptation d’un enfant contre rémunération ou tout autre avantage ».
Par extension, il faut noter également les dispositions de l’article 391 : « Le père ou la mère qui, sciemment, transporte et/ou remet son enfant en vue de la traite de celui-ci ou d’une façon quelconque aide le trafiquant, encourt un emprisonnement de six (06) mois à cinq (05) ans. »
Pour rappel, après avoir interrogé le grand-père, il a été présenté au Procureur de la République près le Tribunal de Première Instance de 2e classe d’Abomey-Calavi, et placé sous mandat de dépôt, le lundi 19 février 2024.

Enock GUIDJIME

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