Vente des cartes de recharge téléphoniques à Cotonou : Une panacée d’appoint pour les jeunes chômeurs

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Au nombre des activités fluctuantes qui occupent les jeunes béninois sans emploi à Cotonou, figure la vente des cartes de recharge téléphoniques des opérateurs mobiles Gsm. Ils s’y adonnent par milliers à la quête de la pitance journalière. Leurs lieux de convergence par prédilection : les carrefours et feux tricolores.

Vendredi 27 Septembre 2013. Il sonnait 21 heures 52 minutes à Cotonou. Dans les feux tricolores du carrefour de l’Unafrica, non loin du Ministère de la jeunesse, des sports et loisirs, un jeune vendeur des cartes de recharge téléphoniques de presque tous les réseaux Gsm opérant au Bénin. Lui, c’est Patrick Adjatan. Il mesure 1m 76 et est âgé de 22 ans. Très actif, sourire aux lèvres, il s’approche de moi. « Bonsoir Tonton, j’ai toutes les cartes de recharge, faites votre choix ! », m’a-t-il lancé d’un air rassurant. J’ « obéis » à la volonté de ce jeune vendeur nocturne dont le regard cache toute une histoire d’enfant passionné par l’école, mais très tôt privé de ce désir après la mort de sa maman, il y a douze (12) ans.
En effet, Patrick Adjatan est issu d’une famille polygame. Son papa s’est marié à trois femmes et sa maman en est la toute première. « Mon papa et ma maman se sont quittés à la suite d’une violente dispute suscitée par l’une des coépouses. Ma maman a décidé de vivre seule avec ses enfants dont moi. Mais très tôt, le sort en a décidé autrement. Elle a rendu l’âme à la suite d’une courte maladie alors que j’avais dix (10) ans. Contre mon gré, j’ai abandonné la classe après l’obtention de mon diplôme de Certificat d’études primaires (Cep). Aujourd’hui, j’en ai 22 », s’est-il confié, très ému. Ainsi commence la souffrance de Patrick. Il a été enfant domestique au Nigeria. Avec plus de chance, il est revenu au pays. Depuis lors, il est devenu un « touche à tout ». Sa nouvelle trouvaille, la vente des cartes de recharge téléphoniques. Une activité lucrative, précaire certes, qu’il exerce depuis cinq (5) ans environ afin de joindre les deux bouts. Avec des amis, ayant des histoires d’infortune diverses, Patrick commence sa journée à 7 heures 30 minutes pour la finir parfois au-delà de 00 heure. Ses lieux de vente de prédilection, ce sont les carrefours et dans les feux tricolores où il arrive à faire de bons chiffres d’affaires. A l’image de Patrick Adjatan, ils sont des milliers de jeunes béninois qui se livrent à cette activité pour satisfaire partiellement leurs besoins et mêmes ceux de leurs parents. « Une solution d’appoint au chômage certes, mais très difficile », a confessé Norbert Hadonou, un apprenti mécanicien reconverti.

De faibles revenus pour une grande capacité de marketing
Aux dires des jeunes vendeurs des cartes de recharge téléphoniques rencontrés, les retombées financières de l’activité ne sont pas trop intéressantes. Sur les cartes de 2000 et 2.500 francs Cfa, ils gagnent 100 à 150 francs Cfa. Sur celles de 4000 et 5000 Francs Cfa, ils bénéficient de 300 francs Cfa. Idem pour les flashs de 200 francs Cfa qui concèdent 10 francs Cfa comme intérêt. Ceux de 500 donnent droit à 25 francs Cfa. « Sur les flashs de 1000 francs Cfa, je gagne 50 francs Cfa », a expliqué Jonathan Avoho, installé dans un kiosque au quartier Gbégamey, non loin du grand marché. A en croire Patrick Adjatan, l’activité dans les feux tricolores et carrefours est plus intéressante. « C’est très facile de vendre plusieurs cartes de recharge téléphoniques par jour. J’en vends parfois jusqu’à vingt (20). L’autre aspect qui nous différencie de nos concurrents installés dans les kiosques est qu’il y a des généreux qui nous font grâce des reliquats. D’autres sont parfois pressés et nous laissent les petites monnaies. Ce qui, au décompte final, augmente notre recette », a-t-il martelé.
Pour l’un des responsables du service marketing de Mtn Bénin qui a requis l’anonymat, des dispositions seraient en voie d’étude pour mieux intéresser ces jeunes qui jouent un rôle prépondérant dans la chaîne de distribution et de vente des cartes de recharge Mtn. Idem du côté de BBcom où l’on réfléchit à la même formule de stimulation. A la direction commerciale de Bell-Bénin, on a reconnu les efforts que consentent ces jeunes et les risques qu’ils courent dans l’exercice de leur activité. A la lumière des explications, il n’est pas exclu qu’il soit envisagé des stratégies nouvelles de motivation allant dans le sens de la satisfaction des préoccupations.
Selon Patrick Adjatan et ses amis, c’est aussi le lieu de l’apprentissage des techniques de vente. En termes techniques, on parlera du marketing et de l’action commerciale. « Parfois, on force les gens à payer les cartes même s’ils n’en ont pas l’envie. Ça dépend de la manière dont tu les abordes, ton sourire et surtout ta franchise », a confié Patrick. « Il y a des clients qui vous repoussent parfois dans les feux. Ils vous injurient à cause de votre insistance et il faut savoir supporter tout ça. Puisque nous savons ce que nous voulons », a expliqué Jonathan Avoho.
En dépit de la taille très insignifiante du revenu, les jeunes vendeurs de cartes de recharge téléphoniques se forment autrement et développent l’esprit d’initiative, de créativité et surtout de solidarité. Car, à force de rester souvent ensemble, ils finissent par se faire confiance, partager leurs expériences et entrevoir des projets communs, scruter ensemble de nouveaux horizons.

Les risques du métier
Comme dans toute activité, les jeunes vendeurs courent des risques. « Nous sommes parfois victimes d’accidents dans les feux tricolores et carrefours », a dit Patrick. Dans le feu de l’action, ils entrent souvent en collision avec des véhicules et motos. « Nous avons perdu le mois dernier un ami qui s’est fait ramasser par un motocycliste alors qu’il vendait de carte à un autre client », a témoigné Norbert, lui aussi, jeune vendeur de cartes de recharge téléphoniques.
Ils sont aussi victimes de vol de cartes de recharge téléphoniques par des clients indélicats. « De grandes personnes abusent de notre jeune âge et nous volent des cartes », a dit Patrick, indigné. Et pour corroborer tout ceci, ils sont sous le soleil et la pluie, le chaud et le froid. Ils courent dès lors des risques énormes de maladie. « Malheureusement, nous n’avons pas le choix », a-t-il regretté. Une activité pour parer aux urgences, Oui ! Mais pas porteuse d’espoir. C’est tout de même mieux que l’oisiveté, qui sans nul doute est favorable à bien des vices.

 

Réalisée par
Serge-David ZOUEME

 

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