Zéro éliminatoire au Bac : Le respect des dispositions engendre des frustrations

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Il y a quelques jours, une polémique s’est installée autour d’un relevé de notes rendu public sur les réseaux sociaux. Beaucoup ne conçoivent pas qu’avec 11,42/20 au Bac, un candidat puisse quand même échouer. Educ’Action rebondit sur la question pour éclairer la lanterne des uns et des autres sur les conditions de réussite et d’échec au Bac.

Candidat malheureux à l’examen du Baccalauréat, session de juin 2023, sa douleur aura été certainement plus vive et plus grande comparée à celle des autres candidats n’ayant pas obtenu le Bac. Pendant que certains candidats s’en sont sortis heureux, le Bac en poche, avec la moyenne de 10/20, ce candidat dont on ignore l’identité, s’est vu refuser l’obtention du diplôme de fin d’études du cycle secondaire, malgré sa moyenne de 11,42/20. Ce qui attire l’attention de plus d’un sur ce relevé, c’est la note zéro (0) que ce candidat de la série A2 a obtenu en mathématiques. Pour certains internautes actifs sur le réseau social Facebook où l’image du relevé de notes a circulé, c’est la note 0 en mathématiques qui a favorisé cet échec. « Quand on leur dit que la note 0 est éliminatoire, ils comprennent cela en chinois », a commenté l’internaute Alida Minga. A un autre du nom de Doris Whannoudira d’affirmer : « Cela servira de leçon aux autres. » Winto Topanou, un autre internaute espère que ce candidat a maintenant compris la leçon. Malheureusement pour d’autres, cette décision du Jury ne s’entend pas et est traitée de méchanceté. « Purée, c’est de la méchanceté gratuite. Un 0,25 l’aurait aidé. Ça m’a frustrée », a écrit une internaute. « La note 0 que le professeur lui-même a mis, cela lui a fait plaisir non ? Ça a chauffé mon cœur », s’irrite un autre internaute.
Mieux, pour un acteur d’un organe de presse qui a donné son opinion sur la question, faire redoubler un candidat qui a la moyenne parce qu’il a obtenu 0 dans une matière est un recul du système éducatif. « Ce DOB doit enfin dégager. Si le relevé de notes du Bac que j’ai aperçu sur les réseaux sociaux est authentique et répond vraiment de l’Office du Baccalauréat, il n’y a pas de raison pour que Alphonse da Silva et les inspecteurs de l’enseignement secondaire qui ont juste pour la plupart un titre gonflant ne viennent pas s’expliquer et dire aux Béninois, les motivations réelles du jury qui refuse le droit de passage à un candidat à l’assaut du Bac qui pourtant, a déjà obtenu la moyenne, presque la mention assez bien avant la première délibération. Sinon à vrai dire, ceci relève du rigorisme ou du zèle dont font souvent montre certains acteurs du monde éducatif, en l’occurrence ces inspecteurs qui sont, il faut oser le dire, déconnectés des réalités du terrain », a grondé ce dernier. Mais que disent exactement les textes qui régissent la réussite ou l’échec au Bac au Bénin ? Sont-ils écrits par le directeur de l’Office du Bac, le professeur Alphonse da Silva et ses inspecteurs ?

Boniface Guidi, l’IPD de l’Atlantique

Des candidats victimes des conditions de réussite et d’échec au Bac…

Au Bénin, les conditions de réussite et d’échec à l’examen du Baccalauréat sont fixées par le décret n°2002-097 du 04 mars 2002 portant réaménagement du déroulement de l’examen du Baccalauréat de l’Enseignement du second degré. À en croire Ghislaine Irmine Sottin Glèlè, Inspectrice Pédagogique Déléguée (IPD) du Littoral, on peut lire dans ce décret, ce qui suit : « À la première délibération, sont déclarés admissibles, tous les candidats ayant réuni au moins la moyenne de 09/20. Ils subissent alors l’épreuve d’Education Physique et Sportive (pour ceux qui sont aptes) et deux épreuves facultatives au plus puis, on procède à la deuxième délibération. Le grade de Bachelier de l’enseignement du second degré est conféré au candidat ayant obtenu une moyenne égale ou supérieure à 10/20 et n’ayant pas obtenu la note 0/20 dans l’une quelconque des disciplines de composition. Les épreuves orales sont ensuite organisées pour ceux qui n’ont pas pu réunir les 10/20 après la deuxième délibération. Une troisième délibération intervient alors pour sortir la liste définitive de tous les candidats admis à l’examen du Baccalauréat de cette année scolaire. Sont refusés ceux qui n’ont pas réussi à totaliser une moyenne égale ou supérieure à 10/20. »
Le même décret, dans son article 14 dispose : « La valeur de chaque épreuve est exprimée par une note variant de 0 à 20 en nombres entiers, l’absence à une épreuve obligatoire est sanctionnée par la note zéro (0), la note Zéro (0) est éliminatoire sauf décision contraire du jury de délibération, la note de chaque épreuve obligatoire, y compris l’éducation physique est affectée de son coefficient » De façon terre à terre, Boniface Guidi, l’IPD-Atlantique, explique : « On a dit à tous les candidats et tout le monde sait qu’il faut réunir une moyenne de 10 sur 20 au total pour avoir le Bac sans avoir une note éliminatoire. Une note éliminatoire, c’est 0 dans une matière quelconque. La note 0 est éliminatoire peu importe la moyenne. »
A la question de savoir si ces conditions sont suffisamment connues des candidats, l’IPD du département de l’Atlantique, Boniface Guidi répond : « Tous les candidats sont informés de ces conditions parce que c’est écrit sur leur convocation. Et mieux, quand un candidat veut se présenter, tous les enseignants leur rappellent cela. » Ces propos de l’IPD-Atlantique seront attestés par sa collègue IPD-Littoral. « Tous les candidats le savent ainsi que leurs parents. Il s’agit d’un décret amplement vulgarisé et par conséquent force reste à la loi », a-t-elle appuyé.

… scrupuleusement suivies dans le respect de plusieurs procédures…

D’entrée de jeu, l’IPD du Littoral Ghislaine Irmine Sottin Glèlè fait remarquer que chaque discipline a ses normes et les épreuves administrées sont accompagnées de la grille de correction composée des critères, des indicateurs et de la pondération. En mathématiques par exemple (puisqu’il s’agit de cette discipline sur le relevé exhibé), trois paramètres entrent en ligne de compte pour l’évaluation, selon les explications fournies par l’IPD du Littoral. « Premier paramètre, l’analyse. Il est question pour le candidat, d’analyser l’épreuve, c’est à dire d’identifier les données pertinentes, par rapport à la préoccupation de l’épreuve, pour la résolution. Si un candidat réussit seulement cette étape, il est épargné de la note zéro. Le deuxième paramètre est la mathématisation. Ici, le candidat essaie de trouver le concept mathématique pouvant lui permettre de résoudre le problème. C’est donc à ce niveau qu’il identifie les formules appropriées. Et enfin l’opérationnalisation qui consiste à bien opérer, à réussir les calculs. Les données identifiées au niveau de l’analyse ont-elles été bien remplacées ? Les calculs sont-ils justes ? », a-t-elle exposé avant de préciser que : « Si rien de tout ceci n’a été fait, on ne peut jouer à la fantaisie d’attribuer une note. Sur quelle base reposerait-elle, cette note ? Comment la justifierait-on ? Une copie peut donc, bel et bien, mériter la note zéro ? » Dans un français beaucoup plus monnayé dans le but de faciliter la compréhension à tous, l’IPD de l’Atlantique, Boniface Guidi dira : « Une copie sur laquelle il n’y a pas eu de production, la feuille est non pas vierge mais il n’y a pas eu de production comme le cas où j’ai ouï dire que le candidat dont on parle, n’a annoncé que : Je veux faire, je veux démontrer, mais ne fait rien et ne démontre rien. C’est donc une copie sans production qui mérite la note 0 systématiquement. » Par contre, poursuit-il, dans le cas où il y a une production, le correcteur est obligé d’examiner la copie à la lumière de la grille de correction qui pose des conditions pour ne pas décourager l’élève.
Même dans le cas où le correcteur juge que la copie mérite la note 0, son seul avis ne suffit pas pour maintenir cette note. La copie doit faire le tour d’un certain nombre de personnes spécialistes en la matière. Avant de maintenir la note zéro, la copie subit d’autres étapes décrites par Boniface Guidi. Selon son développement, le processus se définit comme suit : « À la correction, on forme un groupe de quatre (4) correcteurs devant un contrôleur. Quand le correcteur corrige la copie, il la soumet à son contrôleur pour voir si la grille de correction est respectée. Quand il confirme la note 0, il la valide et les deux signent. Mieux, tous ceux qui sont dans le groupe jettent un coup d’œil pour voir si cela mérite vraiment 0. Après eux, il y a le président de sous-commission qui intervient. Si c’est 0, lui-même doit pouvoir le confirmer étant donné qu’il doit signer le nombre de 0. Mais en plus de cela, à la délibération, on ressort toutes les copies qu’on remet à un spécialiste de la matière. Ce dernier regarde chaque copie pour voir si elle est bien corrigée, en tenant compte de la grille. » C’est bien cela !, s’exclame l’IPD-Littoral. Pour être sûre que le message est bien passé, elle réexplique à son tour. « Le professeur reçoit la copie pour correction, la lit, l’analyse et la juge à l’aune de la grille de correction. La copie échoit au contrôleur, professeur plus expérimenté que le correcteur. S’il juge qu’elle mérite zéro, il peut valider la note. Mais bien souvent, les investigations ne s’arrêtent pas à ce niveau. La copie est apportée au président de la sous-commission qui procède lui aussi à l’examen minutieux de ladite copie et peut décider de la soumettre à tout le groupe disciplinaire. La copie est donc lue à toute la sous-commission, passe de main en main et si la note zéro est validée, elle recueille les signatures d’une vingtaine de correcteurs et de contrôleurs puis du président », a-t-elle expliqué de long en large. Ainsi, l’octroi de la note zéro (0) dans une matière à l’examen ne se fait pas sur le coup de tête d’un correcteur qui s’est levé du mauvais pied.

Ghislaine Irmine Sottin Glèlè, IPD du Littoral

… qui ne sont pas la propriété du directeur Alphonse da Silva et de ses inspecteurs…

Le décret n°2002-097 est entré en vigueur le 04 mars 2002, neuf ans avant l’arrivée du professeur Alphonse da Silva à la tête de la Direction de l’Office du Bac. Sa nomination a été actée le 1er février 2011 en Conseil des ministres, à travers un décret pris par l’ancien président Thomas Boni Yayi.
« Je viens de vous décrire tout le processus qui conduit à valider la note zéro sur une copie. Ce n’est donc la décision de personne, encore moins celle du Directeur Général de l’Office du Bac qui ne siège dans aucune sous-commission de correction. La note zéro est méritée exactement comme la note vingt », a affirmé l’IPD-Littoral. Celui de l’Atlantique va également répéter : « Ce n’est pas le DOB qui donne ou qui décide de maintenir ou non la note 0. Quand le jury a déjà délibéré avec la note 0, le DOB n’a rien à dire. Il constate juste la note 0. » Si éventuellement, il y a quelqu’un à prendre pour responsable de cette note, c’est bien le candidat lui-même, diront les IPD. « Ont tort, les apprenants qui négligent certaines disciplines au profit d’autres. Un candidat doit s’impliquer activement à s’exercer, à s’investir dans toutes les disciplines pour éviter d’avoir zéro dans l’une d’elles. La réussite au baccalauréat béninois, depuis l’an 2002, est à ce prix », a avertit l’IPD Ghislaine Irmine Sottin Glèlè.

…. et qui sont prises pour décourager les candidats négligents vis-à-vis de certaines matières.

Qu’il s’agisse de la série A ou des séries D et C, certaines matières de ces différentes séries constituent des bêtes noires pour certains apprenants. En série A, les maths sont moins supportées par les apprenants, ce qui les pousse d’ailleurs à les fuir comme la peste. Pour les autres séries, c’est la philosophie qui pose problème. C’est donc pour contraindre les apprenants, peu importe leur série à ne négliger aucune matière, que la condition de la note 0 éliminatoire a été prise. « Tout ce que nous avons mis au programme, ce n’est pas seulement pour former l’intellectuel, mais c’est pour former l’homme pour la vie. Les mathématiques sont des sciences naturelles de la vie. Personne ne peut se passer des maths, mêmes les bonnes dames au marché. C’est pour cela que cette matière existe dans toutes les séries. Même si le coefficient est faible en série A, on les a imposées pour que personne ne refuse de faire cela », a laissé entendre l’IPD Boniface Guidi. Pour l’IPD-Littoral, les mathématiques autant que la philosophie sont indispensables pour la vie de l’homme. « Beaucoup d’adultes utilisent la philosophie et les mathématiques dans leur travail pour penser autrement n’importe quelle situation de la vie de tous les jours. On ne peut donc transiger sur la science et encourager la banalisation des disciplines qui, ensemble, concourent à la formation complète de l’humain », a-t-elle fait observer. Par ailleurs, elle pense à son humble avis qu’ « un bachelier ne doit être nul dans aucune des matières enseignées. Il peut, a priori être excellent quelque part, moins bien ailleurs mais jamais nul. Or, le constat est que certaines disciplines sont vraiment négligées, renvoyées aux calendes grecques et la dimension globale de la formation se voit réduite. » Elle ajoute par ailleurs que la note zéro, éliminatoire, permettra aux candidats de rivaliser de zèle pour n’avoir zéro dans aucune discipline. Car, en réalité, chaque discipline vaut son pesant d’or.

Les conseils des inspecteurs aux candidats au Bac.

N’est-il pas peut-être temps de repenser les conditions aux examens ? À cette question, la réponse n’a pas tardé. « Pourquoi voulez-vous qu’on opère des changements si tout va bien et que notre baccalauréat est à tous points de vue l’un des plus crédibles de la sous-région ? Au fil des ans, des modifications se feront en temps opportuns, si elles s’avèrent nécessaires », a opiné l’IPD-Littoral Ghislaine Irmine Sottin Glèlè. Son collègue de l’Atlantique pense que s’il faut revoir les conditions, il sera question de les corser. « C’est déjà le minimum qui est en train d’être fait. Tel que les conditions se présentent, c’est ce qu’on peut exiger d’un élève pour avoir le bac pour dire qu’il est compétent. Il faut juste que le candidat s’adapte à ces conditions pour pouvoir avoir son Bac », a-t-il martelé. Pour éviter la note 0, il exhorte les apprenants à ne négliger aucune matière. « Travailler sans relâche et s’entraîner à tirer son épingle du jeu dans toutes les disciplines éviterait d’obtenir la note zéro qui bloque la réussite, quelle que soit la moyenne obtenue. Ils ne doivent pas oublier non plus que les savoirs acquis restent des atouts pour gérer, améliorer la vie sociale et professionnelle », a conseillé, à son tour, l’IPD Sottin Glèlè.

Alphonse da Silva, directeur général de l’Office du Baccalauréat

 

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